Dressage : le point de vue de Bernard Maurel (2/4)
jeudi 28 mars 2019

Bernard Maurel portrait
Cavalier, compétiteur, instructeur, juge et auteur, Bernard Maurel nous livre son analyse sur le nouvelle organisation fédérale du dressage français © Jean-Louis Perrier

En 2012 l’équipe britannique de dressage réussissait un beau holdup sur les podiums olympiques des J.O de Londres. Est-il possible d’avoir le même rêve pour Paris 2024 côté dressage français ? Au-delà des polémiques du faux départ des JEM 2018, nous nous sommes attachés, avec la contribution d’acteurs majeurs de la discipline et une vision internationale, à répondre à cette question dans une série en quatre volets.

Après un premier volet consacré à un regard historique et un état des lieux de la discipline lors des échéances majeures (lire ICI), L'Eperon donne aujourd'hui la parole à Bernard Maurel. Cavalier depuis sa plus tendre enfance, compétiteur dans les trois disciplines olympiques, instructeur d’équitation, Bernard Maurel en parallèle de sa carrière professionnelle au sein des Haras Nationaux devenus IFCE, s’est fortement impliqué dans le dressage. Juge FEI 5*, référent SHF et aussi auteur d’un ouvrage aux éditions Belin, Le cheval juste, il était l’interlocuteur qu’il nous fallait pour parler du nouveau dispositif fédéral instaurant un seuil de performance à 71% pour les dresseurs français en quête de sélection. Il a répondu à nos questions il y a un peu moins d’un mois. 

L'Eperon : L'objectif de 71% vous parait-il accessible pour plusieurs cavaliers français ? 

Bernard Maurel : L'entrée dans le Groupe 1 parait accessible puisqu'il s'agit de 3 performances à 70 % sur un Grand Prix du Grand National ou sur tout CDI en France ou ailleurs. A noter qu'au Championnat seniors 2018 à Vierzon il y avait déjà quatre chevaux dans ce cas (sans oublier que certains couples « à potentiel » n’étaient pas là). Et le nombre de couples qui sont dans le Groupe 2, plus ceux qui ont déjà eu des performances de ce niveau, mais qui n'y sont pas encore, implique un "réservoir" suffisant.

Ensuite, il faut qu'ils répètent trois fois cette performance pour accéder au Groupe 1, ce qui est raisonnable... Pour atteindre cet objectif avec l’aide de leurs entraineurs, plutôt que d’accumuler les concours, il faut surtout veiller au mental et à la santé du cheval ; pour améliorer les moyennes, des séances d'évaluation-diagnostic avec des juges expérimentés seront utiles.

Deuxième étape pour les couples du Groupe 1 : aller en CDI-W en Europe de l'Ouest, ou en CDI 4* ou 5* pour y "décrocher" un 71% une fois, afin de se qualifier pour les Championnats d'Europe. S'ils ont eu plusieurs fois 70 %, même dans des concours censés être de niveau technique légèrement inférieur, il n'y a aucune raison pour qu'ils ne puissent pas améliorer leurs performances de 1% ! Passer de 70 à 71 % représente en Grand Prix cinq petits points par juge, donc peut s’obtenir en améliorant d'un point cinq figures, ou même d'un demi point cinq figures à coefficient 2.

Justement, comment gagner des points ? 

Il faut pour cela que l'évaluation-diagnostic initiale soit complétée par des soutiens dignes de ce nom et adaptés à chaque couple, à personnaliser pour le cavalier et le cheval concernés. Il s’agit tout d’abord de compétences techniques (entraineur – cavalier – propriétaire – juge expert – autre expert éventuel) mais aussi et souvent de soutiens vétérinaires, sportifs pour la condition du cavalier ou pour la programmation entrainement-concours ( cf le livre édité fin 2018 par l’Ifce : « L’entrainement sportif en dressage : vers une pratique rénovée »). Mentionnons aussi les aspects psychologiques, voire économiques ou autres à prendre en compte pour compléter ce tableau.

Et n’oublions pas qu’il s’agit d’un sport, donc que la motivation, le travail, et la persévérance sont à la base de tout progrès. La confiance dans l’équipe d’encadrement vient aussi s’ajouter à ces facteurs de réussite.

Lors du stage fédéral au Mans en février, Isabelle Judet, juge FEI 5* était conviée et a échangé avec les cavaliers sur leur présentation. C’est ce type d’évaluation qui est à mettre en œuvre ? Vous-même l’avez utilisé pour les Ecuyers du Cadre sortant en compétition ? 

Les quatre juges internationaux 5 * français ont l’expérience du plus haut niveau international et peuvent évaluer, sur une reprise ou une portion de reprise présentée, les points faibles à améliorer, ou les points forts à préserver. Ensuite, l’échange se passe avec le cavalier et son entraineur, allure par allure, mouvement par mouvement. Selon les connaissances spécialisées des uns et des autres, cela peut déboucher sur une remise en question de certains aspects du travail du cheval, de son dressage, de son entrainement, ou de certains points du fonctionnement du cavalier ou de son emploi des aides. 

Au Cadre noir, ces évaluations ou « warm up » ont été mises en place dès 2014, afin de limiter les sorties en concours aux couples ayant les meilleurs potentiels. Et c’est l’ensemble de l’encadrement de l’école, plus divers intervenants extérieurs, qui aident à la progression. De plus, il s’agit juste d’optimiser les performances des chevaux de l’Ecole, et non de remonter certains écuyers avec des « Formule 1 », puisque les chevaux sont achetés jeunes, à des prix très raisonnables. 

L’avantage de ces évaluations est d’obliger au dialogue technique et aux échanges objectifs. Elles évitent l’effet « gourou » de l’entraineur individuel, ou l’effet commercial qui parfois l’accompagne. Un diagnostic basé sur la progression du cheval, sa santé, ses qualités psychiques, et le potentiel de rassembler qu’il peut atteindre favorise ainsi le soutien d’une équipe technique multi-compétences et permet l’évolution attendue.