Brantzau VDL, la perle française du Holstein
mercredi 20 février 2019

Brantzau
Brantzau © VDL Stud

Rares sont les jeunes étalons français à percer dans la région d’élevage la plus exigeante du monde, le Holstein en Allemagne. C’est pourtant le destin de l’explosif alezan cuivré Brantzau SF, jeune espoir au catalogue d’un des plus grands étalonniers actuel, le hollandais VDL.

Le Breton Jean-Paul Coché, directeur commercial dans une salaison, vient aux chevaux sur le tard, il y a 19 ans. Il a 50 ans et se passionne pour l’élevage. « André Lepage (aujourd’hui disparu, élevage du Serein) était l’un de mes mentors, j’avais beaucoup appris également aux côtés d’Eric Fouquet (élevage Derick) avec qui nous avons eu en copropriété l’étalon Popstar Lozonais SF (Quick Star SF), 3edu Championnat des 7 ans. J’avais alors une jument par Papillon Rouge avec un super papier, mais difficilement gérable », explique Jean-Paul Coché, « je l’ai vendue et me suis mis en quête de ce qui se faisait de mieux à l’époque. Je regardais beaucoup les résultats sportifs, et les chevaux Holsteiner étaient alors à la pointe. J’étais décidé à acquérir parmi les meilleures souches du Holstein pour les croiser avec des chevaux français. Mon idée était d’allier la puissance des chevaux allemands avec la « bonne tête » des Selle Français. Je comptais sur les lignées allemandes pour amener locomotion et look ». 

Mais comment procéder quand on est novice pour s’immerger dans le Holstein ? C’est à la faveur d’une petite annonce dans le magazine L’EPERON que Jean-Paul Coché découvre l’offre de Madame Zunker, une éleveuse Suisse qui propose des visites d’élevage en Allemagne au départ d’Hambourg. Il s’y rendra une vingtaine de fois, une première découverte avec Mme Zunker, puis seul. « J’étais tellement passionné qu’il m’arrivait de faire en 48h les 1400km pour le Holstein, en roulant toute la nuit, puis visitant plusieurs élevages dont j’avais pris les coordonnées. J’étais fanatique de Carthago. Or, il y a une dizaine d’années, les mères par Carthago commençaient déjà à se faire rares ». Jean-Paul Coché va trouver son bonheur chez le Professeur Schmidt, rien de moins que l’éleveur de la formidable Corradina (Championne du Monde par équipes pour l’Allemagne aux JEM de Lexington en 2010, Championne d’Europe par équipes et vice-Championne en individuel en 2011 avec Carsten-Otto Nagel) et de l’étalon Corland (le père de Silvana*HDC). L’éleveur allemand avait quatre Carthago, trois femelles et un mâle de la même mère. Mais l’affaire n’était pas gagnée pour autant… « Il m’aura fallu deux ans et un nombre incalculable de déplacements et de négociations pour conclure la vente », s’amuse maintenant Jean-Paul Coché. « J’avais repéré Thorradina (mère par Coriander, 2emère tante de Corland et arrière-grande-tante de Corradina), petite, lors du marquage des poulains. Elle avait un look superbe et bougeait très bien. Je l’ai ramenée en France à 2 ans et demi. Je l’ai testée au saut en liberté et l’ai débourrée. Puis je l’ai dans la foulée remplie de Baloubet du Rouet ». Il ramènera également de son voyage une femelle de Contender et une Quintero. 

Thorradina pouline de son premier produit, ce sera Brantzau, baptisé en hommage au merveilleux pur-sang fondateur Rantzau, qu’il a cinq fois dans son papier (et en clin d’oeil au président de la Fédération équestre allemande, Breido Graf zu Rantzau). « J’adorais Baloubet, et je cherchais à amener de la taille, du galop et de la force à Thorradina » explique Jean-Paul. « Tout le monde disait qu’il croisait bien avec des juments étrangères. En concours, il dégageait un charisme exceptionnel et sa production s’annonçait de qualité. Il me reste encore trois paillettes. Mais je ne les utiliserais pas sur Thorradina car cela ne m’intéresse pas de faire trente-six Brantzau. J’en ai déjà fait deux (le deuxième, Extremdream SF, fut approuvé SF à 3 ans et exporté en Hollande, ndlr), il faut tenter autre chose ». Thorradina aura à la suite une Darco, la très compétitive Corradina SF, ISO 133 l’an passé, Finaliste des 6 ans avec Philippe Vanderlynden pour les écuries Christian Hermon, qui apparaîtra désormais sous la selle suisse de Laëtitia du Couëdic dans les épreuves de 7 ans à l’international. 

Jean-Paul élève à Saint-Avé dans le Morbihan, sur les terres de son ami Patrick Eveno (élevage de Lezellec). Il fait naître entre deux et quatre poulains par an, compte déjà sur une fille de Thorradina à la reproduction : Forradina SF (Nabab de Rêve) qui va pouliner de Toulon, et mettra cette année le frère utérin de Brantzau, Furiantzau SF (Nabab de Rêve), 4 ans, en compétition. Thorradina, elle, poulinera en 2019 du crack Glasgow Van’t Merelsnest. Elle lui a offert une belle émotion en 2018 lorsque sa fille, Inacorradina SF, une pouliche de l’année, certainement l’une des dernières du chef de race Galoubet A, s’est vendue 65 000 € lors des Ventes Fences de septembre.

Mais revenons un peu en arrière...Dès poulain, Brantzau lui tape dans l’oeil, mais aussi dans l’oeil des connaisseurs qui ont l’habitude de venir voir des poulains à l’élevage comme Bruno Souloumiac, qui le surnomme « le seigneur ». « Il était différent des autres », reconnaît Jean-Paul. « C’était un cheval facile, bien dans sa tête, mais indépendant ». Jean-Paul Coché le laisse tranquille dans l’année de ses 2 ans et le présente à 3 ans au mois de juin, avec une préparation très « light » ». Le cheval termine 23ede la Qualificative étalons SF, jugé « trop léger » par les jurys du concours. Un peu déçu et persuadé d’être passé à côté de la sélection pour la Finale, Jean-Paul Coché reçoit le soir-même avec étonnement l’appel de l’étalonnier hollandais Joop Aldering, toujours en quête de bons mâles au papier Selle Français, qui veut voir le cheval dès le lendemain matin. Brantzau ressaute de manière somptueuse. Les Hollandais refusent de repartir sans le jeune étalon, Jean-Paul Coché cède et leur vend le bel alezan cuivré qui courra la Finale étalons SF en octobre sous la selle de Christophe Grangier. 4edu Championnat, meilleure note de l’atelier saut monté (9/10) et saut en liberté (8/10) où son explosivité et sa propulsion éblouissent le public, il participe ensuite au Testage Selle Français, avant d’être agrée au Stud-Book Holsteiner en début d’année de 4 ans, mais aussi Oldenburg, Hannovrien et Selle Italien. « Quand Brantzau a fait sa demande d’approbation pour le Holstein, un juge est venu expressément d’Allemagne en avion jusqu’à Vannes pour venir évaluer sa mère à l’élevage. Il m’a dit "elle a les yeux de Corradina" », se souvient le breton.

C’est alors que le plus célèbre élevage hollandais, VDL Stud, de la famille Van de Lageweg se porte acquéreur du jeune prodige français. « Nous avions déjà acheté à Joop Aldering les bons Selle Français : Gare du Nord ex-Blackbird SF (frère utérin d’Orient Express*HDV par Street Hassle SF) et Global Express SF ex-Bottleneck (par Orient Express*HDC) » raconte Jan Lubbers, de VDL Stud. « Brantzau avait un modèle superbe, était très souple dans son corps, avec beaucoup d’énergie et offrait pour nous un nouveau courant de sang, ce dont nous sommes en perpétuelle recherche pour nos clients ». Fin connaisseur du marché, VDL place Brantzau chez l’étalonnier allemand Völz (qui distribue l’étalon Colman notamment) à proximité immédiate du Holstein. Il couvre plus de 200 juments. De cette année de production naissent deux étalons qui viennent d’être approuvés lors des körung du Holstein (l’équivalent des Finales étalons de Saint-Lô) en novembre 2018 : Baqueur (mère Cassini) et Baggio (mère Casall) acheté par la fameuse écurie Sprehe. Brantzau comptait trois produits sur soixante-dix partants. Un autre produit de 3 ans, B. (mère par Embassy I) est approuvé au Hanovre. Des premiers résultats à la hauteur des attentes de VDL et des éleveurs, très fervents du sang de Baloubet du Rouet. « Brantzau ramène un gros coup de jarret sur le saut et de la réactivité, comme Baloubet. Il fait des poulains avec du bec, et armés comme lui. Le croisement avec les juments allemandes semble faire une très bonne combinaison » complète Jan Lubbers. 

Côté compétition, Brantzau fait moins de vingt parcours à 5 et 6 ans, puis quelques épreuves de 7 ans en 2018, alternativement avec James Billington pour VDL ou la cavalière Théa Jelcic pour Völz. Il sera de retour en Allemagne pour la saison à venir, VDL Stud pensant qu’il devrait passer le cap des 300 juments en 2019. La priorité est donc à la monte, sa carrière sportive étant entre parenthèses pour le moment. VDL Stud le destine cependant aux plus belles épreuves internationales, le cavalier 5*, membre de l’équipe hollandaise, Jur Vrieling ayant déjà donné son sentiment sur le cheval, avec qui il a effectué ses premiers parcours en 2018. L’étalon français impressionne par son galop très actif. Il dégage à la fois puissance et légèreté sur le saut et possède beaucoup d’expression. Toutes les qualités pour le sport moderne !

Pour l’heure, Brantzau a couvert quarante juments en France, il est distribué par la société Gènes Diffusion. Il devrait effectuer le long déplacement depuis l’Allemagne pour participer au prochain Salon des étalons de sport de Saint-Lô les 23 et 24 février. L’occasion pour les passionnés d’élevage de venir voir de plus près le phénomène !