Michael Jung : « les CSI me donnent beaucoup d’expérience et de force»
jeudi 25 janvier 2018

Michael Jung et fischerChelsea au CHI de Genève
Michael Jung et fischerChelsea au CHI de Genève © www.scoopdyga.photo

Leader mondial indéboulonnable et incontesté du concours complet, Michael Jung commence aussi à atteindre les sommets en saut d’obstacles et va disputer prochainement la coupe des nations du CSIO d'Abu Dhabi. Et avant cela, l’Allemand fera partie des têtes d’affiche du Jumping de Bordeaux la semaine prochaine, où il s’élancera évidemment dans le Devoucoux indoor derby, mais aussi dans le CSI5*. Il nous parle de la complémentarité entre les deux disciplines et de ses objectifs.

Comment conciliez-vous le concours complet et le saut d’obstacles ?

J’aimerais faire davantage de saut d’obstacles car j’ai de très bons chevaux, encore jeunes mais de très grande qualité, et c’est pour moi fantastique de concourir sur les plus beaux CSI, comme Genève (photo) ou Bordeaux. J’ai besoin de plusieurs jours par semaine aux écuries afin de jeter un œil à tout, de travailler mes chevaux et d’entraîner les autres cavaliers, mais d’un autre côté, les CSI me donnent beaucoup d’expérience et de force pour progresser encore en complet. J’essaye de trouver le meilleur équilibre entre les deux disciplines. Et c’est super de mettre toute son énergie dans le sport et le travail.

 En consacrant plus de temps au saut d’obstacles, n’avez-vous pas peur de devenir moins performant en complet ?

Je ne pense pas. Pour moi, le jumping est un excellent entraînement. C’est très important de faire assez de sauts quand on s’entraîne. On travaille alors son œil, son équilibre, son feeling… Chaque cheval est différent et ce qu’on peut ressentir sur chacun des sauts est primordial. Beaucoup de jeunes rencontrent le problème inverse : ils ont du talent, mais malheureusement pas assez de chevaux avec qui sauter pour apprendre assez vite.

 Prendre part à de grands championnats en jumping est-il un de vos objectifs ?

C’est un grand rêve, mais je dois encore beaucoup travailler pour y parvenir. Je pense que c’est la même chose qu’en complet, il faut de très bonnes bases afin de construire un super partenariat avec ses chevaux. Il ne suffit pas d’un cheval qui vous pousse au top niveau puis sans lequel vous rétrogradez. Il faut plusieurs bons chevaux, des résultats et beaucoup de travail. Je préfère prendre mon temps, je dis toujours « slowly but stronger » (lentement mais plus fort). L’objectif n’est pas de faire juste une performance de temps en temps, mais de s’inscrire à haut niveau.

 Pensez-vous que les concours qui réunissent plusieurs disciplines sont une bonne chose ?

C’est super pour les spectateurs et ce sont eux qui font l’atmosphère d’un concours. Nous avons besoin d’eux pour avoir de beaux concours. Quand il n’y a pas grand-monde, ce n’est pas aussi fun de monter. C’est important que les organisateurs pensent à ce que les spectateurs aiment et ont besoin.

 Ces concours favorisent-ils les échanges entre les cavaliers, propriétaires et sponsors des différentes disciplines ?

A Stuttgart, je suis allé féliciter les meneurs et ils m’ont proposé d’essayer. C’était très fun et beaucoup de stress aussi. (Rires) Je suis entré en piste, en contrôle, puis les chevaux ont commencé à galoper, et là j’ai fait « wahou ». C’était chouette, mais impressionnant ! On ne parle pas tant que ça ensemble, parce que chacun est concentré sur ses propres épreuves, mais quand on a l’opportunité d’échanger, c’est toujours enrichissant.

 D’un point de vue technique, qu’est-ce qui a le plus évolué en concours complet et qu’est-ce qui doit encore être optimisé ?

Notre discipline évolue dans le bon sens. Je pense que les chefs de piste ont trouvé le bon équilibre. Ils ont parfois monté des cross trop difficiles, alors que désormais, ils sont pour la plupart agréables à monter et les situations sont claires pour les chevaux. La marche reste en revanche trop haute entre les 3 et 4*. Le niveau intermédiaire qui va être mis en place par la FEI peut, à mon avis,  aider parce que certains font les 3* longs avec aisance et se qualifie directement pour Badminton sans en avoir le niveau. Ce n’est pas possible, ça ne marche pas et ce n’est pas juste pour les chevaux. Le fait que le niveau du dressage et de l’hippique augmentent est également une bonne chose, car cela oblige à mieux monter, à mieux dresser, et donc à avoir une meilleure connexion et complicité avec son cheval, qui donnent au final aussi plus de sécurité sur le cross. Pour continuer à faire évoluer la discipline, Il ne faut pas hésiter à essayer des choses et à voir si elles fonctionnent ou pas. Le système n’est pas encore parfait mais, mais nous sommes sur le bon chemin. Tout le monde réfléchit et a envie de le rendre meilleur. C’est positif.

Que représente le fait d’être n°1 mondial pour vous ?

Ca me rend très heureux. Cela me donne à la fois de la confiance et de la pression. C’est en effet la preuve d’une régularité, d’une consistance, et c’est une belle récompense pour toute mon équipe. D’un autre côté, tout le monde nous regarde et nous attend. Les gens font tellement de vidéos et photos de nous, que ça peut prendre des proportions énormes sur les réseaux sociaux quand on fait une erreur.

 Déplorez-vous l’énorme différence de dotation entre les plus belles épreuves de saut d’obstacles et de concours complet ?

En complet, il y a seulement trois compétitions dans l’année où on peut vraiment gagner sa vie. Mais quand on rêve de devenir cavalier de complet, on ne le fait pas pour l’argent, on le fait parce qu’on aime cette discipline !