Forum de la FEI : l’égalité des genres, le climat de Tokyo et l’avenir du reining, avant celui de l’endurance…
mardi 16 avril 2019

forum FEI 2017
Ingmar de Vos © FEI

Beaucoup de sujets sur la table du Forum sportif de la FEI, hier, lundi. Aujourd'hui, la journée entière sera consacrée à l’endurance.

Le 8e Forum sportif de la Fédération équestre internationale (FEI) se déroule durant 48 heures à Lausanne et il attire 260 participants, dont une partie venue aussi pour l’Assemblée générale des organisateurs de concours (saut, dressage, attelage et endurance, le complet étant mis entre parenthèse suite à la démission en bloc de son comité), organisée dimanche soir, ou encore pour faire un peu de représentation et de lobbying (le délai de candidature pour les Mondiaux 2022, c’est bientôt !).

Hier matin, on a commencé par un sujet très consensuel et positif pour la FEI vis-à-vis du CIO, l’égalité des genres. Une égalité fort rare en sport et bien visible dans les sports équestres (60,3% de femmes en international, 46,8% au niveau des JO ou des championnats). Un bon argument pour maintenir la place du cheval aux JO. 

Reste à atteindre la parité au sein de la la FEI (4 femmes seulement sur 18 au Bureau, 77% chez les salariés) et parmi les officiels (46% de femmes), mais le président Ingmar De Vos, qui animait le débat, a dû apprécier tous ces chiffres donnés par sa Secrétaire générale Sabrina Ibanez. « Et c’est un grand avantage, un vrai plus, pour le travail de notre organisation. La parité apporte 77% d’efficacité en plus », a souligné la seconde. 

Pour la petite histoire, aux Iles vierges, il n’y a que des femmes parmi les dirigeants de la fédération nationale, « peut-être parce qu’il s’agit de bénévolat », a suggéré sa représentante ! A la Fédération russe, on peut prendre son bébé au bureau, car sinon, le congé maternité est… de trois ans « et on est complètement largué à son retour aux affaires ! »

 

Chaud et humide à Tokyo !

A Tokyo, les installations équestres sont en pleine construction et Tim Hadaway est content de l’avancée des travaux, tant sur le site principal, déjà théâtre des JO de 1964 (qui avaient vu le second triomphe de Pierre Jonquères d’Oriola), mais désormais encerclé d’immeubles, que sur la belle île de Sea Forest faisant face à Tokyo et à sa baie où se déroulera le cross et avant cela le test event (3*) de cet été (du 12 au 14 août).

Ce qui inquiète, ce sont les conditions climatiques : 30 à 31° l’après-midi et 78% d’humidité, voilà à quoi s’attendre du 25 juillet (dressage) au 8 août (saut par équipe) 2020. La plupart des épreuves auront donc lieu le matin, avant midi, et en nocturne (sept heures de décalage avec la France).

Il devrait faire un peu plus chaud qu’à Atlanta (30° en 1996) ou à Hongkong (27 à 28° en 2008), mais pas plus qu’à Tryon, l’automne passé (jusqu’à 34°). Ce qui préoccupe certains, et même une Japonaise présente dans la salle, ce sont les tempêtes et autres ouragans. Arrêtera-t-on une épreuve dès qu’il y aura des coups de tonnerre ? « Il est possible de stopper une épreuve ou de la renvoyer d’un jour. »

Ce que l’on peut déjà prévoir, c’est de bien préparer son cheval physiquement et sur le plan nutritionnel (électrolytes compris) avant ce long voyage. Il vaudra aussi mieux monter trois fois un quart d’heure le jour J(O), plutôt que 45 minutes d’affilée. Et Kyra Kyrklund de confier que des six Jeux qu’elle a montés, son meilleur résultat fut obtenu « quasiment sans préparation et avec moins d’échauffement, mon cheval revenant de blessure ». Etonnant, non ? Et d’ajouter. « A cause de la pression et du fait qu’on n’a qu’un cheval à monter, on a tendance à surentraîner. »

Pour la France, Quentin Simonet a demandé s’il ne serait pas possible d’accréditer et loger plus d’un vétérinaire par discipline.  

Est-on responsable de son entourage ?

L’après-midi, on a parlé des révisions prévues dans le système légal. Une présentation plus simple et logique, mais aussi quelques modifications. La suppression du Jury d’Appel pour toutes les disciplines (en saut d’obstacles, c’est déjà le cas), hormis lors des grands championnats, est acceptée par la salle. Paul Tapner, le cavalier australien de complet, demande, en revanche, que l’on puisse vraiment discuter et argumenter auprès du Jury de Terrain. On pourrait aussi imaginer un comité d’appel permanent à la FEI ?

En revanche, le fait de sanctionner d’un carton rouge un cavalier dont l’entourage aurait insulté des officiels a suscité un vrai débat. Pourquoi un(e) cavalier (ière) serait-il responsable des propos de ses parents, du propriétaire de son cheval ou de son groom ? Une amende peut-être, mais une suspension de deux mois ? « On pourrait aussi lui interdire l’accès à ce concours-là l’année suivante ». A creuser !

Débat aussi autour des images vidéos ou des photos comme preuve auprès du jury. Paul Tapner rappelle que certains obstacles du cross ne sont pas filmés, même à Badminton ou à Burghley, et que si un spectateur a une preuve formelle, c’est utile. Stephan Ellenruch, le président de la Commission de CSO, craint d’éventuelles manipulations ou falsifications. Et Henrik Ankarcrona, le chef de l’équipe de Suède de CSO, veut bien des preuves sur la piste (« Une palanque poussée par le vent »), mais pas dans les coulisses ou les écuries…

Quentin Simonet est pour la sévérité et la transparence, il est favorable au carton jaune si l’entourage d’un cavalier se comporte mal, « C’est de la responsabilité du cavalier, mais le chef d’équipe ou l’entraîneur pourrait aussi en avoir un », et aussi à la vidéo, « qui aiderait beaucoup l’attelage, le complet et surtout l’endurance, qui se déroulent dans la nature ».

Des sanctions et des mensurations !

Concernant les sanctions, un catalogue devrait être établi, mais la salle trouve l’échelle un peu subjective et discutable. Mikaël Rentsch, le directeur du département juridique de la FEI, propose que les sanctions les moins graves, les amendes à tout le moins, puissent être données par son équipe, ceci afin de soulager les 7 membres du Tribunal de la FEI « qui font ça bénévolement et ont un travail à côté ! ». Les avis sont partagés. 

« Ces sanctions doivent êtres données par des gens élus et sensés être indépendants », martèle Sönke Lauterbach, le Secrétaire général de la FN allemande. Ingmar De Vos se demande s’il ne pourrait y avoir « un conflit d’intérêt pour des employés ». L’idée est de gagner du temps et « un cavalier a bien sûr le droit de refuser et d’aller devant le Tribunal de la FEI ». La FEI a jusqu’au 8 juillet pour peaufiner son projet, puis les fédérations se prononceront d’ici au 30 août.

Faut-il un système de sanctions « à part » pour le complet, si un cavalier « met délibérément en danger son cheval et (ou) lui-même par sa façon de monter ». Jusqu’ici il faut deux avertissements pour recevoir un carton jaune (un seul ailleurs) et deux cartons jaunes pour être mis à pied… quatre mois (deux mois ailleurs !). On va un peu simplifier et suspendre deux mois au 3e avertissement.

Grand débat sur la mensuration des poneys. 148 cm sans fer, 149 cm avec un fer, ce sera désormais contrôlé scrupuleusement. « Enfin, il était temps », disent les uns, « C’est la mort des épreuves poneys, jusqu’ici on acceptait 150 cm, voire 151 cm », prétendent d’autres. Une mère parle de son poney, accepté à plusieurs Européens avant d’être refusé, Peter Bollen aimerait « un certificat à vie ». Et chacun d’y aller de son exemple. On allait semble-t-il jusqu’à râper les sabots, voire à modifier le garrot… Pour le Dr médecin-vetérinaire Charles Trolliet, le président de la FSSE, « on devrait mesurer à partir de la hanche, qui ne varie pas comme le garrot. » 

Quel avenir pour le reining ? Et l’endurance ?

Vif débat en fin d’après-midi sur l’avenir du reining au sein de la FEI. Et Ingmar De Vos de souligner qu’il n’y a guère que 250 cavaliers concernés par cette discipline, ce qui est forcément insuffisant pour justifier une présence au sein de la FEI. « Et cela après bientôt 19 ans d’efforts ». La FEI avait signé un accord (MOU) avec la NRHA et l’AQHA, les deux puissantes fédérations américaines, mais celui-ci n’est pas respecté. « Les règlements ne sont pas respectés. » Aux Etats-Unis, on utilise de très jeunes chevaux là où la FEI exige « 7 ans au minimum » et les règles anti-dopage et de bien-être sont bien différentes également. Depuis l’automne passé, c’est le clash !

Allemands et Italiens veulent défendre les intérêts des Européens et rester au sein de la FEI. Sönke Lauterbach les défend : « Il ne faut pas sur-réagir et tout arrêter. C’est comme si la FEI abandonnait le saut parce qu’un circuit indépendant voulait tout prendre et faire à sa façon. Jamais elle ne le ferait ». Pense-il au Global Tour ?

« Depuis que je suis à la FEI, d’abord comme Secrétaire général (bientôt dix ans, ndlr), le dossier de l’endurance est en permanence sur la table. On a connu beaucoup trop d’accidents, de plaintes et de problèmes et ça recommence avec le début de la saison des courses au Moyen-Orient. C’est l’heure de la dernière chance si l’endurance, une très belle discipline au demeurant, veut rester au sein de la FEI. Le Comité temporaire a fait du très bon travail, avec courage. Le diagnostic est clair », a dit Ingmar De Vos. Le Français Nicolas Wahlen et les responsables européens de l’endurance espèrent donc que la FEI ira jusqu’au bout de leurs conclusions. Réponse dès aujourd'hui ?

(Photo d'archive)