La filière chinoise en congrès
lundi 30 octobre 2017

Congrès filière équestre chinoise 2017
Erik Grandiere, directeur, Camille Martin et Michelle Chen, representants l'UNIC en Chine © Béatrice Fletcher

Pour la première fois de sa toute récente histoire, la filière équine chinoise était réunie à Qingdao pendant deux jours. Au programme, état des lieux des sports équestres et des courses et regard vers le futur.

Li Yanyang, fondateur et rédacteur en chef de l’unique revue liée à l’industrie du cheval en Chine, Horsemanship, (dix ans de publication en 2016), avait fait le pari de réunir les principaux acteurs de la filière équine pour un premier congrès dans la ville de Qingdao, (ou Tsingtao), capitale économique de la province du Shandong située en bordure de la Mer Jaune, à 700 km de Pékin. Le bureau municipal des sports de la ville, qui a décidé récemment de développer le tourisme et les loisirs, dont les sports équestres, soutenait cette première rencontre au sommet. Pour l’anecdote, l’histoire de cette ville de 9 millions d’habitants est pour partie liée à l’Allemagne, présente de 1898 à 1922, et qui lui a laissé en héritage, outre des bâtiments à l’architecture typiquement bavaroise, la célèbre brasserie Tsingtao, dont les bières se dégustent aujourd’hui à travers le monde. Suite à une brève occupation japonaise en 1914, la Chine récupérait le contrôle des lieux en 1922. La ville devint célèbre pour avoir accueilli les épreuves nautiques lors des JO de 2008. Quelques semaines avant les épreuves, une prolifération d’algues jamais encore observée ailleurs sur la planète venait couvrir 1/3 des 50 km2 du site dédié aux compétitions de voile. En urgence, 1 200 bateaux et plus de 10 000 personnes étaient appelés pour collecter en quelques jours 170 000 tonnes d'algues susceptibles de bloquer les voiliers. Aujourd’hui Qingdao, élue ville d’avenir en 2011, est le 4ème port du pays, et abrite le groupe Haier, 1er fabricant mondial de produits électroménagers, ainsi qu’un parc de l'industrie du film et de la télévision.

12 pays, 20 provinces

Ce congrès avait pour objectif de favoriser les échanges entre les acteurs chinois de la filière et leurs homologues étrangers, sur six thèmes principaux : présentation de l’industrie du cheval en Chine, développement des centres équestres, élevage et entraînement des chevaux, éducation des cavaliers, construction de parcs équestres, et industrie des courses. Douze pays avaient été invités, dont la Nouvelle Zélande, l’Australie, la Grande Bretagne, l’Allemagne, les Etats Unis (Lexington Park), la Hongrie, la Pologne, ainsi que la France en la personne du docteur vétérinaire Erik Grandière, directeur de l’UNIC (Union Nationale Inter professionnelle du Cheval) depuis février 2017. Egalement appelés à intervenir, des responsables chinois de l’industrie des courses, du Polo, et des dirigeants de centres équestres. Pour les intervenants étrangers, susceptibles d’être d’une manière ou d’une autre impliqués dans cette filière qui connaît un développement exponentiel depuis les JO de 2008, les enjeux sont pour le moins importants, puisque le gouvernement de ce pays de presque 1.4 milliard d’habitants a récemment opté pour la promotion de l’équitation. Actuellement, si une centaine de centres équestres sont répartis sur l’ensemble du territoire, et que la population équine est évaluée à plus de 60 000 chevaux de selle, dont 50% importés, l’énergie investie dans le développement économique du pays peut permettre de penser que ces chiffres mériteront d’être remis à jour très prochainement.

Le défi pour la France, bien décidée à faire partie du jeu, est de réussir à convaincre de l’efficacité de son modèle, déjà en place dans certains centres équestres labellisés FFE, mais la concurrence avec le système britannique (BHS) déjà solidement implanté, et le système australien promet d’être âpre… Erik Grandière, qui pointait une grande curiosité de la part des Chinois vis à vis des divers modèles mondiaux, le soulignait « notre objectif est de montrer qu’en France toutes les disciplines sont liées, que le financement des diverses branches est interconnecté. Les Chinois vont nous pousser à nous améliorer en interne pour trouver une pérennité à notre modèle, et à nous diriger plus sereinement vers notre avenir. La filière course sera contrainte à s’entrechoquer avec la concurrence mondiale, et à trouver des solutions d’avenir ». Reste qu’à l’heure actuelle, si tout est à construire dans le pays, avec la création de poney clubs sur les toits des centres commerciaux, et l’essor de centres équestres réservés à l’élite économique du pays, l’orientation de la filière semble davantage orientée vers des objectifs de rentabilité et de statut social que vers le bien-être du cheval et le plaisir de la pratique. A suivre …