Série noire en concours complet : les réactions de Michel Asseray et Emmanuel Feltesse

mardi 03 octobre 2017

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La disparition tragique de Maxime Debost le 23 septembre a frappé de plein fouet la grande famille du concours complet. Samedi dernier, au Haras de Jardy, deux chevaux trouvaient la mort lors d’une épreuve Pro4/amateur 1. Emmanuel Feltesse, directeur du Haras de Jardy, et Michel Asseray, directeur technique adjoint en charge de la discipline, ont accepté de se confier à nous.

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Eric Knoll

Le 23 septembre dernier, Maxime Debost succombait à ses blessures lors d’une chute sur le CCI1* de Châteaubriant. Sa disparition brutale et imprévisible a ébranlé l’ensemble de la filière équestre. (article du 23 septembre sur http://www.leperon.fr).  Le week end dernier, pendant la détente de l’épreuve Pro4/amateur 1 de Jardy, un cheval s’échauffait sur le plus petit obstacle du paddock,  un dôme fixé au sol de 80 cm de haut avec du pied, alors que la cavalière s’apprêtait à enchaîner un tour sur des obstacles à 1.05m. Comme le rapporte Emmanuel Feltesse, selon le responsable du paddock, le cheval s’est « emmêlé les antérieurs  sur l’obstacle, ce qui l’a fait trébucher. Malheureusement, suite à ce mauvais saut, il est tombé en roulant sur les cervicales, ce qui a entraîné sa mort immédiate. C’est le type d’accident regrettable dont un être humain peut être victime en ratant une marche dans un escalier. La cavalière, élève d’Ugo Provasi, profondément choquée par cet accident, a été l’objet d’une prise en charge psychologique par le médecin du concours. »

Terrible enchaînement du destin, trente minutes plus tard, Frédéric Aronio de Romblay, cavalier rompu depuis de longues années à la compétition de haut niveau, déroulait le cross avec l’un de ses chevaux. Emmanuel Feltesse l’explique L’accident s’est produit sur la piste de galop en herbe, sur un Trakehnen que nous mettons dans le parcours des 5 ans en début de saison. Il ne s’agit pas d’un mauvais saut. Le cheval n’a même pas essayé de sauter. De l’avis des vétérinaires, il pourrait s’agir d’une lésion au cerveau, type rupture d’anévrisme ou accident vasculaire cérébral. Dans ce cas, le cheval continue à galoper mais il est en quelque sorte déjà mort. Le cavalier affirme ne rien avoir senti, mais se souvient qu’au lieu de prendre son appel, le cheval a galopé comme s’il n’y avait pas d’obstacle. Après sa chute, il apparaissait paralysé au niveau des membres. L’éleveur et propriétaire du cheval, présent sur le site, a choisi d’abréger les souffrances du cheval. Frédéric de Romblay, éjecté lors de la chute, souffre d’une côte fracturée. « C’est un phénomène qui se produit également en course, précise Emmanuel Feltesse. Cet accident n’a rien à voir ni avec la qualité du cavalier, ni avec la difficulté de l’obstacle,  ni même avec la qualité du cheval, il s’agit bien d’un problème de santé. » Le directeur du Haras de Jardy, qui accueille plusieurs centaines de cavaliers de complet chaque année, le précise, les conditions étaient excellentes. C’est un malheureux concours de circonstances. Il faut éviter les amalgames. »

 

La sécurité, une responsabilité collective

Michel Asseray, directeur technique adjoint en charge du concours complet, est pour la France le « safety officer », ou officiel en charge de la sécurité auprès de la FEI (Fédération Equestre Internationale). « Nous nous réunissons chaque année. Chaque fédération présente ses statistiques sur les chutes, le niveau du concours, le type d’obstacles, et leur position sur le parcours. Nous travaillons sur cet aspect de la discipline depuis longtemps. La FEI se livre à des études sur les sols et de nombreux autres raisons potentielles à l’accidentologie. Lors du tragique accident dont a été victime Maxime Debost, comme lors de la mort des deux chevaux au concours de Jardy, toutes les conditions étaient réunies pour qu’il n’y ait aucun  problème. Les circonstances de cette série d’accidents sont surréalistes. Il ne faut pas en tirer de conclusions hâtives. Le profil des obstacles n’est pas à remettre en cause. La barre de Spa sur laquelle le cheval de Maxime a panaché pourrait convenir à l’éducation d’un quatre ans, et à Jardy, le dôme de la détente, tout comme le trakhenen, sont des obstacles faciles et sautants. Toutefois, nous réfléchissons constamment à ce problème d’accidents, nous avançons chaque année notamment sur les travaux des chefs de piste, sur la qualité des sols. En revanche, malheureusement, dans notre discipline, nous sommes parfois victimes de séries dramatiques. Il  faut aussi continuer à éduquer les chefs de piste, les cavaliers et leur entourage. Je le répète à chaque regroupement de cavaliers et dans tous les stages. Il faut rester raisonnable, savoir où en est le cheval, ne pas euphoriser ni exciter le cavalier qui rentre dans la boîte, mais plutôt le rassurer, lui rappeler qu’il monte avec sa tête et qu’il soit à l’écoute de son cheval. Je suis toujours scandalisé d’entendre les coachs ou les parents qui crient sur un cavalier alors qu’il aborde les deux derniers obstacles sur un cheval un peu fatigué. S’il sent que son cheval est fatigué, le cavalier ne doit pas hésiter à lever le pied quand il demande à souffler, voire à abandonner si nécessaire. Il est également essentiel que les cavaliers amateurs soient entourés d’un professionnel compétent pour l’achat de leur cheval, l’engagement dans l’épreuve qui leur convient, et la gestion de la compétition elle-même. Ne pas hésiter à descendre de niveau s’il le faut. Il est à noter que le règlement contraint les cavaliers amateurs à franchir les étapes au fur et à mesure pour engager leurs chevaux, et que les conditions de qualifications fixées par la FFE pour les épreuves internationales sont plus strictes que celles de la FEI. Il nous arrive souvent de refuser des demandes d’engagements pour des cavaliers, même qualifiés, en raison de contre performances sur les concours précédents. Nous sommes très vigilants. Enfin, nous sommes toujours en recherche de solutions sur la construction des obstacles pour éviter les chutes, comme les « frangible fences » (obstacles qui tombent). Il existe actuellement un système anglais et un système suédois, mais ils ne sont pas encore parfaitement au point. Il ne faut surtout pas penser que nous considérons les accidents comme une fatalité. Je pense sincèrement que pour ce qui concerne ces trois accidents, nous n’avons pas eu de chance, mais ce n’est pas une raison pour arrêter de travailler sur le sujet. Certes, cette discipline présente quelques risques, mais nous faisons tout pour que les cavaliers ne se mettent pas en danger. Le prochain séminaire sur la sécurité a lieu à Lausanne en janvier 2018, Pierre Michelet et moi-même y serons comme chaque année. Les décideurs ne sont pas les seuls à décider, la sécurité des cavaliers et des chevaux est une responsabilité collective.»

Pour info, la FEI a publié sur son site http://www.fei.org un rapport statistique (2006-2016) sur la gestion du risque en concours complet. 

 Photo d'illustration par http://www.images-inn.fr

Béatrice Fletcher

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