Hervé Godignon : "L'équipe Lecomte n'est pas du genre à changer d'avis"
jeudi 13 décembre 2018

Hervé Gidgon portrait
Hervé Godignon © Scoopdyga

A la tête du groupe des "Indignés de la fédé", Hervé Godignon avait proposé un projet contre Serge Lecomte, qui se présentait à sa réélection, lors des élections fédérales de décembre 2016. Si le président sortant avait finalement été réélu, Hervé Godignon avait eu le mérite de porter haut les demandes et les revendications de ceux qui n'ont pas forcément la parole auprès de la fédération nationale. Et son constat sur le départ précipité de Philippe Guerdat à la tête de l'équipe de France de saut obstacles est sans appel : incompréhension et tristesse résument bien son état d'esprit.

L'Eperon : Lorsque vous vous étiez présenté à la présidence de la Fédération française d'équitation en 2012, quel était votre projet pour le saut d'obstacles français de haut-niveau ?

Hervé Godignon : J'avais très peu axé la campagne sur le plan sportif, et en tout cas sportif de haut niveau, parce que justement je trouvais que ça fonctionnait plutôt bien ! Ma position à ce sujet était assez clair : je n'ai jamais été personnellement très partisan, et ce depuis la période Henk Nooren, à ce qu'on ait un entraineur/sélectionneur étranger. Je trouvais que sur le plan philosophique ça ne donnait pas une bonne image du savoir faire français qu'on est censé exporter (Hervé Godignon s'était positionné en faveur d'Hubert Bourdy pour le poste de sélectionneur national, ndlr). Et je dois reconnaitre que Philippe (Guerdat, ndlr) m'a fait oublié qu'il était suisse. Je trouve qu'il a fait un boulot fantastique, en toute honnêteté, implication, ouverture. J'aimais bien son style franc, pas de langue de bois, et je suis très triste aujourd'hui pour l'équipe de France et pour les cavaliers. Je trouve que c'est du gâchis. Quand on regarde les résultats du complet, on voit bien que c'est la durée qui est importante. D'ailleurs la fédération, à l'époque (mais bon, c'est la même équipe, ils sont là depuis un siècle) avait évincé Thierry Touzaint, puis rappelé, intelligemment. Je pense qu'une des meilleures époques qu'on ait eu d'équipe de France c'était la période Caron, qui lui aussi avait travaillé sur la durée. Je suis donc très surpris.

Lors de votre campagne en 2012, vous reprochiez déjà à Serge Lecomte et son équipe fédérale de ne pas assez prendre en compte les revendications qui venaient du terrain. Visiblement rien n'a changé... 

Je trouve en effet assez paradoxal de consulter les cavaliers qui (je pense, sinon à l'unanimité, à une très large majorité), se sont exprimés en faveur de Philippe Guerdat, si c'est pour ne pas prendre en compte leur avis par la suite. A part si ce n'est pour donner un simulacre de démocratie, ou comme disait Coluche, "dites nous ce dont vous avez besoin, on vous exliquera comment vous en passer". Je ne vois pas l'intérêt sportif de cette décision, d'autant qu'il n'y a aucune proposition en face à ce jour. Je trouve ça aussi assez bizarre comme manière de communiquer. Je ne comprends vraiment pas, d'autant que c'est une année charnière pour l'équipe de France. D'habitude, une année de championnats d'Europe c'est plutôt une année tranquille entre les deux grosses échéances que sont les Jeux olympiques et Jeux équestres mondiaux, où on va plutôt donner de l'expérience à de nouveaux couples. Mais aujourd'hui, on doit aller chercher notre qualification olympique donc il faut suivre quand même une logique. On ne va pas présager de ce qui se passera parce qu'on ne sait pas encore quelle sera la solution de rechange qui va être mise en place, mais casser une dynamique n'est jamais bon. On dit "on ne change pas une équipe qui gagne". C'est vrai qu'on a eu quelques contre-performances ces derniers temps mais qui étaient dues à des facteurs indépendants de Philippe Guerdat (blessure, maladie ou ventes de chevaux de l'équipe de France). Il y a des périodes de fin de cycle, avec des chevaux qui vieillissent, de moins expérimentés qui arrivent, mais il faut rester dans la continuité, surtout quand ça marche bien, surtout quand la confiance semble unanime. A ce niveau-là on avait une personne intègre, ce qui n'a pas toujours le cas chez les entraineurs et sélectionneurs. Il y a souvent des histoires de commerce, de copinages ou choses comme ça dernière et là ce n'était pas du tout le cas. C'est attristant comme situation. 

Cette mobilisation massive des cavaliers de l'équipe de France en faveur d'un entraineur est-elle historique ? 

On a déjà connu cet élan de solidarité pour Patrick Caron. Mais je vous parle d'une époque où les réseaux sociaux n'existaient pas, autant dire la préhistoire... Les cavaliers s'étaient déjà tous mobilisés, avaient organisé une conférence de presse, qui n'avait malheureusement rien changé. 

Déjà à l'époque... 

Déjà à l'époque. Malheureusement j'ai peur que tout ce bruit ne serve plus à rien. L'équipe Lecomte n'est pas du genre à changer d'avis. Ils ont un petit côté Macron... Mais pour le coup, quitte à faire sauter des fusibles, on devrait peut-être s'occuper du fonctionnement du générateur ! 

Commentaires


GERALDINE T | 14/12/2018 08:27
et comment sortir cette équipe fédérale ?!!!