Pour ou contre le Global : un faux débat ?

jeudi 07 décembre 2017

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« Ce n’est pas en dénigrant le Global Champions Tour que nous allons sauver les Coupes des nations, mais en les modernisant. Ces deux circuits ont leur place. Ils nécessitent des ajustements, mais il n’y a pas à choisir. Et il ne faut pas oublier que si nous pouvons vivre de notre sport aujourd’hui, c’est en partie grâce au Global. » Des voix du Top 30 mondial s’élèvent contre l’opposition faite entre le circuit historique de la FEI et celui lancé par Jan Tops en 2006 dans les débats sur l’avenir du jumping. Jérôme Guéry, Simon Delestre et Roger-Yves Bost en font partie. Interviews croisées.

Illustr Global Champions Tour  largeL

Stefano Grasso/LGCT

L'Eperon : Pourquoi souhaitez-vous vous exprimer sur le sujet ? 

Jérôme Guéry (n°28 mondial) : Aujourd’hui, certains pensent que si on est pour le Global, on est contre le sport, mais ce n’est pas du tout ça, bien au contraire ! On peut prendre part à ce circuit et aux grandes échéances avec son pays. Je participe au Global Champions Tour mais aussi aux Coupes des nations et grands championnats (28e des JO de Rio en 2016 et 4e par équipes et 11e ind. du championnat d’Europe à Göteborg cet été avec Grand Cru van de Rozenberg, ndla). 

Simon Delestre (n°11 mondial) : On n’est pas « pour » ou « contre », il n’y a pas à opposer ces circuits qui offrent tous les deux du très grand sport et qui ont chacun leur place, il n’y a pas à choisir... C’est un faux débat. Cette année, j'ai privilégié les 5*, dont le Global, aux Coupes des nations pour ramener Ryan-Hermès à son meilleur niveau, mais j'espère bien réintégrer l'équipe de France dès l'an prochain. On aime notre sport et toutes les belles épreuves et grands championnats nous font rêver. Le Rolex Grand Slam, dont on dispute une étape ce week-end à Genève, a également une dotation et surtout un programme sportif fantastiques. 

Roger-Yves Bost (n°21 mondial) : Participer au Global et aux Coupes des nations est possible, c'est une question de programme et de bonne gestion des chevaux. Je l'ai fait ces deux dernières saisons. Ma priorité reste avant tout l’équipe de France (or par équipes aux JO de Rio en 2016 avec Sydney Une Prince et 26e du championnat d’Europe à Göteborg cet été avec Sangria du Coty, ndla), mais on doit aussi gagner notre vie en  concours car faire tourner une écurie de top niveau est très onéreux, et c’est grâce au Global, qui a tiré la dotation de tous les 5* vers le haut, qu’on peut aujourd’hui vivre de notre sport et garder nos chevaux. 

Quelles sont d'après vous les solutions pour préserver les Coupes des nations face à l’essor du Global ?

Jérôme Guéry : Ce n'est pas en dénigrant le Global que l'on va sauver les Coupes des nations. Ces dernières restent les plus belles et prestigieuses épreuves, mais la FEI doit les faire évoluer et augmenter leur dotation pour attirer les meilleurs couples mondiaux. Un double sans-faute rapporte des points rankings au cavalier, mais zéro gain quand son équipe n’est pas classée. Il faudrait une dotation pour les doubles sans-faute afin de ne pas faire sauter deux tours à 160 cm aux chevaux pour rien. On pourrait imaginer ajouter un classement individuel en regroupant la Coupe et le Grand Prix au sein d'une même épreuve, avec par exemple la première manche le samedi, la seconde le dimanche donnant le classement par équipes, puis un barrage pour départager les doubles sans-faute. C'est une idée parmi d'autres. Il faut réfléchir à des évolutions.

Simon Delestre : La FEI doit aussi impérativement moderniser les pistes des CSIO. Une des raisons pour lesquelles je n’ai pas fait de Coupes cette année, ce sont les pistes en herbe. C’est dans l’absolu fantastique de monter sur l’herbe, mais c’est trop aléatoire en Europe où la météo est si changeante. Et moi, avec un cheval comme Ryan, je ne peux pas prendre le risque de sauter sur un terrain dégradé.  

Roger-Yves Bost : La FEI doit mettre des garde-fous pour garantir l’équité du sport, mais tous les circuits peuvent coexister. Il faut qu’on réfléchisse tous ensemble à des solutions pour faire évoluer notre sport à tous niveaux. 

Vous soulignez d'ailleurs tous que le Global nécessite aussi des ajustements.

Simon Delestre : Evidemment ! Ce n’est encore jamais arrivé, mais dans le Global, ce n’est par exemple pas normal de pouvoir engranger deux fois 150 points avec le même cheval le même jour si on gagne la qualificative et le Grand Prix. Et ce n'est pas normal non plus que treize couples prennent 130 points le même jour, quand il y a treize doubles sans-faute dans une Coupe des nations. C'est l'équivalent de treize Grands Prix gagnés ! Il y a des améliorations à apporter aux deux circuits.

Les détracteurs du Global pointent du doigt le problème des pay-cards et les règles beaucoup plus souples dont le circuit bénéficie comparé aux autres CSI5*.

Jérôme Guéry : On entend aujourd’hui que le Global n’est pas le vrai sport, que c’est un sport de riches où il faut payer pour concourir, mais aucun cavalier du Top 40 ne dépense un seul centime pour y participer ! Les équipes coûtent en effet 2 millions d’euros, mais elles sont achetées par un sponsor ou un richissime cavalier qui invite les meilleurs mondiaux et cet argent est redistribué en dotation d'où les gains beaucoup plus importants. Et si on regarde le classement du Grand Prix au final, on retrouve à 95 % les mêmes que sur les autres CSI5*. 

Simon Delestre : Sur les pay-cards, il y a deux points de vue possibles : quand un sponsor paye pour une équipe, on peut considérer que tous les cavaliers de l’équipe sont des pay-cards ou au contraire qu’ils ne le sont pas. Mais la réalité, c’est que les bons cavaliers ne payent pas, et que ceux qui accèdent au Grand Prix parce qu’ils payent restent ultra minoritaires. Et il y en a aussi dans les 5* avec seulement 20 % de pay-cards. Au départ, ma seule crainte a été que le Global baisse la difficulté de ses épreuves 5* pour laisser l’accès aux gens qui n’ont pas le niveau, mais ça n’a pas du tout été le cas, bien au contraire ! Certains ont bien vu par eux-mêmes qu’il ne fallait pas qu’ils sautent. Entendre dire que le Global n’est pas du grand sport, je ne peux pas l'accepter ! Un Grand Prix du Global comme une Coupe des nations sont des épreuves ultra difficiles à gagner car elles réunissent l’élite. De même, je n’ai pas voulu participer à la Champions League la première année car cela impliquait de sauter une épreuve supplémentaire et je n’avais pas la cavalerie suffisante, mais comme elle est désormais couplée avec la qualificative du Grand Prix, j’ai intégré une équipe car c'est juste une opportunité d’avoir plus de gains sans demander plus d’efforts à nos chevaux. 

Beaucoup craignent toutefois un accès au top niveau de plus en plus restreint…

Simon Delestre : Dans tous les 5*, quel que soit le circuit, on se confronte au final aux meilleurs mondiaux. Il n’y a pas à différencier. Et il ne faut de toutes façons pas faire croire que le top niveau est accessible à tout le monde. C’est très difficile d’y parvenir. Il y a des améliorations à apporter à chaque circuit, mais la multiplication des 5* ouvre forcément plus de places. Quand il y a deux 5* le même week-end, deux fois plus de cavaliers peuvent s’élancer.  

Propos recueillis par Elodie Mas

Theault
Spécialiste du transport pour chevaux depuis 1924
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