Morgan et Alexandra Barbançon sous couleurs françaises !
lundi 23 avril 2018

Morgan Barbançon-Mestre Sir Donnerhall II
Morgan Barbançon-Mestre et Sir Donnerhall II à Bercy © Scoopdyga

A 25 ans, Morgan Barbançon-Mestre a passé sa carrière sportive sous les couleurs du drapeau espagnol, des Poneys jusqu’aux Seniors, en passant par les Jeux olympiques de Londres, les championnats d’Europe d’Aix-la-Chapelle, la finale de la Coupe du monde de Las Vegas, les Jeux équestres mondiaux de Caen ou encore la finale de la Coupe du monde à Paris. Aujourd’hui, la cavalière à la double nationalité franco-espagnole a décidé de changer de cap et de désormais représenter la France. Entretien.

L'Eperon : Vous avez représenté l’Espagne depuis le début de votre carrière, mais vous possédez depuis toujours la double nationalité française et espagnole. Pourquoi avoir privilégié, à l’époque, l’Espagne plutôt que le France d’un point de vue sportif ?

Morgan Barbançon-Mestre : En effet, ma mère est espagnole et mon père est Français. Je suis née à Paris, j’ai grandi dans une culture française puisque nous parlons français à la maison. Par la suite j’ai grandi en Suisse, à nouveau dans un cocon francophone. Ma mère, qui est donc espagnole, souhaitait que je reste proche de mes origines espagnoles et de la culture espagnole. C’était important pour elle. Possédant un passeport espagnol c’était une façon de me rapprocher de l’Espagne. Pour elle, le seul moyen d’obtenir ce rapprochement était de représenter l’Espagne en compétition, même si je n’y ai jamais vécu. 

Pourquoi, après avoir passé tant d’années sous le drapeau espagnol, décider aujourd’hui de changer de nationalité pour maintenant représenter la France ? 

Nous avons pris cette décision en famille pour des raisons personnelles et logistiques. Il est certain que vivant dans le nord, aux Pays-Bas, il n’est pas toujours facile de descendre jusqu’en Espagne pour le championnat national où certaines compétitions obligatoires en vue des sélections nationales, et au fond je me sens très française.

C’est une chose à laquelle vous pensiez depuis un moment ?

Cela fait un moment que cela me trotte dans la tête mais le moment est bien choisi puisque je n’ai pas participé aux Jeux olympiques de Rio ni aux championnats d’Europe de Göteborg avec l’équipe d’Espagne. En effet, pour demander un changement de nationalité,  il faut attendre une période de deux ans sans avoir représenté son pays en équipe lors d’un grand championnat ou Coupe des nations. Ces deux ans sont désormais écoulés, je me suis alors dit que si je voulais changer de nationalité c’était le moment. Comme j’y pensais depuis un moment et bien c’était l’opportunité à saisir. 

Comment cela s’est-il passé ? La Fédération française vous-a-t-elle contactée ?

Non pas du tout, ils ne m’ont pas du tout approchée. Cela a vraiment été une décision purement personnelle avec ma famille puisqu’il n’y a pas que moi qui change, il y a aussi ma petite sœur Alexandra. Elle aussi représentera la France à partir de maintenant.

Dans un premier temps, j’ai parlé avec Jan Bemelmans au téléphone car je le connais depuis que j’ai 12 ans. Il a été longtemps l’entraineur national de l’Espagne, j’ai acheté mon premier poney en Allemagne avec lui. Il ne m’a jamais influencée, ne m’a jamais dit de venir ou de ne pas venir donc la décision vient vraiment de moi. Il en a été de même pour Emmanuelle Schramm. Ils ont vraiment été très neutres ce qui m’a aussi aidé personnellement à prendre ma décision. J’ai vraiment décidé de les contacter en décembre dernier. Je ne voulais pas changer de nationalité avant cela car j’étais dans la course pour me qualifier pour la finale de la Coupe du monde. J’aurais très bien pu faire les démarches avant mais dans ce cas j’aurais alors retiré la wildcard accordée à un cavalier Français pour l’occasion, si je me classais. J’ai vraiment voulu rester fairplay. De plus, j’avais commencé le circuit Coupe du monde en tant qu’Espagnole, je voulais le conclure en tant que telle. Il était vraiment important pour moi de ne pas retirer de possibilité de participation à un Français, même si maintenant on aurait pu avoir été tous les deux qualifiés avec le jeu des forfaits. Il était important pour nous d’arriver dans de bonnes conditions et de ne se mettre personne à dos. Il est clair que je ne change pas de nationalité pour une question d’intérêts donc cette démarche en était la preuve. 

Quelles attentes avez-vous de votre arrivée dans le groupe France ? 

Il va falloir que je me fasse ma petite place, c’est le but du jeu. Je pense que l’on doit tous travailler pour y arriver et être le meilleur en piste pour avoir sa place dans l’équipe. Je pense qu’un peu de concurrence cela fait du bien, c’est très sain, c’est une concurrence positive qui pousse à se dépasser. Comme je l’ai dit, je suis de culture francophone, ce n’est pas comme si je ne parlais qu’anglais ou espagnol, je parle le français, j’aime les gens de l’équipe française, ils me sont tous agréables. Mon but n’est pas d’arriver avec le nez en l’air en pensant que je suis la meilleure, loin de là. On est tous au même niveau, on doit tous travailler, on doit tous faire nos points et je trouve que c’est très important. Il y a des règles, il y a des stages, donc je n’ai pas envie d’avoir de passes droits. J’habite aussi à 30 minutes de chez Jan donc s’il a besoin de voir les chevaux c’est assez facile. Je n’ai rien à cacher, on veut tout faire dans les règles de l’art.

Quel sera alors votre premier concours sous couleurs françaises ?

Le CDI 3* de Saumur devrait être ma première sortie sous les couleurs du drapeau français. C’est déjà très court au niveau des inscriptions mais c’est vraiment l’objectif. Et puis une première sortie sous couleurs françaises sur le sol français serait vraiment sympa pour moi, d’autant que Saumur est un concours que j’affectionne tout particulièrement. C’est un concours un peu porte bonheur pour moi, du moins sous le drapeau espagnol (rires), cela s’est toujours très bien passé là-bas. J’adore l’ambiance, c’est très chaleureux, très cosy, c’est un beau concours et comme première sortie en extérieur pour mes chevaux c’est vraiment un bel endroit. 

Sir Donnerhall II OLD est actuellement votre cheval de tête. Avez-vous d’autres cartouches à venir ?

J’ai un deuxième cheval de Grand Prix qui sortira à Saumur et aussi deux juments de niveau Petit Tour, qui ne sont pas encore complètement prêtes. On verra si je les emmène alors à Saumur pour la compétition, j’en prendrais peut-être une en cheval d’entrainement sur place. J’ai aussi deux juments de 6 ans qui sont supers mais dont les objectifs ne sont pas encore définis pour le moment. Je vais les préparer pour le Petit Tour l’année prochaine. En revanche, ma sœur aimerait se qualifier pour les championnats du monde Jeunes Chevaux à Ermelo avec son cheval de 6 ans qui est un vrai crack. On a un bon piquet avec des bons chevaux, c’est très excitant. J’ai aussi ma jument Girasol avec laquelle j’ai eu des difficultés en reprise, elle était un peu compliquée, elle avait un peu perdu la motivation de sortir. On lui a donné du temps pour être un peu tranquille et voir si elle reprenait un peu le moral. Cela a l’air d’aller donc je vais peut-être la ressortir un petit peu mais elle a déjà 17 ans, je ne veux plus trop tirer sur la ficelle avec elle.

2018 marque donc un tournant pour vous ? 

C’est une nouvelle aventure ! On ouvre un nouveau chapitre et même carrément un nouveau livre (rires).