Une semaine décisive pour l’endurance aux E.A.U

lundi 08 février 2016

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A force de scandales jetant le discrédit sur l’activité équestre aux Emirats Arabes Unis (EAU), la fédération équestre nationale de ce pays a fini par réagir vis-à-vis du milieu de l’endurance.

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Rappelons qu’en mars 2015, la FEI avait prononcé une suspension temporaire de cette fédération nationale, interdisant toute compétition internationale dans ce pays et obligeant les cavaliers émiratis à courir dans les concours FEI sous le drapeau de l’institution, et non celui de leur pays, les cavaliers d’endurance étant totalement exclus. Cette suspension de la fédération nationale avait été levée en juillet après un protocole d’accord entre ses dirigeants et la FEI.   Force est de constater que hormis sur le site de Bouthieb où Sheick Sultan bin Zahyed al Nahyan a mis en place des règles très strictes d’encadrement limitant le nombre d’assistants, la circulation des véhicules, et un règlement favorisant la meilleure condition des chevaux, l’endurance  aux EAU est toujours source d’horreurs.

La fédération nationale, EEF, pressée par la FEI et l’opinion internationale a enfin réagi. Outre la disqualification des cinq cavaliers coupables d’un comportement odieux vis-à-vis de leur chevaux lors de la course Jeunes Cavaliers du 30 janvier (voir ici) Mohammed al Kamali patron de la Fédération équestre nationale des  Emirats Arabes Unis a prononcé la suspension des entraineurs des cavaliers ainsi que le retrait des licences des grooms. Des amendes de 100 000 $ à verser à la FEI seront appliquées pour toutes les personnes coupables de maltraitance envers les chevaux. La EEF a aussi décidé d’interdire toute compétition d’endurance jusqu’au 11 février pour que les organisateurs se mettent en conformité avec le protocole d’accord signé avec la FEI  garantissant un déroulement des courses d’endurance dans le respect des conditions de fair play et bien-être des chevaux. On peut s’étonner d’un délai aussi court, mais samedi 13 février doit se dérouler la Président Cup, un CEI *** sur 160 km doté de plus de 400 000 $ et auquel participent généralement les meilleurs cavaliers mondiaux. Son maintien sur le site d’Al Wathba, terrain du sordide déroulement de la Coupe des Jeunes du 30 janvier, sera donc sous très haute surveillance. Plusieurs fédérations ( Suisse, USA, Grande-Bretagne … ) ont déjà demandé à la FEI de remettre en cause l’attribution à Dubaï du prochain Mondial d’endurance en décembre 2016. Les réseaux sociaux sont particulièrement actif sur le sujet et une pétition disant non à l’attribution du Mondial dans l’enfer des chevaux a déjà recueilli de nombreuses signatures . Pour accéder à la pétition, cliquez ici

Jocelyne Alligier

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THIERRY L | 08/02/2016 20:47
L’Endurance, la banlieue de l’équitation

Une fois de plus l’Endurance fait parler d’elle – en mal, un peu comme la banlieue, dont on montre rarement les bons côtés, qui pourtant existent bien…

Le fait du moment, donc : une vidéo tournée à Al Wathba (UAE), sur laquelle des chevaux épuisés terminent tant bien que mal une course de 120Km dans le désert, chevaux littéralement poussés par des types courant derrière eux à grands coups de bouteilles en plastique, de seaux d’eau glacée, à grand renfort de klaxons et de beuglements alentours, chevaux de surcroît méchamment lattés par des cavaliers qui n’ont de cavaliers que la place qu’ils occupent à cet instant, pantins rebondissant sur leur selle. Bilan, un mort et pas mal de blessés. Parmi les chevaux.

Une vidéo qui a fait le tour du monde aussi vite que ces malheureux chevaux sur leur piste de sable.

Une course comme on en a déjà vu, ici ou là. Enfin surtout là, malheureusement, et malgré l’accord passé entre la Fédération équestre internationale (FEI) et la Fédération équestre des Émirats Arabes Unis (EEF), à peine levée son interdiction de compétitions internationales pour ces mêmes raisons qui la propulsent aujourd’hui encore dans les colonnes de la presse mondiale. En effet l’Endurance a aussi cette faculté à rapprocher l’équitation de la politique internationale. Quitte à profiter de ce levier-là pour essayer d’enterrer un Moyen-Orient qui en l’occurrence ne le mérite pas.

Car au final, à qui revient la faute ? Aux cavaliers, ici à peine majeurs ? Aux organisateurs, dépossédés de leur événement par un règlement qui donne tout pouvoir aux staffs techniques internationaux – président de jury, juges, vétérinaires ? A ces représentants officiels, ouverts à tous les vents de la tentation, vents violents qui ne rencontrent aucun obstacle à leur progression ? A l’argent, qui va qui vient, qui se refuse bien moins facilement qu’il s’accepte ?

A défaut de réponse, il reste une question : qui se trouve à l’origine de tous ces points d’interrogation ? Qui organise le système ? Qui permet d’en arriver là ? Qui bat les cartes ?

La FEI. La FEI, qui représente à la fois la loi et la justice. Le règlement et son application. Or que se passe-t-il quand la justice n’applique pas la loi ? C’est le chaos. L’abus. Le ravage. Le n’importe quoi…

Au lendemain de cette vidéo Manuel Bandeira de Mello, président de l’Endurance au sein de la FEI, tapait du poing sur la table en verre, « reportant » les prochaines courses d’Al Wathba, imposant la suspension de quelques entraîneurs, infligeant quelques amendes, annonçant une nouvelle loi d’airain pour « limiter la vitesse » des courses d’Endurance. Il fallait bien faire quelque chose. Dire quelque chose. Ça ou autre chose, ou rien, puisque les courses reportées iront se jouer ailleurs, sans le moindre contrôle radar.

Pour gérer le Groupe VII il faut être diplomate, pas juriste.

Parce qu’il y a le sport, qui ne supporte pas la triche, et parce qu’il y a le monde. Qui s’indigne dans tous les sens. Les animaux souffrent, certains Hommes ne les méritent pas. En anglais circulent des pétitions réclamant la relocalisation du prochain championnat du Monde, à Dubaï. Mais relocaliser où ? Qui plus que Dubaï l’Endurance peut-elle remercier ? Qui peut plus que Dubaï s’affirmer aujourd’hui comme terre d’Endurance ?

Ce qui soulève d’autres questions, encore… Qu’est-ce que l’Endurance en 2016 ? Une discipline européenne ou mondiale ? De l’herbe ou du sable ? Des cavaliers ou des pilotes ? Et, par-dessus tout : la FEI peut-elle, veut-elle, doit-elle la garder dans son giron ? Pourquoi ne pas imaginer, sans avoir besoin d’une grande imagination, une fédération parallèle, dédiée, professionnelle ?

Alors, bientôt, demain, demain matin à l’aube, la FEI va devoir prendre une position. Faire un choix. Une Endurance toujours mollement réglementée, fonction des forces en présence. Une Endurance à l’image des autres disciplines équestres, olympiques ou non mais (relativement) équitablement régulées. Une Endurance autonome – qui devra elle-même assumer son identité.

La FEI joue ici plus qu’une discipline. Elle joue sa tête, comme d’autres fédérations jouent au foot ou courent des 100 mètres haies.

Oui, l’Endurance c’est comme la banlieue : ça semble effrayant, dangereux, bordélique, scandaleux. Il y a de ça c’est vrai. Mais il y a aussi des gens formidables qui y vivent, auxquels il suffit souvent d’offrir un petit champ d’expression pour changer le regard qu’on y porte, et pour changer tout court la situation.

Monsieur Bandeira de Mello, s’il vous plaît, laissez s’exprimer ceux qui aiment l’Endurance (les pays du Golfe font partie de ceux-là), et pas uniquement ceux qui en profitent.

Thierry Laborde


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