Christophe Soumillon : “Avec Pierre-Charles Boudot, nous avons créé l'émotion !”

vendredi 22 janvier 2016

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2015 restera comme un bon millésime pour Christophe Soumillon avec une huitième Cravache d'Or qu'il partage avec Pierre-Charles Boudot. Le crack jockey revient sur sa belle saison, avec son franc-parler habituel.

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Paris Turf

Christophe Soumillon

- Christophe, revenons sur cette année 2015. N'avez-vous pas le sentiment d'avoir pris un gros risque en décidant de quitter la France si tôt ?

« Tout d'abord, je souhaite clarifier plusieurs choses. Le contrat qui me lie avec le prince Aga Khan m'impose de monter tous ses chevaux et cet engagement a été respecté. Avec Pierre-Charles Boudot, nous avions évoqué la joie que nous pourrions éprouver à finir ex æquo pour une Cravache d'Or, comme l'avaient fait par le passé en obstacle Christophe Pieux et Philippe Sourzac. Ce n'était alors que très abstrait ! Et puis un événement majeur s'est produit, il y a eu les attentats du 13 novembre et j'ai été bouleversé. Il est clair qu'il me suffisait de rester une dizaine de jours de plus pour me mettre hors de portée de tout retour, mais je ne me sentais pas le cœur à m'acharner et je n'avais alors plus qu'une idée en tête : partager !

J'ai alors décidé de passer de la théorie à la pratique et je suis parti me mettre au vert. Pierre-Charles pouvait cesser lui aussi de monter quand il le désirait comme le font beaucoup de jockeys dès décembre pour aller monter à l'étranger ou se reposer un peu. Il n'y avait aucun péché d'orgueil de ma part et il était convenu qu'il stopperait dès qu'il m'aurait rejoint. Nous étions d'autant plus sereins à travers ce choix que nous n'étions animés que par le respect : des entraîneurs, des propriétaires et des parieurs, et nous n'avons jamais failli l'un et l'autre car nous avons défendu avec vigueur et honnêteté toutes nos chances dans toutes les courses. C'est d'ailleurs pour Pierre-Charles et moi-même notre marque de fabrique, ne jamais lâcher quoi que ce soit.

Le sort en a décidé autrement et, en décembre, les choses ont pris une autre tournure, “PC” n'a pas eu le choix et a dû continuer de monter, étant contraint de travailler jusqu'au bout. Forcément, j'ai été un peu surpris et cela m'a obligé à rentrer en France, ce qui n'était absolument pas prévu au programme. J'ai alors eu beaucoup de chance que Pierre-Alain (N.D.L.R. : Chereau, son agent) soit disponible, lui qui devait subir une intervention chirurgicale très importante. Il a dû reprendre le travail très vite et me trouver les meilleures montes pour les trois réunions complètes qui restaient entre Marseille et Deauville. J'ai eu la chance d'avoir le soutien de beaucoup d'entraîneurs qui, avec leurs propriétaires, m'ont donné l'opportunité de pouvoir faire des gagnants pour rattraper mon retard. Je les remercie très sincèrement.

Je ne veux surtout pas que ce dead-heat soit perçu comme de l'anti-sportivité ou même de la magouille… Bien au contraire ! J'avais le droit, après une année chargée, de procéder comme chaque année, monter à l'étranger ou faire ce qui me va le mieux, et Pierre-Charles en théorie pouvait se retirer pour faire un break ou même se rendre lui aussi hors de nos frontières.

Ce qui est important aujourd'hui, c'est que le résultat est exactement celui espéré. Le destin en a décidé ainsi et je suis très fier de conclure l'année en beauté avec Pierre-Charles et parce que nous avons, quels que soient les moments, conservé nos valeurs, notre éthique dans le respect de tous. “PC” est un ami, c'est un garçon extraordinaire et je l'admire pour le mal qu'il se donne chaque jour pour combattre ses problèmes de poids, comme moi.

Avec du recul, je peux dire que je ne commettrai plus l'erreur de vouloir partager la Cravache d'Or. Cela a pu en offenser certains et, dans ce domaine, je saurai désormais à quoi m'en tenir. »

 

- L'important, finalement, c'est que vous ayez défendu vos chances à fond, à chaque fois. N'est-ce pas ?

« Je ne voulais vraiment pas que des gens s'imaginent que nous étions là pour organiser des courses. Je suis fier de ma carrière. Je suis quand même un jockey qui n'a jamais eu d'histoires avec le jeu, ni la drogue, ni d'autres choses. J'ai toujours été à 100 % dans ce que je faisais. Tout le monde a pu voir qu'on en voulait, la preuve en est, encore le 31 à Pau, je pense qu'on a créé l'émotion et… »

 

- Le spectacle !

« C'est vrai que cela a ranimé la course à la Cravache d'Or et plus globalement les courses en plat, un peu en sommeil en fin de saison. Cela a aussi permis de se rendre compte que les jockeys, comme les professionnels du monde des courses, sans oublier les chevaux, sont capables d'attirer du monde. On a beaucoup parlé de notre match et je pense qu'au final, cela a servi notre sport. »

 

- Quel est votre bilan de l'année 2015, avec vos bons et mauvais moments ?

« Avec “PC”, nous avons pris le risque que l'un de nous soit distancé ou passe gagnant sur tapis vert... Je suis bien conscient que je pouvais perdre la Cravache d'Or sur un coup du sort... Maintenant, le bilan est exceptionnel. C'est l'année où j'ai le moins monté en France… tout en obtenant la Cravache d'Or. J'ai un pourcentage de réussite qui est top : 23 %. J'ai fait une de mes meilleures années au niveau des gains, sans avoir remporté “l'Arc de Triomphe”, le “Jockey-Club”, ni le Prix de Diane. Donc, ça prouve que nous avons super bien travaillé, qu'on a vraiment donné tout ce qu'on avait dans le ventre. Et ce qui était le plus important pour moi, c'était de faire une belle année pour le prince. C'était la deuxième année que je retravaillais pour lui depuis que je suis redevenu son premier jockey. Et, pour moi, avoir remporté autant de groupes I, c'était génial.

Parmi les points positifs, je pense à Dolniya, gagnante en début de saison de la Sheema Classic. Grâce à elle, on avait déjà fait une belle partie de la saison en gagnant une grande course comme celle-là. Et puis il y a eu Ervedya, fruit à cent pour cent de l'élevage Aga Khan. Elle nous a permis de remporter trois groupes I, deux en France et un à Ascot avec les Coronation stakes, certainement l'une de mes plus belles victoires en 2015, en venant gagner sur le poteau… Un moment inoubliable !

Le plus mauvais souvenir restera la course de Dolnya dans “l'Arc”. Je comptais beaucoup sur elle. Malheureusement, nous avons été gênés. Cela nous coûte la quatrième ou la cinquième place. Ensuite, elle s'est blessée et a dû rentrer au haras. Un moment pas facile à digérer. »

 

- Vos problèmes de poids vous obligent à faire d'énormes sacrifices au quotidien…

« Énormes, oui, c'est sûr. Maintenant, comme dans tous les sacrifices, ressortent des choses positives. Je ne vais pas donner les secrets qui permettent de me surpasser et lutter contre le poids… mais je pense que ces efforts me renforcent. Aujourd'hui en France, des jockeys comme Pierre-Charles Boudot et même David Cottin connaissent aussi de gros problèmes de poids et on voit bien que cela ne les empêche pas de figurer parmi les tout meilleurs en France. Et je pense que c'est pareil à l'étranger. On a de plus en plus de soucis. France Galop avait annoncé l'année dernière que les poids allaient être rehaussés d'un kilo à partir du mois de septembre. Et je me suis rendu compte que cette mesure n'avait pas eu concrètement beaucoup d'effets. Si on veut vraiment aider les jockeys, il faut appliquer à la lettre ce qu'on leur avait promis. »

 

- Quel est votre programme de début d'année ?

« Depuis quelques saisons, c'est à peu près la même chose. Je vais partir à Dubaï en janvier et je vais rester là-bas jusque début mars et revenir en France, juste pour monter quelques courses, avant de repartir pour la World Cup. Et pendant mon séjour à Dubaï, j'aurai, peut-être, la chance de faire quelques allers-retours à Hong Kong pour monter les chevaux de Richard Gibson et, ensuite, peut-être que j'irai en Australie, mais ce n'est pas encore certain. »

 

- Sans entrer dans votre intimité, est-ce compliqué de concilier vie professionnelle et vie de famille ?

« Aujourd'hui, j'ai la chance de pouvoir partir avec ma famille pendant un mois à Dubaï, sur les deux mois entiers que je passe là-bas. Cela me permet d'être avec mes proches et de profiter d'eux plus qu'en France puisqu'on a des courses sept jours sur sept (rires) ! À Dubaï, il n'y a qu'une réunion de courses par semaine, deux au maximum. »

 

- À Dubaï, il y a aussi l'intérêt financier, n'est-ce pas ?

« Oui. Mais comme partout il faut les bons chevaux… Si on a la chance de remporter des grandes courses lors du gros meeting qui vient en amont du Carnaval, oui ça peut être très intéressant… Mais je ne le fais pas vraiment pour ça. Je le fais surtout par fidélité avec l'équipe de Mike de Kock… Je dois beaucoup de choses à ce professionnel qui a su m'apporter sa confiance… à l'image de Jean-Claude Rouget et des entraîneurs français. »

 

- Un petit mot sur la grande victoire qui manque peut-être à votre palmarès et que vous rêvez d'épingler…

« Il y en a tellement ! Notamment de grands classiques anglais, comme les Guinées, le Derby d'Epsom, même les Oaks. En France, je sais qu'il me reste trois groupes I à gagner : “l'Abbaye de Longchamp”, le “Jean-Luc Lagardère” et le “Jean Prat”. À l'étranger, il y a des courses que j'ai montées comme le Kentucky Derby, l'année dernière, mais qui paraissent intouchables parce que c'est difficile de remporter cette épreuve sans être associé à un cheval américain. Il me manque aussi la Hong Kong Cup ou encore la Dubai World Cup, et bien d'autres encore… Je ne manque donc pas de défis à relever ! »

 

- Est-il prématuré d'évoquer votre reconversion ?

« Oui… Il y a quelques années de cela, j'avais dit que je prendrai ma retraite dans dix ans. Aujourd'hui, au vu de ma santé et de ma passion, je revois ma copie. Et je sais que c'est très dur de vouloir créer quelque chose hors de son métier… Je n'ai pas envie de me lancer dans des choses que je ne suis pas sûr de pouvoir réussir. Je vais faire mon métier à fond jusqu'au bout, comme l'ont fait beaucoup de grands jockeys avant moi. Et quand je n'aurai plus la passion ni l'envie, ni les moyens de faire le poids, je penserai à autre chose. Mais, aujourd'hui, je dois me concentrer à 200 % sur mon métier. »

 

- Vous avez une étiquette d'enfant terrible. À vous entendre, j'ai l'impression que c'est un nouveau Soumillon qui est arrivé en 2016…

« Je pense qu'on évolue tous dans la vie, certains en bien, d'autres en mal. Toutes les expériences, qu'elles soient bonnes ou mauvaises, apportent quelque chose. Moi, je suis quelqu'un de curieux. J'essaie d'apprendre chaque jour. Finalement comme beaucoup de sportifs ou de personnes connues, j'essaie de garder un maximum de part d'ombre sur moi-même. Je me donne à cent pour cent pour mes proches. Maintenant, je peux comprendre qu'il y ait des gens qui ne me connaissent absolument pas et qui ont un avis sur moi. Je l'accepte et le comprends. Après, j'essaie d'évoluer pour être le plus pro possible pour les gens avec qui je travaille, pour le public des courses, ou encore les propriétaires. Je sais que je ne pourrai pas plaire à tout le monde, donc, ça fait partie de la vie…

Vous êtes marié à une femme qui est connue presque internationalement. Elle a été Miss France.Est-ce que ce n'est pas une petite frustration d'être le meilleur dans votre métier et de ne pas être reconnu par le grand public comme peut l'être Sophie Thalmann ?

« Je ne suis pas sûr que, dans la vie, être connu n'apporte qu'exclusivement du bonheur. Je le vois bien tous les jours à travers elle. Si nous partageons tout ensemble, et nous avons connu des moments exceptionnels, avec de grands succès, j'aime aussi vivre tranquillement à l'autre bout du monde, sans que personne ne me connaisse. Parce qu'il ne faut pas oublier qu'on est tous des êtres humains et que la popularité, ça peut aider au niveau professionnel mais cela peut enlever un peu de sincérité dans les relations avec les gens. Et moi, j'aime sentir les vrais sentiments de chacun. »

 

- Et le Christophe Soumillon en dehors des courses, qui est-il, qu'aime-t-il ?

« Je suis quelqu'un de très curieux. Chaque chose nouvelle va m'apporter un plaisir… J'aime apprendre et comprendre. J'aime aussi découvrir de nouveaux sports, de nouvelles cuisines, de bons vins, me rendre dans des musées et m'imprégner de certaines cultures et essayer d'enregistrer pas mal de choses. Après, pour le partage, je donne énormément aux gens que j'aime, y compris à des associations. Mais cela fait partie des choses que je préfère un peu préserver, car je n'ai pas envie de m'exposer totalement… Il y a toujours une part d'ombre qu'il faut garder pour soi, parce que plus on en donne, moins on donne envie. »

 

- Christophe, vous avez montré qu'un jockey pouvait exister sans forcément le soutien d'un grand entraîneur qui “fait” à lui seul les Cravaches d'Or. Vous vous êtes un petit peu affranchi de cela…

« Je ne suis pas tout à fait d'accord. Certaines saisons, j'ai réussi à être Cravache d'Or, sans monter forcément pour le meilleur entraîneur de l'année. Je pense qu'à une époque, j'avais la chance de travailler avec un agent que d'autres jockeys n'avaient pas. Aujourd'hui, je ne peux pas dire ça parce que je monte pour certains des meilleurs entraîneurs actuels, en France, au niveau du palmarès, des groupes I et des victoires : Jean-Claude Rouget, Alain de Royer Dupré et Pascal Bary. On ne parlera pas d'une autre personne… En tout cas, je leur dois beaucoup, car c'est eux qui me permettent de gagner des grandes courses en France et à l'étranger grâce au travail de leur équipe… Et il ne faut pas oublier tous les autres, dont les propriétaires, qui me font confiance. »

 

- Est-ce que vous souhaitez ajouter quelque chose ?

« Je tiens à remercier ma femme, mes enfants et mes parents, pour leur soutien et l'amour qu'il m'apporte chaque jour, et Pierre-Alain, car je lui ai fait passer des moments difficiles mais je suis sûr qu'il en a tiré des choses positives. Encore une fois, je félicite Pierre-Charles pour son sacre, mais aussi tous les turfistes sans qui rien ne serait possible. J'espère qu'ils continueront à s'accrocher comme nous on s'accroche. Et nous essaierons de faire encore mieux l'année prochaine. »

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