Sport, calendrier et dotations : Rob Ehrens tire la sonnette d'alarme
mercredi 30 janvier 2019

Rob Ehrens et les cavaliers
Rob Ehrens aux côtés de Harrie Smolders, ex-numéro un mondial, et Jur Vrieling à Tryon. © Scoopdyga

Rob Ehrens a gagné à peu près toutes les médailles possibles et inimaginables en championnat. Pourtant, le sélectionneur néerlandais a souhaité tirer la sonnette d'alarme pendant le CSI 5*W d'Amsterdam la semaine passée : calendrier trop chargé, manque de chevaux, individualité...

En quinze ans passés au poste de sélectionneur de l'équipe Oranje, Rob Ehrens est parvenu à décrocher l'or aux championnats du Monde de Caen en 2014, l'or aux championnats d'Europe d'Aix-la-Chapelle, l'argent aux JO de Londres en 2012 ainsi que deux victoires lors de la finale Coupe des Nations en 2014 et 2017. Pourtant son travail n'est pas des plus aisés. Au cours d'une longue interview accordée au média De Telegraaf, l'homme s'est confié sur les problématiques qui animent aujourd'hui le monde du saut d'obstacles. 

"En raison d'une énorme quantité de CSI 5*, le sport est devenu une sorte d'industrie. Nous n'avons plus autant de chevaux disponibles pour le haut-niveau et les championnats. Bien-sûr, il est difficile de résister à la tentation des grosses dotations. C'est d'autant plus compréhensible que les cavaliers gagnent leur vie avec les gains. Mais en conséquence, les chevaux ne prennent plus le temps de se reposer, ils rentrent à peine chez eux et voyagent de concours en concours. On ne leur donne de repos que lorsqu'ils sont blessés et c'est déjà trop tard", confiait Rob Ehrens.  

Selon lui, la FEI devrait davantage intervenir en faveur du bien-être des chevaux et leur préservation sur le long terme. "La FEI laisse libre court à des événements lucratifs. Les priorités sont complètement faussées. La FEI doit être là pour protéger avant tout le bien-être des chevaux. Je travaille en collaboration avec d'autres  chefs d'équipe pour cela. Nous défendons le sport et les chevaux, cette évolution ne nous fait pas plaisir", explique-t-il. Avec ses collègues, il travaille aussi sur l'esprit d'équipe qui doit persister lors des championnats. "C'est un sport individuel jusqu'à une certaine limite. A mon avis, on doit trouver un équilibre, sinon nous ne pourrons plus former d'équipe pour les championnats".  

Former des équipes, c'est convaincre les cavaliers de donner de leur temps mais c'est aussi arriver à rassembler trois, quatre ou cinq cracks chevaux au meilleur de leur forme à un instant T. S'il a toujours été délicat de faire naître, d'élever et former des montures pour le haut-niveau, la tâche s'est compliquée avec la multiplication du rythme des compétitions. Elle l'est encore plus avec l'explosion des prix et le départ des chevaux à l'étranger. "Nous avons beaucoup de bons cavaliers mais trop peu de bons chevaux", précise le sélectionneur. Ces paroles font facilement écho en France où la situation est similaire. Il suffit de prendre l'exemple de Roger-Yves Bost, privé de monture pour Tryon après la vente de Sydney Une Prince. 

Même face à ces défis, Rob Ehrens reste un éternel optimiste. "C'est un problème difficile à résoudre, pas un d'ailleurs mais plusieurs. C'est aussi cela qui rend mon travail passionnant. Je l'aime toujours autant". Serait-ce la passion la clé du succès ?