Lecomte, Guerdat et langue de bois
mercredi 19 décembre 2018

lecomte illustr
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Quelques heures avant le gala de la Fédération Française d'Equitation, qui s'est tenu en grande pompe à l'hôtel Intercontinental de Paris mardi soir, Serge Lecomte a annoncé le nom de celle qui remplacera Philippe Guerdat : ce sera donc Sophie Dubourg, actuelle DTN, qui sera en charge de sélectionner les cavaliers de saut d'obstacles pour aller courir les plus grosses échéances, pendant quelque temps.

Interrogé la veille par nos soins à l'AG du CREIF, c'est cependant dans les colonnes de nos confrères de L'Equipe que le président, à quelques heures du gala de la Fédération "où il devait s'exprimer", a choisi de donner le nom de celle qui prendrait la suite de Philippe Guerdat. Sophie Dubourg devrait donc assurer la charge, en intérim, du poste de sélectionneur. Une seule phrase dans l'article web indique que l'actuelle DTN se chargera de ce "travail". Quant à l’attribution du rôle d’entraineur, un poste qui revoit le jour après plusieurs années d’absence, le suspens demeure entier.

Pour rappel, en 2013, lorsque Philippe Guerdat avait remplacé Henk Nooren, alors sélectionneur-entraineur, à la tête de l’équipe de France, il ne s’était acquitté, comme le voulait la fédération, que du poste de sélectionneur. De nombreux cavaliers manifestaient à l’époque leur envie de travailler techniquement avec leurs entraineurs personnels, plus aptes à créer des suivis personnalisés. La FFE s’était alors mise en quête d’une personnalité pour fédérer les cavaliers, les accompagner au mieux en compétition et aller chercher les résultats sur les plus grands rendez-vous. Un chef d’équipe au sens large du terme, sans obligation d'entrainement. Non seulement Philippe Guerdat a embrassé ce rôle à la perfection, mais il n’a aussi jamais rechigné à faire profiter des cavaliers de l’équipe de France de son bagage technique, de ses analyses et de ses conseils, bien que cette facette ne fasse pas partie contractuellement de son poste.

Si le nom d’Henk Nooren avait circulé un moment pour ce poste, l’ex-entraineur a démenti être intéressé. Difficile d’imaginer qui souhaiterait prendre ce rôle, si bien que Serge Lecomte a dit hier regarder du côté des personnalités étrangères… 

Durant le gala, devant le public présent, parmi lesquels quelques timides cavaliers de CSO, le président de la FFE a pris la parole. Dans le cadre d'un discours lissé, où le nom de Philippe Guerdat n'a pas été une seule fois cité (et pendant lequel son image n'est pas une seule fois apparue dans le cadre des différentes rétrospectives de l'année sur écran géant), Serge Lecomte a indiqué que, comme en 2012, le sport de haut niveau était à la "croisée des chemins" et avait besoin de changement. Pour preuve, il a indiqué "qu'aucun cavalier n'apparaissait plus dans le top 10 de la ranking et que très nombreux étaient ceux du top 20". Le président a indiqué que le CSO, en 2012, avait eu besoin de viser de nouveaux objectifs. Philippe Guerdat et ses cavaliers les ont-il atteints ? Avec une médaille d'or par équipe aux JO de Rio, il eut été légitime de saluer le travail du sélectionneur et sa méthode, reconnue par la quarantaine de cavaliers, présents la veille à Paris pour son pot de départ. Ces mêmes cavaliers dont beaucoup avaient choisi de bouder le gala le lendemain. 

Le saut d'obstacles a donc besoin de changement. Cependant le président n'a annoncé aucun nom à la succession de Philippe Guerdat. Et, en dépit de son interview paru dans L'Equipe, aucune explication n'a été fournie à la presse spécialisée équestre, magazines papiers, sites web et blogs, qui appartiennent désormais à son paysage. Interrogé à ce sujet suite à son discours, Serge Lecomte nous a indiqué qu'aucune justification n'était à nous fournir et a suggéré que la presse équestre n'avait pas grande importance dans le paysage médiatique. C’est une question de point de vue, mais il semble assez peu pertinent que l’équitation accède à la visibilité médiatique généraliste toujours en temps de crise (les dérives d’endurance, le sport-business ou encore plus récemment le fiasco de Tryon…).

En dépit de l'émotion suscitée par le départ de Philippe Guerdat et de la mobilisation des cavaliers, la Fédération, par la voix de son président, nous livre donc un discours (lire ici) que l'on pourrait qualifier de langue de bois, construit de généralités et dénué de précisions et de prises de responsabilités franches. Quant au changement nécessaire, qui semble cher au cœur du président, il devrait logiquement s'appliquer à tous les niveaux de gouvernance, pour accéder à un juste équilibre.

Commentaires


BERTRAND A | 19/12/2018 12:08
Une telle médiocrité laisse pantois... Tout ceci sent une fin de règne de moins en moins fréquentable. Bon courage le haut niveau!