Pour le maintien du Blup

vendredi 08 novembre 2013

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Les responsables du stud-book Selle Français, ont récemment demandé au Ministère de l'Agriculture et à l'IFCE de cesser la publication annuelle des Blup. Dans l’attente de la décision finale, Luc Tavernier a réagi et publié dans L’Eperon de novembre une tribune. Cavadeos.com vous livre cette tribune et vous propose de donner , vous aussi, votre avis.

Luc Tavernier largeL

Luc Tavernier

Outil depuis toujours contesté par certains, apprécié par d'autres pour ce qu’il est (une information objective, qui a ses limites mais qui peut aider les éleveurs dans leurs prises de décision s’il est utilisé à bon escient), le Blup est un indice calculé par l’INRA qui fait la synthèse pondérée des indices sur performances de l’ensemble des apparentés d’un cheval pour évaluer sa valeur génétique, avec une précision plus ou moins grande indiquée par le coefficient de détermination qui l’accompagne (chiffre entre parenthèse, compris entre 0 et 1).
Luc Tavernier, ingénieur agronome, zootechnicien, directeur de la section hippique du centre d’enseignement zootechnique de Rambouillet depuis 1985, secrétaire du conseil scientifique des Haras nationaux de 1993 à 1998, fut membre de la commission étalonnage puis consultant auprès des Haras nationaux, mais aussi de l’ANSF et de l’ANAA. A ce titre, il s’est longtemps efforcé de défendre cet indice et son utilisation. Cette tribune sera-t-elle, à ce sujet, son dernier combat ? L’IFCE s’est saisie de la demande de l’ANSF de stopper la publication de cet indice, et donnera sa réponse probablement en fin d’année.

La tribune de Luc Tavernier :
« La production du cheval de sport a été pendant les années d’après-guerre une filière agricole d’excellence, source de plus-values pour les acteurs ruraux tant sur le marché intérieur qu’à l’exportation. Son apogée peut probablement se situer en 2002, année où quatre étalons Selle Français remportent le championnat du monde de saut d’obstacles à Jerez de la Frontera. Ces succès sont le fruit de la politique zootechnique de modernisation de l’élevage équin mis en place dans les années 1970 par Henri Blanc, directeur général des Haras nationaux. Cette politique s’articule classiquement en trois volets : l’identification généralisée, le contrôle de performance et l’exploitation par l’INRA de ces données afin de produire des indices de performance et des indices génétiques. Le sens de cette action est la mobilisation du service public pour développer une recherche au service de la caractérisation objective des animaux, de l’évaluation génétique des reproducteurs et de la maximisation du progrès génétique.
Dans un passé récent, l’Association nationale du Selle Français, captant la plus grande part des soutiens d'Etat, a œuvré, malheureusement avec succès, pour obtenir le monopole de la représentation de l’élevage du cheval de sport en France et demander officiellement l’arrêt de la publication des indices génétiques BLUP. Ces demandes servent en réalité les intérêts du lobby des courtiers en semence et impactent de manière néfaste la structure socio-économique de l’élevage de sport.
Un des arguments avancés, pour réclamer le monopole d’une part et l’arrêt de la publication des évaluations génétiques objectives d’autre part, est de comparer l’élevage du cheval de sport à celui du Pur-sang de plat qui fonctionne dans ces conditions. Cette comparaison est infondée car le Pur-sang de plat ne répond pas au même modèle économique.
Dans un marché de type spéculatif comme celui du Pur-sang de haut niveau, le progrès génétique n’est pas le moteur de l’économie. Ce qui est vendu dans le cadre de ventes aux enchères, ce n’est pas le gain possible en course, c’est la valeur estimée en tant que reproducteurs d’animaux jeunes connus sur origine et sur modèle. Dans ce cadre, les BLUP sont inutiles, car il ne s’agit pas d’évaluer les animaux au plus juste, mais au contraire de faire en sorte que les enchères puissent flamber pour le plus d’animaux possible. Le type de distribution statistique découlant de l’usage des BLUP est antinomique avec celui indispensable pour générer de gros écarts de prix entre des animaux qui peuvent être finalement très proches au plan génétique.
Dans ce type d’élevage, celui des Pur-sang de plat de haut niveau, il y a bien longtemps que les agriculteurs ne jouent plus aucun rôle. Les éleveurs ont généralement une stature internationale, élevant, entraînant et courant dans des pays différents là où la fiscalité de chaque activité est la plus avantageuse. Ce système n’est pas franco-français, il est international et a sa propre cohérence. Notons que l’élevage d’AQPS ne relève pas de cette logique, l’essentiel de la sélection se réalise sur la voie femelle et les gains proviennent des performances en course.
Depuis les années 1990, on observe qu’un certain nombre d’opérateurs de la filière sport, marchands/organisateurs de ventes aux enchères et étalonniers privés, concentrant l'essentiel de la valeur ajoutée, essaient, tout en contestant de manière justifiée le rôle des Haras nationaux en matière d’étalonnage, de tirer la production du cheval de sport vers le modèle économique du Pur-sang. Au bout de presque vingt ans, force est de constater que les conséquences sur l’élevage sont catastrophiques et se traduisent par un manque de compétitivité internationale au plan de la réussite sportive, une diminution massive des exportations et une baisse de rentabilité des élevages.

Le modèle spéculatif ne convient pas au cheval de sport au plan international. Espérer faire évoluer ce marché sur le modèle du Pur-sang, c’est le condamner à être déficitaire. Cela revient à ignorer le fait que la commercialisation par les ventes aux enchères de jeunes sujets uniquement évalués sur l’origine et le modèle est extrêmement minoritaire pour les chevaux de sport, et enfin, c’est oublier que le financement de la compétition n’est pas soutenu par le PMU. Pousser vers ce modèle est donc une erreur d’analyse qui ne correspond qu’aux intérêts d’une fraction minoritaire des socioprofessionnels et a des conséquences économiques et sociales désastreuses. Cela élimine, entre autres, de la production les agriculteurs-éleveurs qui, au titre de la diversification, sont à l’origine de l’élevage du cheval de sport. La production des chevaux de selle et de sport doit rester ancrée dans la production paysanne si l’on souhaite qu’elle reste porteuse de valeur ajoutée pour l’agriculture et ne finisse pas uniquement concentrée entre les mains de quelques passionnés fortunés. Cela pour plusieurs raisons :
La première est que le besoin en chevaux de sport et de selle progresse dans ce pays, et qu’une production de type élitiste ne saurait satisfaire ces besoins croissants. Par conséquent, la différence sera comblée par des importations dont, d'ores et déjà, on observe la progression dans les échanges.
La seconde, c’est que le coût d’entretien des deux ou trois poulinières et de leur suite sera toujours inférieur chez un agriculteur à ce qui est constaté dans toute autre structure. Tout simplement parce que les coûts du foncier, de la main d’œuvre et des bâtiments sont absorbés en grande partie par les productions agricoles principales.
La troisième, c’est que la diversification agricole est indispensable au maintien d’une agriculture de type familial : elle protège ce type d’agriculture contre la fluctuation des marchés et permet de répartir les risques.
La quatrième est que l’élevage des chevaux de sport constitue un lien social très fort entre le monde rural et urbain.
La cinquième est que dans les pays voisins concurrents, l’étalonnage qu’il soit de forme plus collective, comme parfois en Allemagne, ou plus individuel, comme en Hollande, s’est structuré autour d’un projet économique réel visant l’exportation et utilisant les acquis de la recherche. Cette ambition est donc réaliste.

Ce modèle de type agricole a fonctionné en France pendant de longues années, car il ne faut pas oublier que la France exportait de la génétique (juments, étalons...) dans l’Europe entière jusque dans les années 90.
Pour que l’élevage français retrouve sa compétitivité sur le plan international, cela passe comme pour l’industrie, par l’utilisation des acquis de la recherche et par la mise en concurrence de différentes structures de sélection.
Pour l’ensemble de ces raisons, je soutiens la création du stud-book Anglo-Normand qui s’appuie sur un plan de sélection moderne validé par les scientifiques du CNAG (Centre national d'amélioration génétique) et je pense que l’arrêt de la publication des indices génétiques par l’IFCE serait une erreur stratégique majeure néfaste à la compétitivité des nos élevages. »

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0Commentaires

 | 27/11/2013 07:59
Le commentaire de Sophie me permet d'apporter quelques compléments d'information. Le BLUP n'est pas mon outil puisqu'il a été mis au point par un américain Mr Anderson à la fin des années 50. Anne Ricard chercheuse à l'IFCE détachée à l'INRA a adapté ce modèle pour les chevaux au début des années 1990. Elle a reçu un prix de génétique international pour ces travaux.
Concernant le blup, celui ci ne chiffre que la part additive de la valeur génétique. Les valeurs d'intéraction entre gènes ne sont pas estimés.Ils existent cependant et peut être que certains éleveurs les appréhendent mieux que d'autres. Les valeurs additives expliquent pour le CSO 25 % des différences entre performance le reste s'explique par le milieu et les effets d'intéraction entre gènes. Par ailleurs le BLUP est une estimation, le CD de taquinerie (0.56 ) est relativement fort pour une poulinière mais fait qu'il y a une marge de variation assez forte autour de la valeur annoncée. Les juments sont estimées avec une prècision moyenne car elles laissent peu de descendants. Les bornes basses et les valeurs de pari dont pour le coup je suis l'auteur sont la pour donnée une idée de la variation autour de la valeur annoncé. Enfin le progres génétique réalisé en selle français et le fait que le BLUP soit exprimé en base mobile conduit à ce que l'indice génétique d'un reproducteur baisse règulièrement. Pour mieux évaluer les juments la génomique est la voie qui permettrait d'augmenter la prècision de l'estimation;
SOPHIE L | 24/11/2013 17:53
Oui Laudanum a été exploité en concours mais Taquinerie PS BLUP SO -2 (0,56) et pourtant mère de
1/EXCEPTION DE ROLL Selle Francais section A, Femelle Bai 1992 Pouliniere
par GRAND D'ESCLA SFA par ALME SFA
SAUT D'OBSTACLES : ISO 140 (2003)

2/BUNIX DE ROLENCOUR Selle Francais section A, Male Bai 1989
par DIABLEUR SFA par URIEL SFA
SAUT D'OBSTACLES : ISO 123 (1998)
3/ ALIX DE ROLLENCOUR Selle Francais section A, Hongre Bai 1988
par GRAND D'ESCLA SFA par ALME SFA
SAUT D'OBSTACLES : ISO 165 (1996)
4/ QUI QUI II alias Quinta C Selle Francais section A, Femelle Bai 1982
par CYRUS SFA par TAQUIN SFA
SAUT D'OBSTACLES : ISO 145 (1989)
Dernier classement en international sous couleurs étrangères à 15 ans
5/NONIX Selle Francais section A, Hongre Bai 1979
par DIABLEUR SFA par URIEL SFA
SAUT D'OBSTACLES : ISO 190 (1991)

BLUP négatif et pourtant se fut une excellente mère. No comment Mr Tavernier sur votre super outil ! Soyez au moins honnête avec la réalité.
 | 14/11/2013 07:59
Luc Tavernier: un pur sang avec de tres bonnes performances et dont les descendants sont eux même performants sera bien indicé. Laudanum en est la preuve qui a été tête de liste des BLUP pendant un peu moins de 10 ans .
SOPHIE L | 13/11/2013 18:06
Non, il n'est pas utile et à prendre avec des pincettes.
A une époque c'était la mode de mettre une jument à l'étalon pour avoir le plus gros BLUP possible, car plus commercial.Une hérésie: Cela a eu comme résultats:
- Pur sangs, AA et trotteurs écartés des croisements à la mode : pourtant ils étaient à la base de notre SF national et amenaient du sang, de la gniaque qui manque tant au SF d'aujourd'hui et que certains éleveurs essaient de trouver à l'étranger. Aujourd'hui : Plus de Galoubet, ni Norton, ni Jappeloup, ni Laudanum ! Ces races ou croisements ont été décriés et ne sont plus commerciales BLUP oblige ,
- Effet milieu est super important et la il est complétement gommé par le BLUP: Un très bon PS avec un super ISO par exemple sur ses performances aura un BLUP catastrophique car toute sa famille aura été utilisée en courses et pas en CSO et pourtant ce PS testé ce qui est cruellement rare de nos jours serait le PS de croisement que tout le monde recherche. Certaines lignées d'AA course (celle de NEFTA (ar) par exemple a fourni par exemple de très bons gagnants dans toutes les disciplines: Arabe course, AA course, AA CSO. et son Blup CSO est nul alors qu'elle a produit 3 chevaux indicés ISO 150 ! Autre exemple la mère de NONIX et Quinta C Taquinerie ps/ BLUP ridicule. Il y a 20 ans avec le BLUP on tournait sur 2 origines : Avec du Grand Veneur et du Almé à tout va. Alors le BLUP a fait son temps et ses dégâts. Merci on n'en veut plus!
 | 12/11/2013 10:34
Luc Tavernier: Le blup du clone de gem twiqt sera probablement faible car ses performances ne seront pas prises en compte de même que celle de sa parenté . So CD sera également proche de 0 ce qui indiquera que le blup n'est pas l'outil pertinent pour juger de sa qualité génétique. Par contre comme ascendance et performances propres n'auront que peu de poids dans le calcul du BSO de GEM TWIST, les informations issues des performances de ses descendants seront déterminantes des les premiers descendants.
JEAN DANIEL R | 09/11/2013 18:46
je pense aussi qu'il faut garder le blup : c'est un élément parmi d'autres pour le choix d'un croisement.ces systèmes de sélection ont permis des progres considérables en bovins(j'en élève)et amené le SF au plus haut niveau.on serait bien bête de se priver de tous ces acquis.
jd rolland
PHILIPPE P | 08/11/2013 12:41
100% favorable mais à titre informatif et pas comme critère d'exclusion.

Ces indices existent déjà dans d'autres productions animales ( bovins) .
Ils constituent une information de plus dans un milieu qui en donne le moins possible et surtout pas les plus importantes ( caractère, santé détaillée...).

Mais quel sera le blup de Gemini , clône de PS Gem Twist bientôt proposé par le GFE aux éleveurs français ?

Ph. POPPE
ANNE R | 08/11/2013 12:04
D'accord mais le cheval de sport et de loisirs n'est plus agricole car il a une TVA à 19.6!!!Sur le fond je suis d'accord mais la priorité c'est le BLUP ou la TVA à taux réduit et le cheval de nouveau agricole.
Nicolas Burtin



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