Rodrigo Pessoa : "Le monde est conduit par l'argent, c'est regrettable"

mardi 05 juin 2018

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Ce printemps, Rodrigo Pessoa a convié quelques journalistes à Lasne, son joli fief en Europe. Le champion olympique a dit vouloir tenter de concilier ses activités de cavalier et de chef d’équipe des Irlandais jusqu’aux JO de Tokyo 2020. Et sur les grands sujets du moment, il n’avait pas la langue dans sa poche.

Rodrigo Pessoa largeL

Coll. Rolex

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Rodrigo Pessoa

Rodrigo Pessoa

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Sacré champion olympique à Athènes, six ans après avoir été champion du monde à Rome, et triple vainqueur de la Coupe du monde de saut, Rodrigo Pessoa (45 ans) a l’un des plus beaux palmarès. Et il a débuté sa carrière d’entraîneur-chef d’équipe en menant les Irlandais sur la plus haute marche du podium aux Européens 2017. L’artiste brésilien tente de concilier ces deux activités, mais il a pris le temps de recevoir quelques journalistes dans son beau port d’attache européen, 20 km au sud-est de Bruxelles.

Rodrigo Pessoa a trois « chez lui », Bruxelles, où il est basé depuis 1981 et retourne cinq mois l’été, louant depuis quatre ans des écuries à Lasne, sa maison familiale dans le Connecticut, où les enfants sont le plus souvent (école oblige !), et Wellington, en Floride, où il dispose d’une propriété et d’écuries pour passer agréablement l’hiver.

A Lasne, le Brésilien dispose d’un écrin de charme et de verdure, le Haras de la Hussière. C’est le fief de la cavalière de complet Stéphanie d’Andrimont (35 ans). Il lui loue une partie des infrastructures et dix (des 45) boxes, son père, Nelson, en réservant aussi une partie. Nelson Pessoa a toujours quelques élèves et il entraîne l’équipe de complet de l’Australie en vue des Jeux mondiaux de Tryon (voir ITW réalisée durant Saumur). « C’est cocasse, mon père coache les Australiens et moi les Néo-Zélandais, à la demande de Luis Alvarez Cervera ! », souligne Rodrigo, qui résume ainsi ce mélange de complicité, de respect et… de rivalité entre père et fils. Entretien.

L'Eperon : Vous avez un nouveau métier. Quand les Irlandais vous ont demandé, avez-vous tout de suite vu ça comme une opportunité ou vous êtes-vous dit « Je deviens vieux ! » ?

Rodrigo Pessoa : C’est parti de quelques discussions avec tel ou tel cavalier insatisfait. J’avais besoin d’un break après les JO de Rio, car j’avais été très déçu de ma non-sélection. Donc j’ai posé ma candidature. L’aspect humain a été très intéressant, phénoménal, être le leader d’un groupe, c’est quelque chose. On a essayé de bien planifier, de mieux gérer leurs chevaux. Ils étaient très individualistes. On a eu une grande récompense aux Européens, c’était émouvant. On avait osé faire une croix sur la Coupe des Nations de Dublin, quinze jours avant, les gens ne comprenaient pas, mais là ils ont compris ! 

Le titre par équipe, une conquête particulière ?

Oui, car on a dû monter en équipe, on était dos au mur, on n’avait plus que trois chevaux en dernière manche, nos cavaliers ont dû se surpasser ce soir-là. C’est un sport individuel, mais gagner en équipe, c’est plus rare et c’est très particulier.

 

Quelles qualités avez-vous insufflé à ce team-là ?

Mon expérience, le sens de l’équipe, une bonne planification et surtout de la transparence. Il s’agit d’être honnêtes entre nous, d’avoir le sens de l’équipe, c’était nouveau pour eux. Même de faire un stage d’une semaine en équipe, ici, de s’entraîner, de manger trois fois par jour ensemble, de parler de nos problèmes, ça leur paraissait impensable. Or ça a bâti ce succès. 

La question de la fin de votre carrière s’est chaque fois posée pour l’olympiade suivante, comme si un champion olympique devait arrêter après des JO. Le fait d’être devenu chef d’équipe vous empêche-t-il de penser à Tokyo comme cavalier, les deux carrières sont-elles conciliables ?

D’abord, ma volonté était clairement d’arrêter après les JO de Rio, c’eût été le bon moment si on m’avait laissé monter, avec un bon résultat ou non. Hélas, les choses ne se sont pas passées comme elles auraient dû et je ne voulais pas arrêter sur cette frustration. Et comme l’équitation vit sur un cycle olympique, je me suis donné quatre ans de plus. Si j’ai un bon cheval, avec des chances décentes de bien figurer à Tokyo et d’aider le Brésil, je demanderai aux Irlandais, avec lesquels je dois signer à nouveau fin 2018, de faire les deux, car c’est conciliable. Je mettrai cela sur la table et ils devront choisir, je suis convaincu qu’ils seront d’accord. On peut coacher et monter le même championnat. Je donnerai plus de temps aux Irlandais, je ferai le camp d’entraînement avec eux, mais c’est jouable.

Le sport a beaucoup évolué, avec tous ces circuits, ces concours sur-dotés et sur invitations, où va-t-on ?

Oui, ça s’est beaucoup développé, et pas toujours dans le bon sens. Le monde est devenu axé sur le business et l’argent, le sport aussi, on le voit avec les transferts en football et autres. Il est bien que les dotations aient augmenté, notre sport coûte cher et les cavaliers peuvent en vivre bien, sans forcément vendre leurs chevaux. Mais il y a aussi des aspects plus négatifs, le calendrier explose, il y a des gros concours tout le temps, les chevaux sautent beaucoup plus et voyagent à travers le monde. Ils ne se reposent plus suffisamment. Et il y a beaucoup de circuits. Le monde est conduit par l’argent, c’est regrettable, il faut trouver un équilibre entre tout ça, les dates, les circuits, les règles. 

N’est-ce pas à la FEI de trouver un équilibre entre tout ça, de gérer le calendrier et de tenir compte des demandes des cavaliers, notamment pour un système d’invitations juste pour les plus talentueux, le fameux 60-20-20 ?

Oui, absolument, c’est le rôle de la Fédération et je dois hélas dire que la FEI ne fait pas vraiment son job. Elle favorise un de ses partenaires, elle ne fait pas appliquer des règles pourtant claires et justes, elle n’écoute pas les demandes du Club des cavaliers. Notre rôle n’est pas d’aller au tribunal, et quel tribunal ? Mais nous voulons aboutir, nous sommes convaincus que le 60-20-20 est juste. Nous sommes dans une impasse. 

Pensez-vous que la FEI vous écoutera d’ici au début des qualifications olympiques, le 1er janvier 2019 ?

Je l’espère, car sinon pourquoi avons-nous besoin de la FEI, si elle n’écoute pas et fait des exceptions ? Si on est sans lois, c’est le Wild West !

Un cavalier talentueux peut-il percer sans argent ?

Oui, s’il est très doué, il a une chance d’être pris sous l’aile d’un Christian Ahlmann, d’un Scott Brash, d’un Steve Guerdat, et il pourra alors apprendre et se voir confier des chevaux. Ensuite, il faudra qu’un mécène croie en lui et lui confie des chevaux en pensant qu’il deviendra à son tour un Guerdat ou un Dubbeldam. Kent Farrington vient d’un quartier difficile de Chicago, il n’avait aucun background et pas d’argent. 

Qui sont les grands talents de demain ?

Lisa Nooren, elle monte magnifiquement et est bien encadrée, Michael G. Duffy et d’autres, comme Martin Fuchs, qui sont déjà dans le grand bain.

Propos recueillis par Alban Poudret

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