Clément Taillez : « Recommencer sur un autre cheval ? Je ne saurais pas faire »
samedi 27 avril 2019

Clément Taillez
A 29 ans, Clément Taillez prend sa retraite sportive © Les Garennes

Le week-end dernier à l’occasion de le finale Coupe du monde de voltige se déroulant à l’École nationale d’équitation de Saumur, Clément Taillez a mis un terme à sa carrière de voltigeur international. L’Alsacien de vingt-neuf ans, qui évoluait depuis huit ans au plus haut niveau sur son fidèle hongre noir Dyronn revient sur les raisons qui l’ont poussé à prendre sa retraite.

L’Eperon : Comment avez-vous mis un pied la voltige ? 

Clément Taillez : J’ai commencé la voltige en 2000 chez Cédric Cottin. Je l’avais rencontré lors d’une compétition de saut d’obstacles où il faisait une petite démonstration avec son équipe de l’époque. Je faisais alors du saut d’obstacles en catégorie poney et de la gym. 

L’Eperon : La décision de prendre votre retraite à t-elle un lien avec votre blessure à l’épaule de l’an dernier ? 

Disons que l’année dernière, j’ai subi un enchaînement de blessures qui m’a fait comprendre que mon corps n’en pouvait plus. Donc oui c’est lié à mes blessures, mais pas que ; le fait de voir aussi que mon cheval vieillit m’a conforté dans l’idée d’arrêter, plutôt que de faire l’année de trop. Et puis lorsque je suis rentré des championnats du monde je me suis rendu compte que j’avais profiter d’absolument tout ce que la voltige avait à m’offrir. Ça ne servirait pas vraiment à grand chose de continuer et de nous mettre dans le rouge, moi et le cheval. Par respect pour Dyronn, il fallait qu’on s’arrête. On aurait pu continuer jusqu’au championnat d’Europe de cette année sans aucun problème, voire même jusqu’à la finale Coupe du monde et aux championnats du monde de 2020, en faisant un peu plus attention, mais cela ne sert à rien de vouloir forcer le destin. Je préfère qu’il soit vieux avec un ventre qui traîne parterre à 29 ans que regretter de lui avoir imposé l’épreuve de trop.

L’Eperon : Quel lien entretenez-vous avec votre cheval, Dyronn ? 

Mes parents m’ont acheté Dyronn en 2011, à la suite des jeux équestres mondiaux sur les conseils de Cédric. Il suffit de compter le nombre d’année de 2011 à 2019, j’ai fait l’intégralité de ma carrière sur son dos. Il n’a rien d’extraordinaire, c’est un cheval parmi tant d’autres mais en piste j’ai une confiance aveugle en lui. Je n’arrive pas à passer le parking des écuries avec lui parce qu’il est fou en extérieur, mais par contre lorsqu’il est en compétition il devient la plus grande crème qu’on n’ait jamais vu. C’est à dire que quelque soit la piste, que le musique soit forte ou non, qu’il y ait du bruit dans les tribunes ou pas, une fois qu’il a un surfaix sur le dos et qu’il est dans ses rênes il n’y a plus rien qui peut nous arriver. Et ça, c’est très rare et très précieux pour tous les voltigeurs. 

L’Eperon : Quelle retraite l’attend ?  

Il vient de traverser la frontière suisse pour me rejoindre chez ma compagne (Pascale Wagner, voltigeuse également mais pour la Suisse,ndlr). Il va pouvoir profiter d’une retraite dans l’herbe grasse. Je voulais juste qu’il se rapproche de nous, je veux m’en occuper moi-même. Il m’a donné toute sa vie d’adulte. Il a fait des milliers de kilomètres à cause de moi et je lui ai sauté sur le dos plus d’une fois. Il s’est bien occupé de moi pendant huit ans, à moi de lui rendre la pareille, bien que je pense que je ne puisse malheureusement pas lui rendre tout ce qu’il m’a donné ; parce qu’il a en a subi au nom de la compétition. Un cheval n’a rien à faire pendant douze heures dans un camion. Désormais, il va profiter d’une vie au pré. Il va manger du foin, des pommes, etc. Quand j’étais à l’hôtel, je volais toujours des fruits pour lui. Maintenant, je vais pouvoir lui en donner tous les jours. On va tout faire pour qu’il ait une retraite heureuse parce qu’il le mérite. 

L’Eperon : Quelle est la suite pour vous ?  

Professionnellement, je continue à travailler en tant que chargé d’affaire dans le cabinet d’architecture de mon père. C’est un métier que j’aime. Maintenant, je vais pouvoir y consacrer davantage de temps. Je ne serai plus obliger de me presser pour me rendre une heure ou une heure trente par jour à l’entrainement. Et rien que cela, dans un quotidien, ça change la vie. Ensuite, je vais bien sûr garder un pied dans la voltige. Déjà parce que ma compagne voltige toujours. Je vais la soutenir sur toutes ses compétitions. Ensuite, je reste un grand passionné de voltige et puis, il y a tous les collègues : Lambert (Lambert Leclezio,ndlr), Vincent (Vincent Haennel,ndlr),etc. Je vais continuer à les suivre eux aussi. Je vais essayer de transmettre également. J’ai fais quelques petites bêtises d’entrainement tout au long de ma carrière donc si je peux apporter ma petite expérience aux jeunes athlètes qui commencent, je le ferai avec plaisir. En réalité, je pourrais encore voltiger. Je n’ai que 29 ans, mon corps est certes fatigué mais je suis loin d’être le seul athlète à avoir un corps abimé. Ce n’est pas le problème. En réalité, je ne veux pas recommencer sur un autre cheval parce que honnêtement je pense que je ne saurais pas faire. Et puis, cela fait tout de même 19 ans que j’évolue dans le monde de la voltige. J’ai rencontré beaucoup de monde et fait tellement de choses. J’ai grandit à travers tout ça et je crois que j’ai profiter de tout dont je pouvais profiter. Il y a un temps pour tout et c’est le bon moment pour moi d’arrêter de voltiger. Je pars serein, reconnaissant et très heureux d’avoir vécu toutes ses belles années.

(En vidéo, les derniers moments de compétition de Clément Taillez et Dyronn, lors de la finale Coupe du monde de Saumur.

Si vous rencontrez des difficultés pour lire la vidéo, cliquez ICI)