Olivier Robert : "Revalorisons nos concours nationaux"
samedi 18 mars 2017

Olivier Robert
Olivier Robert © Scoopdyga

L'idée, lancée par l'Alliance des organisateurs de concours, d'harmoniser le prix des engagements des CSI européens avec ceux organisés aux Etats-Unis fait vivement réagir les cavaliers ces derniers jours. S'ils dénigrent unanimement cette possible mesure, certains voient plus loin. C'est le cas d'Olivier Robert, qui pense que ce serait l'occasion de revaloriser les concours nationaux.

Que ce soit bien clair, Olivier Robert est contre cette mesure d'harmonisation. D'autant qu'il connait bien le système américain pour l'avoir pratiqué pendant quelques années. Mais pour le cavalier, lutter contre ce projet, c'est en fait se tromper de combat : "Notre mécontentement ne sera de toute façon pas entendu. Si les décisionnaires veulent faire passer ce règlement, il sera mis en place. Ce n'est qu'une question de temps. A nous de trouver une solution, et notamment de remettre en valeur nos beaux concours nationaux, qui valent aussi bien qu'un 2* ou 3*. Les difficultés rencontrées en CSI 1* et 2* sont bien inférieures à celles que l'on trouve en Pro 1 ou Pro Elite". 

Une revalorisation des nationaux qui profiterait à tous

Olivier le rappelle, mettre en place ces concours étoilés a un coût élevé, dont les organisateurs se plaignent souvent. Alors il se questionne : "Pourquoi ne pas dire "on n'organise plus de 1 et 2*", et organiser à la place des concours Pro 1 et Pro Elite, comme sur le Grand National, dont le niveau est estimé à un CSI3* ? Tout le monde y gagnerait ! C'est un cahier des charges moins lourd à porter pour les organisateurs, ce sont des engagements moins chers pour les propriétaires, et c'est en plus l'occasion de monter plusieurs chevaux dans les grosses épreuves, chose qu'on ne peut pas faire dans un international." Et le cavalier, récemment qualifié pour la finale à Omaha avec sa toute bonne Quenelle du Py, ne tarit pas d'exemples concrets pour étayer ses propos : "La semaine dernière, dans le Grand National de Royan, il y avait 100 partants. Puisqu'il y a 1 classé sur 4, le 25e a touché 800€ pour un engagement un peu supérieur à 200€. Ses gains sont quatre fois supérieurs à son engagement" constate-t-il, avant de continuer et de comparer avec un CSI2*. "Dans un 2*, on paye très cher d'engagement. Le 12e d'une épreuve équivalente à la Pro Elite touche 100€. Est-ce qu'on n'est pas en train de se tromper ? Est-ce que parce que c'est estampillé international et qu'il y a une Marseillaise, c'est forcément plus prestigieux ?". Très pragmatique, le cavalier rappelle qu'on peut engager les mêmes cotes que les petits internationaux sur le sol français, avec les mêmes difficultés, et des plateaux aussi relevés, tout en épargnant le portefeuille des éleveurs et propriétaires. 

Des engagements gratuits pour les 4* et 5*

Oui, mais concourir principalement sur des nationaux ne rendrait-il pas le commerce plus difficile ? "Absolument pas !", lance Olivier avec véhémence. "Les étrangers, il achètent les chevaux qui sautent bien sur des vidéos de parcours. Point à la ligne." . En revanche, si le Bordelais se voit bien céder sur l'harmonisation des "petits" concours étoilés au profit d'une revalorisation des nationaux, selon lui ce qu'il appelle les "vrais" internationaux (à savoir les 4 et 5*) devraient être accessibles gratuitement, sans frais d'engagement pour les cavaliers : "C'est nous qui faisons le sport donc on ne doit pas payer d'engagement. Les tribunes sont remplies parce que les cavaliers sont sur la piste. Ce n'est pas à nous de sponsoriser notre sport ! "

Pour le cavalier, c'est la mobilisation de tous les acteurs de la filière en France qui permettra de changer la donne, à commencer par les organisateurs : "Il faut faire passer le mot aux organisateurs. Les prix d'engagement en CSI augmentent, et bien ce ne sera pas le cas en France. On est les plus grands organisateurs de concours au monde, on supprime les 1 et 2* et on va préparer nos cavaliers français dans notre système national comme on le faisait avant." D'autant qu'Oliver pointe très justement que c'est plus sur ces concours nationaux que les sélectionneurs se font une idée des couples dont il dispose. A Royan par exemple, Philippe Guerdat était présent du jeudi au dimanche, et a regardé quasiment toutes les épreuves avec un intérêt certain.   

"L'harmonisation serait catastrophique, mais on a une porte de sortie en France. Il ne faut pas tenir tête de front. Dialoguons avec les instances, cédons sur cette harmonisation jusqu'aux 3*, mais tenons bon pour les 4 et 5*, qui sont à mon sens le vrai sport. Réclamons des engagements à 0€ pour ces épreuves, comme c'était le cas partout il y a encore quelques années, et comme c'est encore le cas sur de rares concours actuels", conclut finalement Olivier Robert. Une vision des choses qui diffère de ce qu'ont pu lancer les autres cavaliers. Un problème pris dans l'autre sens, qui apporte un éclairage nouveau sur la polémique.