Dressage : coup d’œil chez les voisins… (3/4)
vendredi 29 mars 2019

Illustration podium dressage
Quels sont les secrets de nos voisins étrangers pour briller en dressage international ? © Scoopdyga

En 2012 l’équipe britannique de dressage réussissait un beau holdup sur les podiums olympiques des J.O de Londres. Est-il possible d’avoir le même rêve pour Paris 2024 côté dressage français ? Au-delà des polémiques du faux départ des JEM 2018, nous nous sommes attachés, avec la contribution d’acteurs majeurs de la discipline et une vision internationale, à répondre à cette question dans une série en quatre volets.

Pour compléter notre analyse sur la situation du dressage français (voir volet 1 de cette série) et les nouveaux objectifs fédéraux (voir le volet 2 de cette série), il nous a paru important de s’intéresser à ce qui se passe dans quelques pays européens leaders dans la discipline. Deux interlocutrices passionnées par la discipline, polyglottes et riches d’expériences internationales, nous ont apporté leurs connaissances. Vivian Lindemann est allemande née à Hambourg et vit aux Pays-Bas depuis 28 ans. Cavalière, mère d’un jeune cavalier, juge national dans son pays, elle assure beaucoup de secrétariat auprès des juges FEI 5* dans les plus grands rendez-vous. Anna Maulet est suédoise, installée en Haute-Savoie où elle gère les Ecuries du Château de Thorens, enseignante, juge nationale dressage et Steward FEI. Elle-même est compétitrice comme sa fille Elsa qui travaille dans une grosse structure orientée dressage en Allemagne. Leurs connaissances du monde européen du dressage témoigne de la diversité des approches, mais toujours avec une finalité pour les fédérations de booster les cavaliers de cette discipline vers le haut.

Un système pyramidale pour les vestes orange

Aux Pays-Bas, la sélection se fait dès les compétitions poneys avec un système de pyramide que nous . "Il y a des détections dans le cadre régional, et surtout un grand rassemblement national de 185 cavaliers où on sélectionne 135 cavaliers "prometteurs" devant tous les coachs, des juges et des représentants de la fédération, ça fait une trentaine de personnes. Les couples qui se présentent doivent avoir déjà le niveau des reprises FEI. Ensuite il y a le niveau national des "talents" de 12 à 18 ans regroupant 30 cavaliers pour les équipes poneys, et 30 pour les équipes Children et Juniors, puis le niveau  "International Talent" pour les 19-25 ans avec 30 juniors et 10 pour les U25. Les meilleurs cavaliers de moins de 25 ans se retrouvent au CHI d’Amsterdam pour une finale très bien dotée, avec la participation du public dans le jugement, c’est très motivant ! Les cavaliers susceptibles d’aller aux Jeux Olympique entrent dans le cadre du programme NOP qui leur permet de bénéficier de partenariats. L’avantage de notre pays est d’avoir de nombreux concours proches des écuries. On peut facilement progresser en compétition grâce à des concours d’entrainement où le juge doit rester à la disposition des cavaliers une demie-heure après la fin de l’épreuve pour leur faire part de leurs commentaires  C’est très intéressant pour progresser avec les jeunes chevaux. Les leçons sont assez abordables aussi : il y a beaucoup de juges qui sont aussi entraineurs et donnent des cours pour un tarif de 15 à 45€ la demie-heure. Néanmoins le problème du financement des circuits de compétition pour les Jeunes est réel et il y a en ce moment une réflexion de Piet Raymakers Jr. pour aider les jeunes espoirs, en commençant par le jumping, à trouver des soutiens. C’est le projet "Next Generation" ", explique explique Vivian Lindemann

Outre-Rhin : un encadrement exigeant

En Allemagne, le système de détection est assez différent variant notamment suivant les régions du fait de l’organisation en état fédéral. Comme aux Pays-Bas  il y a un programme imposé de stages et concours, le circuit  se termine avec un "Prix du Meilleur" dans chaque catégorie d’âge. Le rôle des entraineurs est aussi différent, les cavaliers du cadre A dans la perspective olympique ne doivent travailler qu’avec le staff fédéral, mais à la base le système d’encadrement est beaucoup plus exigeant. Anna Maulet qui connait bien aussi le système germanique explique : "Il y a une grande homogénéité chez les entraîneurs avec une base qui est la recherche de l’assiette. C’est ce qu’on juge dans les premières reprises qui se déroulent par groupe de trois ou quatre cavaliers. Dans le travail de préparation il y a beaucoup de sans étrier avec une forte exigence de la part des enseignants. Ils sont issus d’une formation qui commence par deux ans d’apprentissage, ensuite, le futur enseignant doit faire ses preuves dans la vie professionnelle, et enfin il peut préparer le monitorat ! Le système est très professionnel avec l’implication des stud-books pour la valorisation de l’élevage. Les shows d’élevage sont très populaires en Allemagne. Il y a des grosses écuries très bien structurées avec des cavaliers salariés qui gravissent progressivement les échelons pour accéder aux compétitions de haut niveau. Et il ya un marché des chevaux d’âge qui permet aux jeunes cavaliers de trouver des montures expérimentées".

Suède, Grande-Bretagne : la part-belle a la transmission des savoirs

L’Allemagne reste la nation de référence pour la discipline et beaucoup de pays n’ont pas hésité à encourager leurs cavaliers à s’expatrier comme c’est le cas du suédois Patrik Kittel installé en Westphalie. Le système suédois se plait à se servir des apports de tous pour arriver à l’efficacité avec comme coach de l’équipe nationale la finlandaise Kyra Kyrklund (vice championne du monde 1990, gagnante de la coupe du Monde 1991). "Il y a quinze ans nous avons créé ce qu’on appelle "le buffet canadien’’ selon le principe que chacun apporte quelque chose pour la réussite de l’opération. Kyra Kyrklund convoque des jeunes pour un rassemblement dans les écuries de Jan Brink qui met gracieusement ses installations à disposition. Il y a aussi des partenaires privés qui soutiennent le déplacement des jeunes. Les grands cavaliers jouent le jeu et servent de tuteurs aux jeunes avec une mission de transmission des savoirs. On insiste beaucoup aussi sur l’importance de parler anglais car c’est essentiel pour suivre les clinics, ces séances de travail commentées qui sont très appréciées. Kyra Kyrklund donne des clinics où il y a plus de 2000 personnes qui ont payé leur place !", détaille Anna Maulet au sujet du système dans son pays. Le système de sélection est très exigeant techniquement, 72% requis pour intégrer l’équipe B, et en terme de moralité avec un suivi de contrôle anti dopage des chevaux.

Les britanniques ont aussi favorisé les échanges, incitant leurs jeunes cavaliers à suivre des clinics avec les meilleurs, comme bien sûr Carl Hester, mais aussi leurs juges FEI à participer aux séminaires et à s’investir dans les jurys internationaux. Le système britannique relayé par le site http://www.britishdressage.co.uk donne une large place à la politique des jeunes, de 6 à 25 ans, avec force de relais sur les réseaux sociaux. Et avec le sourire de Charlotte Dujardin en ouverture, on ne pouvait trouver meilleure ambassadrice pour motiver les troupes !