Venard de Cerisy, le nouvel espoir normand de Steve Guerdat (3/4)
vendredi 15 février 2019

Axel van Colen Venrad de Cerisy finale des 7 ans Fontainebleau 2016
Venard et Axel Van Colen lors de la Finale des 7 ans de Fontainebleau en 2016 © DR

Les parcours des cracks des compétitions 5* ne sont pas toujours tous tracés à l’avance…Si certains empruntent la « voie royale » en suivant le parcours classique, d’autres utilisent parfois des chemins plus sinueux vers le haut niveau. Venard de Cerisy SF, le nouvel espoir du Suisse Steve Guerdat est de ceux-là… Il porte bien son nom (prononcez « veinard »), lui qui doit sa belle destinée à quelques « anges gardiens ». L’histoire mérite d’être racontée, celle d’un cheval qui a failli passer à côté de sa carrière et a eu mille vies avant de trouver sa voie ; mais aussi celle d’une belle d’amitié entre tous les protagonistes.

Après des débuts difficiles (voir le volet 1 de cette saga, "Mais que va-t-on faire de lui ?"), Venard de Cerisy quitte sa Normandie natale a 5 ans et rejoint le Sud où il passe sous la selle de Marion Brousse (voir volet 2 ce cette saga, "Patience et Longueur de Temps dans le Sud" ). Une rencontre décisive, qui permet au jeune cheval de prendre confiance en lui et de débuter la compétition... 

LE RETOUR DANS LES RAILS

Pour voir ses protégés prendre leurs envols, il faut parfois savoir s’en détacher, et c’est le choix très réfléchi que Marion Brousse décide de faire dans l’année des 6 ans de Venard. Après 18 mois à façonner le cheval, son regard se tourne alors vers son ami Axel Van Colen, alors cavalier au Haras de Lécaude, qu’elle a connu quand elle y travaillait pour Pénélope Leprévost.

« Marion Brousse m’avait toujours parlé du cheval, en me disant qu’elle y croyait énormément et qu’elle pensait que Venard ferait les Jeux si la « tête » suivait. Mais les vidéos que je recevais étaient « normales », et laissaient présager un tel travail que je ne m’étais pas montré intéressé dans l’immédiat » explique le cavalier désormais installé au Haras d’Authuit à Rosay-sur-Lieure (27) chez Alain et Anne Salzman.

Un jour pourtant, Marion déterminée à prendre le destin de son cheval en main, prend son camion et traverse la France pour amener le cheval à essayer à Axel. « Je pense que c’est au nom de notre amitié qu’Axel a accepté de voir le cheval, car il ne devait plus pouvoir en souper d’entendre parler de Venard de Cerisy » s’amuse Marion Brousse. « Le jour de l’essai, j’ai mis ma compagne, Faustine Laffererie, dessus » raconte Axel. « Il était effectivement inmontable, mais présentait la qualité qu’on lui connaît maintenant, à savoir plein de moyens et une bonne tête ». La réponse fut claire : si Faustine était d’accord pour le prendre, Axel suivrait, mais il n’était pas encore question pour le cavalier de 39 ans de s’y atteler. Marion est aux anges. « Je savais que Faustine serait très utile dans la passation. Comme moi, c’est une très bonne « psychothérapeute » pour chevaux », rit Marion, qui a d’ailleurs étudié à la Faculté de psychologie. Il faudra huit mois à Faustine, 27 ans, partenaire d’Axel au Haras d’Authuit, pour mettre Venard dans le « système ». C’est alors qu’Axel le récupère pour courir les épreuves de 7 ans. Les progrès sont rapides : « C’est sûr qu’à l’époque, croire en ce cheval pouvait sembler risible tant c’était « la révolution »… Venard faisait une foulée au lieu de deux dans les combinaisons, le quotidien était difficile…Le cheval débordait littéralement de sang et cela donnait des réactions surdimensionnées. Nous l’aimions de par sa qualité intrinsèque, mais à gérer chaque jour, tout était cérébral ! », continue Axel Van Colen. Pourtant, le miracle arrive, et Venard arrive petit à petit à se calmer et avoir confiance en l’homme. Les résultats en concours suivent et le cheval enregistre de nombreux sans faute dans les épreuves 1m35-1m40 dont une belle 3e place dans le GP Top 7 de Fontainebleau. Axel coure en 2016 le Championnat des 7 ans de Fontainebleau avec lui, dont il terminera 15 de la Finale, moins de quatre mois après l’avoir monté pour la première fois ! « Même si le cheval n’avait pas eu le cursus et n’avait pas le métier pour le faire, je l’ai quand même emmené » raconte Axel. « Il avait un tel mental en parcours et tellement de moyens qu’il ne risquait pas d’être émoussé dans le physique par cette échéance, je le sentais prêt dans sa tête ».

Philippe Guerdat connaissait le cheval, Marion Brousse et Jérôme Thevenot avaient eu l’occasion de lui en parler, et il avait toujours gardé un œil sur lui.  Ainsi, son fils Steve Guerdat vient l’essayer quelques semaines après que Venard ait couru les concours d’arrière-saison à Cagnes-sur-Mer (7e d’une épreuve à 1m40 du CSI** pour finir). Axel se montre circonspect, pensant que l’essai est peut-être prématuré pour le cheval. Risquer de « casser » les codes qui ont été patiemment instaurés l’inquiète, tout comme l’appréhension de montrer au pilote suisse un cheval qui ne soit pas à la hauteur de ses attentes. Mais c’est sans compter sur le tact et la finesse du cavalier n°1 mondial qui a respecté tout le « manuel d’utilisation » de Venard. L’essai se passe au mieux et le cheval se révèle magnifique.

« Il faut saluer le travail de Marion Brousse qui a fait tout le cheminement, qui a cru dans le cheval, l’a amélioré sur le plat et n’a pas ménagé ses efforts. Si le cheval a eu une chance, c’est grâce à elle », tient à préciser Axel Van Colen.

La suite de l'histoire de Venard de Cerisy, que le champion olympique Steve Guerdat considère comme un futur espoir pour les plus belles échéances, est à retrouver demain sur leperon.fr