Forum de la FEI : l’endurance doit se réformer, mais elle devrait rester dans la famille !
mardi 16 avril 2019

Forum des sports FEI 2019
Forum des sports FEI 2019 © FEI

Ingmar De Vos nous l’a clairement dit, le reining est plus menacé que l’endurance, qui doit changer, mais qui restera au sein de la FEI. Les réformes proposées passent plus ou moins bien… mais beaucoup devraient passer la rampe.

Lors de la petite conférence de presse finale qui suivait les huit heures de débats consacrés à l’endurance, ce mardi à Lausanne, à l’occasion du 8e Forum sportif de la FEI, qui avait débattu du reining la veille (voir notre papier ICI), le président de la Fédération équestre internationale (FEI) a clairement répondu à notre question, un peu cavalière : « Alors, quelle est la discipline la plus menacée de quitter la FEI, le reining ou l’endurance ? »

La réponse d’Ingmar De Vos : « Certainement pas l’endurance, car nous sommes la seule instance dirigeante de cette discipline au monde, nous avons donc vraiment une responsabilité, et même si certains nous suggèrent cela, je ne peux pas l’accepter. Ce ne serait pas une solution, nous devons faire face à cette situation, réparer ce qui doit l’être, mais l’endurance va rester ». 

En revanche, le reining, qui ne compte que 250 pratiquants à la FEI (et 3,2 participants par épreuve), pourrait quitter le bateau, la FEI n’ayant pas pu faire plier la NRHA et l’AQHA sur l’âge des chevaux, les tests anti-dopage, etc. : « La NRHA se dit nationale, mais elle est internationale, elle gouverne 99,9% des pratiquants, et nous allons encore en discuter ces deux prochains jours avec le Bureau de la FEI, voir s’il y a des solutions, mais ça fait 19 ans que cette discipline est à la FEI et les promesses de la NRHA et de l’AQHA ne sont pas tenues. » La FEI assumera en tout cas les championnats attribués jusqu’en 2020.

« Une détérioration drastique »

Les débats sur l’avenir de l’endurance ont été nourris et la Commission temporaire a fait un immense travail, proposant 16 mesures importantes, pour la plupart acceptées par la majorité de la salle. Cavalier lui-même, le Saoudien Tarek Taher avait lui-même dressé un tableau assez noir de la situation («Tant pour le dopage que la cruauté, il y a eu une détérioration drastique ces trois dernières années »), appelant à de grands changements. Et beaucoup de pointer du doigt la corruption de certains officiels. 15 mesures vont être prises pour améliorer la qualité des juges, on effectuera des rotations, pour éviter trop de « copinage » et les sanctions seront plus sévères.

Conscients des dangers et sensibles au bien-être du cheval, les Européens n’ont toutefois pas toujours fait front commun, notamment sur la vitesse autorisée pour les jeunes chevaux, la technicité des parcours, l’élimination à 64 pulsations, ou pour la limitation du poids obligatoire (de 75 à 70 kg), que Stéphane Chazel critique (« on va devoir engager des jockeys ! »). 

Français et Espagnols semblent, en revanche, pouvoir faire infléchir la Commission sur le nouveau système de qualification, basé sur les paires cavalier-cheval, ce qui est nouveau et positif en soi. Neuf épreuves à boucler pour atteindre le niveau des championnats (deux Novices, trois 1* dès les 6 ans du cheval, deux 2* dès 7 ans et deux 3* dès 8 ans), cela semble exagéré, voire même pour certains… « contre le bien-être du cheval ». Pas pour l’ex-double championne du monde Valerie Kanavy, qui voudrait que l’on prenne tout son temps pour former un cheval, mais pour des cavaliers plus pressés ou des marchands de chevaux. 

Quentin Simonet, là pour représenter la FFE (France) et pour l’EEF (Europe), a parlé plusieurs fois d’une voix forte, critiqué « la faillite des JEM de Tryon » et demandé un véritable examen de ce fiasco, insisté sur l’importance de l’intégrité et demandé de la sévérité dans les sanctions, mais il a aussi cherché à trouver un consensus : « On doit définir des priorités, combattre le dopage, la cruauté et la corruption, mais aussi reconstruire ensemble. »

Son compatriote Jean-Michel Grimal suggère que les chevaux soient obligés d’être là la veille de la course : « Sinon on les plonge dans de la glace, comme des poissons au marché ! ». Ne faudrait-il pas aussi un brevet ou une licence pour le cavalier qui débute?

Des visions bien différentes

Curieusement, ce sont les représentants des Emirats qui les premiers (il était déjà l’heure du thé) ont parlé de méfiance à leur égard : « Vous ne tenez absolument pas compte de nos débats, du Forum tenu l’an passé à Dubaï, de nos propositions. Vous voulez exiger plus de qualifications et en même temps rallonger les périodes de pause entre les épreuves, c’est exagéré. Et pourquoi punir les propriétaires de chevaux, alors que nous soutenons beaucoup l’endurance, c’est un grand cycle économique. » 

Sönke Lauterbach, pour l’Allemagne, pense, au contraire, qu’on a « trop longtemps privilégié les aspects économiques et l’argent des sponsors. » Toujours courageux, le Belge Pierre Arnould a alors osé la question que beaucoup posaient lors des pauses- café : « Je suis surpris que personne n’ait abordé le problème de l’étrange relation entre la FEI, le sponsor de l’endurance (Meydan et le Cheikh Al Maktoum, ndlr) et le chronométreur de la FEI. Je me suis souvent élevé contre les abus des Emirats, mais cette fois, ce n’est pas ça que je dis, je participe à certains concours comme Euston Park, Assise ou la President Cup à Dubaï.  Mais où est la véritable place, le rôle d’un sponsor ? »

Explications et excuses

Silencieux durant les débats, après avoir fait son introduction et félicité la Commission temporaire présidée par la vétérinaire britannique Sarah Coombs, pour son travail courageux, Ingmar De Vos a bien voulu s’exprimer sur le sujet devant les trois journalistes présents à la fin. Le sponsor principal de l’endurance est-il trop impliqué dans le jeu, avec un nombre incalculable de chevaux en lice ? « Un sponsor parraine souvent un sport parce qu’il a un intérêt dans ce sport-là ou pour des athlètes. On doit pour notre part garantir le bon déroulement, qu’il n’y ait pas d’interférence. Ce n’est pas le sponsor de la FEI, c’est celui de championnats et on ne va pas refuser un sponsor ! »

Le président de la FEI a surtout voulu souligner la qualité des propositions présentées ce jour, « basées sur le bien-être du cheval et le horsemanship. On va dans la bonne direction. »

Et Sabrina Ibanez, la Secrétaire générale de la FEI, qui avait rappelé les grandes dates de l’endurance (introduction en 1982, premiers Européens à Florac) et la longue liste de déboires et de commissions, a présenté des excuses aux cavaliers et à tous ceux qui ont eu à subir l’annulation des Mondiaux de Tryon, à la demande du double champion du monde 2016 Jaume Punti Dachs : « On s’était déjà excusé lors de l’Assemblée générale à Bahrein, mais je le refais devant vous. On a fait des erreurs et on s’excuse. »

Réparation a été faite auprès des fédérations, libres ensuite de dédommager leurs cavaliers ou de rembourser leurs propres frais de voyage, nous a confirmé Sabrina Ibanez. Va-t-on donc tourner la page et réinventer une discipline en péril qui, bien pratiquée, est belle ?

En replay

L'ensemble du Forum sportif de la FEI est disponible en replat video ICICliquez sur chaque session pour accéder à la vidéo et à un court résumé.