Journée de la recherche : le bien-être et le numérique à l’honneur
vendredi 16 mars 2018

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jre 2018 illustr © Emmanuel Jeangirard

Très axée sur le bien-être des chevaux et sur l’apport des nouvelles technologies dites « connectées », la 44e Journée de la recherche équine, organisée par l’IFCE à Paris le 15 mars, épousait ainsi deux thèmes très en vogue.

Précisions d’emblée que nous ne pouvons donner là que des bribes d’information, sur certaines communications de façon non exhaustive, sachant que ceux dont la curiosité s’en verrait éveillée trouveront sur le site de l’IFCE (Institut français du cheval et de l’équitation) le programme complet et l’ensemble des actes très détaillés de ce colloque.

 

Le bien-être chez le cheval, thème incontournable

En début de journée, Alice Ruet (INRA) présentait une étude sur la caractérisation des états de mal-être chez le cheval. Elle dégage quatre principales formes d’expression : les stéréotypies (tics …), l’agressivité, l’anxiété et l’apathie. Certaines sont plus faciles que d’autres à repérer, l’apathie et l’anxiété notamment pouvant passer inaperçues. Son étude sur 202 chevaux au box montre une relative indépendance entre les quatre formes évoquées, ce qui veut dire qu’un cheval peut ne pas exprimer l’une de ces manifestations tout en n’allant pas bien. Elle émet par ailleurs l’hypothèse de l’évolution des formes d’expression des unes vers les autres, selon l’âge notamment. En dehors de cette étude à retrouver plus en détails sur le site de l’IFCE, ceux qui chercheraient des conseils pratiques de détection des expressions du mal-être chez le cheval et sur les moyens d’y remédier ou de les prévenir, peuvent se tourner vers l’ouvrage scientifique très complet édité par l’IFCE : « Bien dans son corps, bien dans sa tête (bien-être) ». La FFE préparerait par ailleurs quelque chose de beaucoup plus court et privilégiant les conseils pratiques.

 

Autre témoin de cette préoccupation actuelle dont s’empare la recherche : la communication de Mathilde Stomp, à la recherche d’indicateur acoustique d’émotions positives chez le cheval. On connaît par exemple le ronronnement chez les félins, le snort chez le rhinocéros : les jeunes chercheurs de l’Université de Rennes I, eux, se sont intéressés aux ébrouements des  chevaux et ont montré qu’ils sont bien un reflet d’émotions positives immédiates, produits lors d’une humeur positive, que ce soit lors de l’alimentation ou au pré par exemple (la situation de travail n’ayant hélas pas encore été testée).

 

Même l’étude présentée par Séverine Henry (Rennes I) sur le sevrage spontané du poulain, versus le sevrage artificiel habituellement pratiqué dans les élevages, a d’une certaine façon trait à ces questions de l’influence de l’homme sur la condition animale. On oppose effectivement un sevrage naturel, sans interférence humaine, et donc plus tardif (vers l’âge de 9 – 11 mois), à une « rupture du lien mère-jeune souvent brutale », source importante de stress pouvant avoir des effets délétères durables. L’étude montre que le sevrage spontané se fait à l’initiative de la mère, plus tardivement si celle-ci n’est pas gestante, qu’il laisse la place à une maturation lente et plus progressive du système digestif du poulain, et que ce sevrage est uniquement alimentaire : le lien reste fort avec la mère et ne sera rompu en conditions naturelles que quand le poulain atteindra la maturité sexuelle et quittera son groupe natal.

 

On s’éloignait un peu de la question du bien-être, quoique, avec la communication présentée par Claire Neveux (Ethonova) qui démontre qu’un éclairage LED dans un van facilite et sécurise l’embarquement des chevaux et les apaise lors d’un confinement en phase stationnaire. On demandera à l’occasion à Nicolas Blondeau ce qu’il en pense ; mais pour l’heure il apparaît donc qu’un degré élevé d’intensité lumineuse, sans zone d’ombre (éclairement homogène, d’où les LED plutôt que des ampoules classiques), rassure et réduit significativement le stress des primo-embarqueurs, pendant l’embarquement mais également ensuite en phase stationnaire. Comme quoi la recherche peut déboucher sur des applications pratiques faciles à mettre en œuvre !

 

La prolifération numérique

Plusieurs sujets avaient trait à l’utilisation du numérique et aux objets connectés. La communication de Claire Leleu (Equi-Test) faisait une sorte d’état des lieux ce que l’on peut déjà trouver et des perspectives dans le domaine de l’entraînement et de l’entretien des chevaux de courses : identification des chevaux, distribution des aliments, contrôle de l’abreuvement, suivi du poids, suivi de température corporelle, analyse du geste sportif, analyse du geste pathologique, mesure physio-sportives (vitesse, fréquence cardiaque, lactates…)… Les possibilités sont de plus en plus nombreuses et surtout la fiabilité des matériels s’est accrue et les esprits se sont ouverts. Certains freins demeurent toutefois, tels que la connectivité en zones rurales, la fiabilité et la qualité des données parfois, et surtout leur sécurisation : les objets se développent plus vite que la question de la propriété et de la sécurisation des données du fait de l’utilisation de certains serveurs

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Face à la prolifération de toutes sortes d’instruments, applications et systèmes en tous genres, la rafraîchissante démonstration d’Aude Caussarieu (ENS de Lyon), intitulée « Les instrument de mesure dans le monde du cheval : une promesse sous conditions », était bienvenue et a rappelé, avec un certain humour, qu’il faut être formé au principe même de la réalisation de mesures, savoir se méfier de ces instruments de mesure clés en main, apprendre à les utiliser et connaître leurs limites, incertitudes statistiques et marges d’erreur. Un exemple a bien fait sourire : un enregistreur GPS enregistre toujours une position, même lorsqu’il capte mal le signal issu des satellites. Dans ce cas, l’erreur sur la position peut devenir très grande et impacter fortement la mesure de la distance parcourue. Ainsi a -t-on pu observer l’image GPS censée mesurer le déplacement quotidien d’un cheval qui, situé dans une stabulation fermée, effectuait d’après l’instrument tout un parcours le menant jusque dans l’église du village…

 

Les promesses de tous ces outils n’en restent pas moins fort attirantes. Sans doute est-ce pour cela que certains des sujets de cette « Journée de la recherche » lorgnaient dangereusement parfois plus vers la présentation et la communication que vers l’exposé ou le compte-rendu d’un programme de recherche…

 

Un peu de génétique et de biologie tout de même

La reproduction et la génétique, qui ont occupé une place prépondérante au sein de cette Journée de la recherche pendant de nombreuses années, sont aujourd’hui beaucoup plus discrètes. Anne Duittoz (INRA) a toutefois fait part de ses travaux sur l’induction de l’ovulation chez la jument par le beta-Nerve Growth Factor (β-NGF). Celui-ci est impliqué dans la reproduction chez les espèces dites « à ovulation provoquée » (par une hormone contenue par la semence du mâle par exemple chez les camélidés). Le Chorulon ®, le plus couramment utilisé pour déclencher l’ovulation chez les espèces « à ovulation spontanée » (telle que la jument), a pour inconvénient majeur d’induire la production d’anticorps. Actuellement, les éleveurs et les vétérinaires ne disposent donc d’aucun traitement d’induction de l’ovulation chez la jument facile à utiliser et utilisable de façon répétée durant la saison de reproduction. L’étude montre que le β-NGF est capable d’induire l’ovulation chez la jument mais que le délai entre l’induction et l’ovulation chez les juments traitées par le β-NGF est de 3,6 jours, soit un jour de plus que chez les juments traitées au Chorulon® ; ce qui soulève des questions mais n’écarte pas le β-NGF des pistes à explorer.

 

Dans le domaine de la génétique, Anne Ricard (INRA) et Bernard Dumont Saint Priest (IFCE) ont fait un point d’étape sur les travaux utilisant l’accélérométrie comme technique de caractérisation des allures et du style à l’obstacle : il s’agit d’une part du projet SoGen, co-financé par l’IFCE, l’INRA et le Fonds Eperon, qui vise à réaliser une caractérisation fine des chevaux de saut d’obstacles sur le plan de leur morphologie et sur celui de leurs allures ; d’autre part, du projet Caract-SF du stud-book SF, co-financé par l’IFCE, qui vise à caractériser le saut en liberté des 3 ans en utilisant le même appareillage Equimetrix® de mesure des accélérations. Dans les deux cas, il s’agit de caractériser les chevaux les uns par rapport à la moyenne des autres, de repérer les facteurs favorables à la performance, et d’améliorer ainsi le schéma et le processus de sélection ; en outre dans les deux cas un génotypage est effectué en parallèle, avec le déchiffrage du génome comme objectif et l’espoir de repérer des gènes majeurs. L’étude est toujours en cours, mais, grâce à la collaboration des nombreux éleveurs qui se sont prêtés au jeu des mesures à effectuer sur leurs chevaux lors des concours de 3 ans et des épreuves SHF, quelques premiers enseignements commencent à apparaître. Par exemple, les allures au trot et au galop sont très héritables, mais sans relation, amélioratrice ou détérioratrice, avec la performance en CSO. Les recherches continuent. Aboutiront-elles à la découverte d’une pépite équivalente à celle du gène DMRT3 pour les Trotteurs, marqueur d’une plus ou moins grande précocité ?

 

Commentaires


MATHIEU B | 17/03/2018 07:04
Merci pour ce résumé, un autre bon point était cette année la diffusion en région ainsi même au pays basque grâce à la maison Forestier avons nous pu suivre et surtout échanger comme si nous étions dans la salle !!!!