La Coquerie, valeur montante de l’élevage de chevaux de sport (partie 3)
mercredi 20 mars 2019

Ulane de Coquerie avec Alberto Zorzi
Ulane de Coquerie avec Alberto Zorzi © Images'Inn Photographies

Lubie, Major, Opium, Raliska, Siroco, Team, Ugano, Ulane, Vesta, Aïcha, Candy, c’est quasi à chaque génération que l’élevage de Coquerie parvient à sortir des produits indicés à plus de 140, soit parmi les 2 % meilleurs des chevaux tournant en compétition. Une telle constance ne peut être le fruit du hasard. L’Eperon est allé rencontrer Raphaël Dulin à l’élevage de Coquerie, situé à 20 km du Mont-Saint-Michel.

L’équilibre tendu de la valorisation et les premiers fruits de Coquerie

Neuf années de suite président de la Société Hippique Rurale de La Haye Pesnel, fonction qu’il a cédée à son voisin Julien Bellet (élevage Mouche), il décrit : « j’envisageais ce rôle comme celui d’un garagiste conseiller dans une usine de fabrication de clés à molette : il sait que s’il a de bons outils, il réparera mieux les voitures ! Pour nous, l’outil de la SHR est indispensable pour valoriser nos chevaux, nous devons donc en être acteurs ».

Comment les Dulin envisagent-t-il donc le parcours de valorisation et de commercialisation de leurs chevaux ? Raphaël détaille sa philosophie :« Je ne suis pas un adepte des chevaux de concours d’élevage. La conformation, c’est bien, mais le vrai verdict est sur les pistes. Je veux des chevaux d’obstacles, pas des champions de modèle & allures ». Quand il croit en un cheval, l’homme sait se montrer patient et n’hésite pas à « courir caché », souvent le temps que le cheval trouve « son » cavalier. « Le plus difficile est d’écarter les chevaux « moyens » le plus vite possible. Nous sommes pris entre plusieurs feux : on ne peut plus vendre un cheval qui ne soit pas mis en route ; et les plus jeunes (4 ans, 5 ans) ne se vendent plus. Il faut donc les garder en boxe et cela gruge grandement le budget d’une écurie. Attendre un bon cheval n’est pas grave, c’est comme attendre un bon vin... mais c’est pour les autres que le poids financier de la valorisation sur le circuit SHF semble ubuesque ». 

L’objectif est de mettre en valeur des chevaux dans un circuit dans le but qu’ils soient repérés et vendus, mais sans passer le cap de s’absenter quatre jours d’affilée pour aller courir des CSI à plus de 200 km des écuries avec les plus âgés. L’organisation des écuries ne le permet pas. « Ma difficulté est là aujourd’hui : arriver à amener des chevaux qui démontrent une certaine valeur vers le haut de la pyramide, mais pour lesquels nous décrochons à 7 ans car nous ne sommes plus dans le même circuit » déplore Raphaël, qui poursuit :  « la qualité de certains de mes chevaux justifie de demander un certain prix, et je me dois de mettre en face les résultats sportifs. Heureusement, l’affixe de Coquerie commence à faire parler de lui. Pour résoudre cette difficile équation, je serais sûrement amené à confier des produits à des cavaliers qui fréquentent des niveaux plus élevés ». 

La vice-Championne des 6 ans 2018 de Fontainebleau avec Clément Fortin, Candy de Coquerie SF (Quatro de Riverland SF), ISO 149 et Betty de Coquerie SF (Contendro de Cuvry), ISO 130 ont ainsi pris la route des écuries de la monégasque Ilaria Sutera « qui les a déjà emmenées courir les concours d’Oppglabeek (Belgique), l’Atlantic Tour de Vilamoura (Portugal) ou Royan ; quand, chez moi, elles auraient débuté les épreuves à 1m15 à Auvers » dresse Raphaël, lucide. 

Les Dulin ne souhaitent pas évoluer vers un modèle qui leur permettraient d’accéder à ce palier supplémentaire : « je préfère vendre, améliorer la jumenterie, aller à des saillies plus prestigieuses. Je me sens bien dans ce rôle de fabrication et de détection des jeunes talents. Comme me l’a dit Arnaud Evain, je suis comme une école de football qui recueille des jeunes de 14 ans, les forme et les vends au meilleur club ». 

Deux talents de l’élevage de Coquerie ont ainsi intégré dernièrement deux des plus belles écuries du monde : Ulane de Coquerie SF (L’Arc de Triomphe) celles de Jan Tops fin 2017 et Edesa’s Ugano de Coquerie SF (C Indoctro) celles de Kevin Staut par le biais du Suisse Grégoire Oberson en ce début d’année 2019. 

Ulane, ISO 162, en 2018 est une des révélations Selle Français de 2018 avec Alberto Zorzi, gagnante du Grand Prix 5* de Londres – Olympia en décembre et du GP CSI 5*-W d’Oslo en octobre.

« Tous deux étaient très différents », explique Raphaël, « Ugano avait d’énormes moyens et je suis ravi qu’il intègre les écuries de Kevin, qui avait valorisé par le passé Major de Coquerie SF (Ahorn), ISO 166, 9e du Championnat des 6 ans, puis gagnant en GP 1m60. Ulane montrait énormément de qualité mais était très délicate. Je n’avais pas le cavalier pour valoriser son potentiel. Elle fut exportée à 6 ans en Italie. Cependant, l’histoire de cette jument - par son niveau de performance actuel - devrait permettre à certains vétérinaires de revoir leurs exigences à la baisse ». En ce qui concerne les transactions commerciales, Raphaël Dulin regrette en effet que beaucoup de vétérinaires et d’acheteurs se montrent à l’heure actuelle extrêmement exigeants sur les visites vétérinaires. Pourtant, nombreux sont les contre-exemples à haut niveau pour démontrer que certains défauts ne sont pas incompatibles avec une carrière sur les plus belles épreuves. « Ce qu’il faut retenir de tout cela, c’est que le temps fait bien les choses » conclut Raphaël, « le bon cheval trouve toujours sa place ».

Pour la suite, le Normand fonde ses plus grands espoirs dans son piquet de 6 ans : Déesse (Consul dl Vie), Diva (President), Diana (Malito de Rêve) et la 8 ans Anouchka (Untouchable M), ainsi qu’un mâle de Cornet Obolensky de 4 ans avec Quadrille (Fergar Mail SF). A l’international, Vanille de Coquerie SF (Gastronom) débute les GP 1m50 sous selle canadienne ; Aïcha de Coquerie SF (Corofino), ISO 142, les GP CSI 3* avec Damien de Chambord ; et Siroco de Coquerie SF (Querlybet Hero), ISO 158, courra de nouveau les GP Grand National avec Alexis Gautier.

Le modèle de chevaux que Raphaël souhaite produire n’a guère évolué avec le temps : « il faut faire naître des chevaux qui, quand on les sort du boxe, soient à moitié vendus. Il faut qu’ils aient de la race (gage de beaux tissus, de qualité de peau fine, de sensibilité), de l’intelligence dans le regard. Le « plus » est bien sûr qu’il « bouge », mais j’attribue la première qualité au galop. Quand on m’amène un cheval ou que je regarde mes produits, voilà ce que je regarde quand on les lâche en liberté : partent-ils immédiatement dans le galop ou faut-il trois chambrières pour qu’ils se mettent en mouvement ? Cela est fondamental : un cheval qui se tient va être d’emblée plus à l’aise pour aller sauter des barres. Les origines viennent ensuite s’ajouter à cela » détaille Raphaël. Cette année, les Dulin utiliseront les nouveaux venus sur le marché Allstar 5 et Baloussini, mais aussi Diarado, Emerald, Candy de Nantuel SF, Untouchable Alia, Vleut ou Eldorado de Hus. 

Raphaël Dulin continue parfois d’acheter des poulains de l’extérieur comme l’an passé une pouliche de Catoki de l’élevage Minotière et les chevaux de sport tendent à prendre le dessus sur les trotteurs, mais « le mariage des deux se combine et s’équilibre bien ». 

Quand on interroge Raphaël et Annick Dulin sur leur meilleur souvenir d’éleveurs, le Normand tend à répondre le podium au Championnat de France de Lubie... avant de se reprendre, de rêver de Jeux Olympiques pour Ulane et de professer avec malice « mon meilleur souvenir est à venir ! ».

Retrouvez la première partie de la série : ICI et la seconde : ICI