Venard de Cerisy, le nouvel espoir normand de Steve Guerdat (4/4)
dimanche 17 février 2019

Steve Guerdat et Venard de Cerisy
Aujourd'hui, Venard de Cerisy peut montrer tout son potentiel sur les plus belles pistes du monde sous la selle de Steve Guerdat © Coll. Steve Guerdat

Les parcours des cracks des compétitions 5* ne sont pas toujours tous tracés à l’avance…Si certains empruntent la « voie royale » en suivant le parcours classique, d’autres utilisent parfois des chemins plus sinueux vers le haut niveau. Venard de Cerisy SF, le nouvel espoir du Suisse Steve Guerdat est de ceux-là… Il porte bien son nom (prononcez « veinard »), lui qui doit sa belle destinée à quelques « anges gardiens ». L’histoire mérite d’être racontée, celle d’un cheval qui a failli passer à côté de sa carrière et a eu mille vies avant de trouver sa voie ; mais aussi celle d’une belle d’amitié entre tous les protagonistes.

Après des débuts difficiles (voir le volet 1 de cette saga, "Mais que va-t-on faire de lui ?"), Venard de Cerisy quitte sa Normandie natale a 5 ans et rejoint le Sud où il passe sous la selle de Marion Brousse (voir volet 2 de cette saga, "Patience et Longueur de Temps dans le Sud" ). Une rencontre décisive, qui permet au jeune cheval de prendre confiance en lui et de débuter la compétition associé à Axel Van Colen, qui bien que tout ne soit pas rose avec le sensible géant, l'emmène jusqu'à la finale des 7 ans à Fontainebleau... Il est ensuite repéré par Steve Guerdat (voir volet 3 de cette saga, "Le retour dans les rails")

EN ROUTE VERS LE HAUT NIVEAU

Il est temps pour le cheval de prendre une autre dimension en intégrant, après le piquet d’Axel Van Colen, l’une des plus belles écuries du monde, celles du Suisse Steve Guerdat. Venard prend 8 ans et a rattrapé son retard.

Le cheval débute tranquillement à Oliva avec Steve en février 2017. Il s’aguerrit sur les épreuves CSIYH réservées aux 7-8 ans des plus beaux concours comme Aix-La-Chapelle, Lyon, Lummen, ou Londres. Les premiers classements arrivent en 2018 avec une belle 4e place dans le Derby du CSI 5* de Dinard, une 5e place dans une épreuve 1m50 à barrage à Calgary, une victoire au CSIW 5* de Stuttgart sur une deux phases à 1m55...

« Le cheval suit l’évolution que j’avais imaginée pour lui… mais en mieux ! » nous confie Steve Guerdat, interrogé peu avant le Jumping de Bordeaux. « Je pensais que cela prendrait plus de temps pour l’amener à ce niveau-là, et surtout, je n’imaginais pas qu’il ferait cela aussi facilement ». Le cheval vient de courir ses premiers Grand Prix 5* à l’Olympia de Londres, et à Bâle en début d’année 2019.

Des débuts qui ravissent son naisseur normand Laurent Vincent, qui n’a jamais revu le cheval qu’en vidéos, mais qui a toujours eu la conviction de tenir en Venard un cheval peu banal, mais également la principale artisane de sa réussite, Marion Brousse, qui l’a formé : « Le parcours de Venard est une histoire comme on n’en fait plus. Je suis fière de lui, fière de nous. J’ai été le voir au CHI de Genève, il a désormais l’air « d’un mec normal », content de lui, bien dans sa peau. Il est exactement là où il doit être, chez un cavalier « de la race des centaures » et c’est une grande satisfaction ».

Steve Guerdat précise : « Venard est un guerrier, qui aime sauter. Il a énormément de sang. C’est un cheval « passe-partout », qui veut toujours faire bien, et même un peu trop des fois ! Il a tant d’énergie que parfois il est difficile de garder sa concentration ». Son comportement parfois fragile a-t-il disparu ? « Venard est un cheval hyper-sensible », explique Steve, « mais c’est ça qui, à la fin, va lui faire sa plus grande qualité ».

La marge de progression du cheval semble être très ouverte. Le champion olympique confirme : « Sur ces six derniers mois, il me donne l’impression de pouvoir être mon prochain cheval de Championnats ». Une confidence qui prend tout son sens quand on connaît le nombre de chevaux que le Suisse a patiemment conduit jusqu’au plus haut niveau.

D’où lui vient ce goût pour les chevaux atypiques ? Tout le monde se souvient bien sûr des exploits de Jalisca Solier SF, à la locomotion particulière, ou de Nino des Buissonnets SF, dont la mise en main n’était pas des plus faciles… Qu’est-ce qui peut bien pousser un cavalier de cette pointure à investir autant de temps sur des chevaux si délicats ?

« Cela ne m’a jamais freiné. C’est mon métier, c’est comme cela que je conçois le travail de cavalier. Aller dépenser des fortunes pour acheter des chevaux qui ont déjà gagné avant - outre le fait de ne pas pouvoir le faire matériellement parlant - je n’en vois pas l’intérêt. Dans la conception que je me fais de ce sport, c’est au cavalier de former son cheval pour l’amener à ce niveau-là. Si c’est juste pour récupérer le fruit du travail de quelqu’un d’autre, je n’aurais pas la même satisfaction et je ne verrais pas tout ce qui fait la beauté de ce métier ».

Un discours qui sonne juste et qui fait du bien à entendre. Marion Brousse, la formatrice du cheval, enchérit : « ce sont des chevaux qui, intellectuellement, professionnellement, nous apprennent beaucoup. Nous les considérons vraiment comme de réels partenaires, avec qui nous formons une équipe, et pas en tant que simples chevaux. Ils nous obligent à les aimer ! Cela peut être parfois très dur… Il faut rentrer en religion avec ces chevaux-là, c’est presque du mysticisme, mais c’est extrêmement valorisant de croiser leur route ».

Concernant la détection des chevaux, Steve Gerdat achète jusqu’à quinze chevaux par an. « Il s’agit la plupart du temps de jeunes chevaux que l’on achète de petits prix et que l’on commercialise au bout six mois après que mes cavaliers ou moi-même les ayons fait progresser, cela pour faire tourner l’écurie ». Et il y a les autres, qui révèlent un potentiel pour les plus grosses épreuves et sur lesquels capitaliser les espoirs : « Évidemment, nous aimerions pouvoir les acheter quand ils ont 8 ou 9 ans » poursuit Steve Guerdat, « mais en général, ils sont déjà hors du budget, je choisis donc des chevaux qui ont entre 5 et 7 ans ». C’est ainsi en tombant successivement sur des personnes qui ont su donner du temps au temps que le talent de ce Selle Français de 10 ans a pu éclore et se bonifier.

Souhaitons à Steve toute la chance possible avec son Venard en vue des Championnats d’Europe de Rotterdam en août, ou pour les Jeux de Tokyo l’an prochain.