Philippe Guerdat : "Ca ne pouvait pas être un long fleuve tranquille"
samedi 22 septembre 2018

Philippe Guerdat et Nicolas Delmotte
Philippe Guerdat et Nicolas Delmotte © Eric Knoll

La France était venue chercher une qualification olympique, elle repart des championnats du monde de saut d'obstacles par équipes avec une 9e place et la déception de ne pas avoir atteint son objectif. Un résultat sévère pour des prestations dont les quatre membres de l'équipe de France n'ont pas à rougir. "Tout n'est pas à jeter", concède d'ailleurs Philippe Guerdat.

C'était un pari un peu fou que s'était lancé le staff français en envoyant à Tryon une équipe composée de trois cavaliers n'ayant jamais couru de grands championnats, épaulée par un leader dont on ne savait pas si son cheval avait encore l'envie nécessaire pour se sortir de cette grande échéance. La France était pourtant réaliste : on ne parlait pas de médailles, mais de rentrer dans les six meilleures équipes afin d'obtenir une qualification pour les Jeux Olympiques de Tokyo 2020. Avec une neuvième place, le verdict est sans appel et l'objectif non-atteint. 

Mais ce pari a eu le mérite de mettre en avant des cavaliers avides de découverte, prêts à se remettre en question pour progresser toujours un peu plus, et surtout, qui vouent tous une admiration sans faille à leurs chevaux. Les 12 points de Kevin Staut et Rêveur de Hurtebise, ouvreurs à l'occasion de cette finale par équipes, laissaient présager une fin de championnat compliquée pour la France. Et si les parcours à 8 points de Nicolas Delmotte/Ilex VP et Alexandra Francart/Volnay du Boisdeville scellaient un peu plus le destin tricolore dans cette finale, le sang-froid, la maitrise et l'harmonie du couple que forment Alexis Deroubaix et Timon d'Aure auront remis un peu de baume au cœur des Bleus. 

"Ca ne pouvait pas être un long fleuve tranquille"

Conscient d'avoir misé sur une équipe peu aguerrie, Philippe Guerdat, le sélectionneur national, n'en était pas moins déçu. Déçu du résultat, mais sûrement pas de ses troupes. "Bien entendu, on espérait mieux", ne nie pas le patron des Bleus. Il rappelle cependant qu'il misait sur Rêveur pour deux bons parcours afin de lancer l'équipe, ce qu'il a fait, et insistait également sur le manque de métier de Nicolas Delmotte et d'Alexandra Francart, mais également de leurs chevaux. Aucun regret donc, pour le sélectionneur national, si ce n'est de ne pas avoir rendu les chevaux un peu plus durs avant de venir. "Il n’est pas dit qu’avec l’équipe première on aurait été qualifiés pour les Jeux olympiques... Comme les chevaux étaient verts, on a été un peu soft dans la préparation. Je crois que l’on aurait dû être un peu plus dur, car si on voit des chevaux étrangers qui faiblissent, j’ai l’impression que les nôtres sont montés en condition tout au long du championnat".

C'était d'ailleurs l'analyse de la seule amazone de l'équipe également qui, bien qu'elle découvrait à Tryon l'intensité et l'ambiance d'un grand championnat international, reconnaissait tout de même que "cinq parcours sans-faute sur six en Coupe des nations n'étaient pas suffisants pour faire bien ici. Il aurait peut-être fallu mettre le cheval sur plus de difficultés avant de venir, mais vu son jeune âge (9 ans, ndla), c'était compliqué". 

Cap sur la finale individuelle pour Alexis Deroubaix et Timon d'Aure

Le cœur n'est certes pas à la fête ce soir, mais le clan français est déjà derrière le seul couple tricolore qualifié pour la finale individuelle. Auteur du seul sans-faute de l'équipe de France aujourd'hui, Alexis Deroubaix et Timon d'Aure, qui avaient déjà impressionné ces deux derniers jours, ont confirmé leur statut de couple fort de ce championnat. Toujours frais, toujours guerrier, le gris du Haras du Plessis, attentif et concentré du début à la fin du parcours, a déjoué toutes les difficultés, offrant à son jeune cavalier un aller direct pour le dénouement individuel de ces JEM. "Une fois entré en piste, comme d'habitude, il s'est transformé en lion. Il a tout donné, il a vraiment été formidable. J’étais déçu pour l’équipe en entrant en piste mais je me suis motivé pour le reste. C’est comme ça…", explique le cavalier, époustouflant de sérénité et de pragmatisme. On ne pouvait rêver mieux pour ce couple dont la saison a été couronnée de succès : 6e du GP du CSIO de Rotterdam, vainqueur du GP du CSI 4* de La Corogne, 2e du GP du CSIO de Dublin... "Alexis a prouvé aujourd’hui que j’ai bien fait de le faire partir en quatrième position. C’est vraiment une valeur sûre", pouvait se rassurer Philippe Guerdat. "J’espère qu’il va réussir, ce serait le vrai point positif du championnat. Dans l’ensemble, ils ont tous gagné de l’expérience et ce sera positif dans le futur", concluait le sélectionneur national dont on ne savait pas s'il essuyait des gouttes de sueur dues à la chaleur ou de pudiques larmes de désarroi et de déception lors du dénouement de ce championnat "Tryon 2018".

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