La Coquerie, valeur montante de l’élevage de chevaux de sport (partie 2)
mardi 19 mars 2019

Barbie de Coquerie et Félicie Bertrand
Barbie de Coquerie et Félicie Bertrand © Les Garennes

Lubie, Major, Opium, Raliska, Siroco, Team, Ugano, Ulane, Vesta, Aïcha, Candy, c’est quasi à chaque génération que l’élevage de Coquerie parvient à sortir des produits indicés à plus de 140, soit parmi les 2 % meilleurs des chevaux tournant en compétition. Une telle constance ne peut être le fruit du hasard. L’Eperon est allé rencontrer Raphaël Dulin à l’élevage de Coquerie, situé à 20 km du Mont-Saint-Michel.

La conception de son propre schéma de production 

Raphaël Dulin est précurseur de l’ouverture vers l’étranger, ce qui lui a valu parfois d’être qualifié « d’original ». Il doit cette vision européenne à un déplacement à Bruxelles à la faveur d’une exposition agricole : « Trois juments Selle Français avaient été choisies pour participer à cette compétition », se souvient Raphaël, « du concours, nous sommes revenus dernier. Nous avions des juments « ancienne formule », alezanes, avec des grosses têtes et carrossières. Cela m’a ouvert les yeux - ce que proposait le Stud-Book SF à l’époque ne correspondait pas à l’idée que je me faisais du cheval à produire - et m’a incité à fabriquer des chevaux français, mais avec des pères étrangers ». De retour à Bruxelles pour une expertise étalon, il fut séduit par l’étalon Heartbreaker, alors âgé de 3 ans, et parvient à se procurer des paillettes. Du désormais chef de race hollandais, Raphaël obtiendra plusieurs très bons poulains comme Opium, cité plus haut, finaliste à 4, 5 et 6 ans, 12e du Championnat des 6 ans ; Team de Coquerie SF, ISO 162, valorisé par Maëlle Martin puis CSI 5* avec l'Irlandais Darragh Kenny ; ou Poésie de Coquerie SF, la mère de Barbie de Coquerie SF (Kannan), ISO 141 8e du Championnat des 6 ans 2017 avec Félicie Bertrand

Outre les vingt poulinières de selle, Raphaël possède également un élevage de trotteurs (dix naissances par an) dont les gains en courses permirent d’attendre dans les premières années que l’écurie de chevaux de sport trouve son rythme de croisière. « J’ai eu la chance d’avoir 2-3 bons trotteurs dès le début, à l’époque où mes chevaux de selle grandissaient. Gitan de Coquerie et Diva de Coquerie ont amassé respectivement 350 000 et 140 000 € en courses, et Gitan fut à une place de courir le Prix d’Amérique » se souvient Raphaël. 

En sport, le premier cheval de l’élevage à se faire connaître fut Lubie de Coquerie SF (Sable Rose SF), ISO 162, 6e du Championnat des 6 ans en 2005, vice-Championne de France Pro2 avec Florent Jeannin, puis 3e du Championnat de France Pro1 avec son successeur à l’écurie, Cédric Bellanger.

En effet, par la force des choses, l’élevage s’est structuré. Dans les années 1995, les gens ne veulent plus acheter de poulains en liberté, mais veulent les voir sous la selle afin de limiter les risques. Dans le même temps, les ventes Fences voient le jour et drainent une partie de la clientèle. Troisième facteur, les poulains nés de transfert d’embryon ont un coût de revient plus élevé et donc un tarif de  vente qui freine les acheteurs. Il faut réagir, les Dulin embauche alors leur premier cavalier, Xavier Remy, afin de créer un pôle valorisation au sein de l’élevage.

Aujourd’hui, l’équipe s’appuie sur trois cavaliers : Simon Gallet, Grégoire Hauviller et Robin Provost, une inséminatrice – responsable d’élevage Léa Germain et un employé pour l’entretien des boxes. L’ancien membre de l’équipe de France de Concours Complet, vice-Champion du Monde par équipes à Jerez, Jean-Luc Force assure des séances de coaching régulières pour les cavaliers, un accompagnement dont Raphaël n’a jamais fait l’économie comme avec Christian Hermon, Catherine Bonnafous (la cavalière d’I Love You, Almé, Topinambour), Eric Levallois ou Eric Louradour par le passé.   

Avec quarante-cinq chevaux en boxes, pour un effectif global de cent vingt cinq têtes, les journées du septuagénaire - qui possède également la casquette d’inséminateur - sont bien remplies. Une soixantaine de juments viennent chaque année de l’extérieur pour être remplies.Trois étalons sont à demeure à la Coquerie : Baloussini (Baloubet du Rouet SF) et Vleut (Quick Star SF) pour le Groupe France Elevage dont il fut l’un des premiers actionnaires, ainsi que Contendro de Cuvry. Consul de la Vie Z (Clinton x Heartbreaker) occupe bien sûr une place à part dans le coeur du Normand puisque c’est lui qui lança l’activité d’étalonnage à l’élevage de Coquerie. Il lui donnera le très bon Coquin de Coquerie Z, qui tourne actuellement en GP 4* sous selle anglaise, après avoir couru les Championnats d’Europe Juniors en 2017 et s’être classé au Championnat du Monde des 6 ans de Lanaken en 2015. 

Les installations ont grandi en même temps quel’élevage, qui s’étend sur près de 50 hectares« ce qui est beaucoup trop petit pour le nombre de chevaux sur le site, et qui m’oblige à acheter 200 tonnes de foin et 200 tonnes de paille chaque année » explique Raphaël. L’équipe dispose d’une grande carrière fibrée de 80m par 40, un manège de 30m par 17, deux ronds de longe , un marcheur et de nombreux paddocks. 

Raphaël forme un binôme complice avec son épouse Annick, enseignante à la retraite, en charge de toute la partie administrative (facturation, achats, paye…) de l’élevage. Leurs enfants ne reprendront pas le flambeau : « nous sommes condamnés à perpétuité » s’amuse-t-il, « condamnés par la passion, et condamnés par l’obligation de résultat que j’ai vis-à-vis du fonctionnement de ma boutique et de mon équipe. Mais aujourd’hui, je vis quelque chose qui me plaît, j’ai fait à mon idée en trouvant mes propres réponses à la problématique que je me posais ». 

Retrouvez la première de cette saga : ICI
La suite est à retrouver dès demain sur le site de www.leperon.fr