Meredith Michaels-Beerbaum seule au monde.
lundi 20 avril 2009

goteborg8-meredith beerbaum
Meredith Michaels Beerbaum et Shutterfly Ph: Scoopdyga

Elle l’a fait. Elle est revenue sur la terre de l’échec (Las Vegas 2007) et l’a transformé en victoire. De bout en bout. Du premier jour au dernier ; de la première barre à l’ultime oxer, l’impitoyable « Bellagio », sans une faute concédée avec Shutterfly le bien nommé.

Parce que s’il ne veut rien dire, il a quand même une sonorité de rêve ce patronyme pour un cheval… Dédié pour toujours au couple aérien que le fils de Silvio I, à seize ans le doyen de la cohorte, forme avec LA « numéro un mondial ». Extra terrestre ce couple…On dirait même céleste !

Et puis elle a pleuré une fois la ligne d’arrivée franchie. Pas de grands gestes de délivrance, de galopade à n’en plus finir, d’exubérance. Non, juste un petit poing ganté de noir levé qui retombe bien vite, le long du buste si frêle. Et puis des larmes. Le trop plein accumulé ces derniers mois ; la perte de son père avec qui elle était très liée dit-elle avec, dans la foulée de la vie, la perte du papa de Markus son mari et de Ludger Beerbaum. Elle aurait probablement aimé qu’ils soient là. Elle aurait été fière de partager avec eux cette performance qui s’appelle la Coupe du Monde parfaite, celle qu’on ne peut qu’égaler, jamais plus concurrencer ! Mais elle est seule au sommet de son art, de sa montagne. Un merveilleux exemple d’équitation, de sportivité, d’humanité. Pour combien de temps ?

Car prétendre qu’elle a fait la course sans concurrence parce, qu’elle n’a jamais été mise en défaut par McLain Ward et Saphire ou Albert Zoer et Oki Dokki serait aussi inexact qu’injurieux. Les deux gaillards ainsi pendus à ses basques dès le premier soir n’ont rien lâché non plus. Il n’ont pas commis plus de fautes qu’elle et n’ont en rien démérité. Il leur a juste manqué ce petit plus que fait un tour de trotteuse dans son boîtier d’acier… Voire deux !Interrogé au soir de la bataille McLain Ward qui a quand même un palmarès plus qu’enviable admettait avoir été battu à la régulière « Saphire a été parfaite. Je me suis repassé le film de chaque épreuve et si c’était à refaire je referais la même chose. Je ne me reproche rien. Je ne pouvais pas faire mieux sans nous mettre en risque. C’est une affaire de secondes ; de deux petites secondes exactement. Aujourd’hui, c’est cela la réalité de notre sport ». Derrière ses petites lunettes, amaigri semble t’il par la compétition Albert Zoer opine du front qui se dégarnit gentiment « Oki Dokki est un lutteur. Il va jusqu’au bout. Ce qui nous a manqué le premier jour nous manque encore aujourd’hui ».Aveu d’impuissance ou reconnaissance de l’excellence ? Pour terminer sur le podium de Las Vegas, juste une petite réflexion. De tout temps il y a eu des couples qui dominaient le lot. Solo. Par exemple Hugo Simon avec Gladstone ou ET, Schockemöhle avec Deister, Ian Millar avec Big Ben etc… Puis vint l’époque des duos. On pense aux mano à mano de Pierre Durand avec Jappeloup et de John Whitaker avec Milton.Or nous vivons l’époque d’un trio qui domine incontestablement la discipline. Celle de trois couples d’exception. Cette époque sera-t-elle suivie d’autres ? Est-ce pure coïncidence ou au contraire la preuve que le sport a changé ?

La singularité de cette finale ne doit pas nous faire oublier que ces trois protagonistes n’étaient pas seuls. Dans le peloton qui suivait on remarqué quelques belles actions à commencer par celle de Christina Liebherr (No Mercy) qui comme Ludger Beerbaum (Coupe de Cœur) a signé un double sans faute dimanche. On a espéré longtemps que Rodrigo Pessoa qui était à une distance parfaite pour mettre la pression sur le trio de tête (8 pts) soit une faute exactement sur Albert Zoer et deux sur Meredith Michaels mette sa menace à exécution. Jusqu’au dernier oxer de la seconde manche pour tout dire. Mais Rufus là, en décida autrement. Un peu comme Trésor avec Steve Guerdat… Des promesses tout au long…De se revoir finalement à Genève avec Trésor ou Jalisca Solier en avril prochain ! Avec cet anglais qui est entrain, petit à petit, d’effacer les Whitaker du paysage et qui s’appelle Ben Maher ! Enfin on s’est passionné pour la Coupe de Thomas Velin avec Grimm St Clair. Toujours aux avant-postes (avec seulement un petit relâchement dans la première manche de la finale) le danois et le fils de Laudanum qu’on n’imaginait pas en mesure d’être aussi compétitif à ce niveau. Belle démonstration de cet étalon qui peut être considérée comme rassurante pour l’élevage hexagonal lequel n’était pourtant que modestement représenté à Las Vegas avec quatre Selle Français (plus deux ou trois « défroqués » inscrits au BWP ou ailleurs) contre 11 KWPN ou 9 Holsteiners par exemple…Et en même temps comme une drôle de sensation de vide. Qu’on le veuille ou non, pas plus qu’à Hongkong l’absence de couples français, dans ces rendez vous majeurs, quelques soient les bonnes raisons invoquées, n’attestent encore d’une grosse santé.

Résultats détaillés sur http://worldcuplasvegas.com