Tromperie sur la viande de cheval : les conséquences sanitaires de l'affaire

mercredi 13 février 2013

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Lasagnes, chili con carne, moussaka, etc. la liste s’allonge au cours des jours et le scandale s’amplifie : des grandes marques de surgelé sont clouées au pilori, et pour cause, de la viande de bœuf sur l’étiquette, du cheval dans la barquette ...quelles sont les conséquences sanitaires de cette affaire ?

picard chili largeL

Des lasagnes 100% bœuf, une fabrication au Luxembourg par une société française de Metz, un approvisionnement de la viande dans une société dans l’Aude, qui elle se fournit chez un producteur roumain, via un trader chypriote, qui a aussi sous-traité à un trader des Pays-bas.  Vous avez perdu le fil du voyage ? Pas étonnant, c’est un vrai labyrinthe où chaque acteur tente de montrer patte blanche ces derniers jours, mais au final, des lasagnes estampillées 100% bœuf finissent avec … de la viande de cheval !
Et le sanitaire ?
Ces révélations font scandale et éclaboussent la distribution et l’agro-alimentaire. Mais au delà de cet emballement médiatique, elles soulèvent des problématiques essentielles : celle de la traçabilité, de la tromperie du consommateur, mais aussi celle de la sécurité sanitaire. En effet, cette dernière dimension est bien souvent passée comme anecdotiques ces derniers jours. La Roumanie fait face à une interdiction récente de l’usage des charrettes à chevaux, beaucoup de chevaux sont à recycler, beaucoup suivent le chemin de l’abattoir. Ces fraudeurs en Roumanie ont donc l’objectif de vente, et peu importe comment ! Cette tromperie soulève aussi la question de la qualité et du contrôle de la viande dans les pays tiers. La trichinellose existe en effet en Europe de l’Est, et c’est une zoonose (maladie transmissible de l’animal à l’homme) parasitaire qui touche les chevaux. L’homme peut donc être contaminé par la consommation de la viande de cheval (mal cuite souvent).
Dans un communiqué de presse du 11 février dernier, le SNISPV (Syndicat national des inspecteurs en santé publique vétérinaire) explique que « les règles européennes applicables aux produits d’origine animale provenant d’un autre Etat membre imposent la réalisation de « contrôles à destination » (contrôles effectués dans le premier établissement destinataire). Pour la période 2010-2011, seulement 1311 interventions ont été réalisées pour 3422 établissements enregistrés en France, ce qui représente une baisse de plus de 20% par rapport à l’année précédente » poursuit le SNISPV, des chiffres qui modèrent ceux annoncés par Stéphane LeFoll, ministre de l’Agriculture, dans les médias. Le syndicat pointe aussi de nouveau les baisses récurrentes des effectifs des services chargés du sanitaire. En outre, « ces règlements communautaires ont par ailleurs posé le principe que le producteur étant le mieux à même d’assurer la sécurité des produits qu’il met sur le marché, il lui revient de « s’autocontrôler » ». Certes, mais la compétence pour ces contrôles chez le producteur et l’honnêteté sont-elles toujours au rendez-vous ? on peut s’interroger avec les exemples de ces derniers jours …

La problématique plus large de la traçabilité
Le SNISPV explique également, que « pour des raisons de protection de la santé publique, certains médicaments utilisés pour les chevaux (phénylbutazone par exemple) impliquent que les animaux traités ne soient pas destinés à la consommation. Dans le cadre d’une suspicion de trafic, quelles garanties peut-on avoir du respect de cette interdiction ? ». C’est là un vrai débat, qui va d’ailleurs au delà de celui des chevaux importés de l’Est. Certes, il semble y a avoir deux poids deux mesures, entre un circuit sur le territoire, et un système d’importation qui pose questions. Mais c’est aussi soulever la question du remplissage du feuillet « traitements médicamenteux », obligatoire pour les chevaux destinés à la filière bouchère. En effet, ces derniers ne peuvent recevoir comme traitement que des substances de la liste dite essentielle, c’est-à-dire des médicaments qui possèdent une LMR (limite maximale de résidus). Cette mesure vise à garantir ainsi au consommateur l’absence de médicament lorsqu’il va consommer la viande. Ces substances doivent être indiquées sur ce feuillet « traitements médicamenteux ». En outre, utiliser un médicament qui ne serait pas sur la liste (comme la phénylbutazone) exclue définitivement le cheval de la filière bouchère, ce qui pousse certains propriétaires frauduleux à une administration non déclarée de médicaments, et c’est là une bombe à retardement en termes de santé publique.

Vers une récupération politique
Enfin, il serait facile de jeter l’opprobre sur toute la filière de l’industrie agro-alimentaire, mais pas forcément pertinent. L’arsenal réglementaire existe en France.  Bien entendu, le débat agite la classe politique en France comme en Europe. L’Autorité de sécurité alimentaire européenne (European Food Safety Authority) se montre prête à apporter son assistance scientifique à la commission européenne et/ou aux Etats membres explique t-elle.
Bruno LeMaire, l’ancien ministre de l’Agriculture, martèle sur les ondes la nécessité d’un meilleur étiquetage (origine des produits, modalités de réalisation, conditions, lieux de production, etc.) : ironie ? alors que ce même ancien ministre de l’Agriculture français avait été parmi ceux qui s’était opposé à plusieurs mesures d’étiquetage pourtant prônées par l’Europe ! En outre, Benoit Hamon a annoncé que durant toute cette année, des contrôles seront mis en place sur la filière. « Je découvre la complexité des circuits » renchérit Stéphane Le Foll, ministre de l’agriculture, qui promet des sanctions. Il hausse le ton … et sur le fond ? Le débat glisse sur un terrain politique. Le soufflet retombera t-il après ce raz de marée médiatique ? Souhaitons qu’il soit constructif et qu’il permette d’avancer sur la santé publique et le respect de l’animal.

Marine Turpin

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0Commentaires

ANNE B | 14/02/2013 09:58
Ce qui me sidère, c'est que tous ces chevaux roumains partent "à la casse", parce que les autorités ont interdit les attelages sur les routes, alors que nous essayons de les réintroduire dans les villages!!!
MARIE CLAIRE G | 13/02/2013 20:56
Une seule chose à dire. Pauvres chevaux....


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