Cheval Normandie cultive sa différence
mardi 26 février 2019

AG Cheval Normandie Salond es etalons St Lo 2019
L'AG de Cheval Normandie a été animée par le président Jean-Baptiste Thiébot et ses vices-présidents, mais Yves Chauvin, président de la Société Hippique Française (SHF), et de Pascal Cadiou, président du Stud-Book Selle Français n'ont pas manqué d'intervenir © Emilie Le Guiel

Avec près de 600 adhérents, représentant 1570 poulinières, Cheval Normandie bénéficie d’une place de leader incontesté dans le paysage de l’élevage français. A ce titre, par ses moyens et sa force d’action, l’association peut se permettre d’impulser un certain nombres de projets qui la distingue des autres régions.

Réunie en assemblée générale ordinaire ce samedi 23 février en ouverture du Salon des étalons de Sport de Saint-Lô, l’association régionale d’éleveurs Cheval Normandie a attiré une centaine d’auditeurs. Animée par Jean-Baptiste Thiébot, président, ses vice-présidents Olivier Brohier et Michel Mesnil, et le trésorier Hubert Avenel, l’AG a reçu les interventions d’Yves Chauvin, président de la Société Hippique Française (SHF), et de Pascal Cadiou, président du Stud-Book Selle Français

Le bilan financier 2018 de l’association fait apparaître un bénéfice de 55 000 € qui permet à la structure d’envisager des développements pour l’année à venir. Les changements seront d’ailleurs nombreux. Cheval Normandie parvient à dégager des fonds propres à hauteur de 100 000 € par le biais des cotisations et des engagements en concours d’élevage, qui abondent le budget de l’association pour moitié. L’autre part de recettes est constituée par les subventions versées par les collectivités locales : département de la Manche et région Normandie dans la même proportion (98 000 €).

Un calendrier repensé 

L’association se veut dynamique et pro-active, forte de deux permanents salariés, elle consacre un budget de 50 000 € pour les actions de commercialisation et communication. Dans la continuité de l’association nationale de race (Stud-Book Selle Français), qui réforme en profondeur son circuit de sélection des mâles à partir de cette année, Cheval Normandie prend le pari de chambouler son calendrier des concours d’élevage en 2019. L’objectif est clair : frapper les esprits avec des évènements forts et très lisibles. Pour cela, Cheval Normandie mise soit sur l’association avec des évènements d’envergure, soit sur l’attrait du nombre. Ainsi, les éleveurs normands pourront de nouveau compter en 2019 sur le concours-vente de foals organisée en parallèle de la traditionnelle Foire de Lessay (50), la présentation-vente de poulains accolée au jumping Happy Jump de Canteleu (76), ou les foires aux foals du Normandie Horse Show et du Meeting d’Automne, toujours très attendues. 

En parallèle, Cheval Normandie souhaite organiser des rassemblements d’envergure afin d’attirer les acheteurs qui veulent voir un grand nombre de chevaux en une unité de temps et de lieu. C’est la vocation du « Championnat de Normandie des 3 ans montés», nouvelle étape au calendrier. Cet évènement d’ampleur, qui devrait regrouper plus de trois cents 3 ans, aura lieu les 13 et 14 novembre à Saint-Lô. Ainsi, l’association normande prend le pari de s’affranchir du schéma tracé par l’association nationale de race. Le circuit normand s’articulera donc autour de concours locaux (qui ne seront désormais plus primés), puis « critérium » de printemps et d’automne, servant de qualificatifs pour les Finales nationales Selle Français (Evènement Femelles de Fontainebleau et Championnat des 3 ans Sport de Lyon). 

En plus du Championnat régional des 3 ans de novembre, ayant lieu après la Finale du Championnat de France, naîtra une nouvelle compétition, le « Championnat de Normandie des Foals », qui se tiendra à la veille de la Finale du Championnat de France des Foals, le 8 août. Cette épreuve devrait rassembler les quarante meilleurs poulains des concours régionaux du Pin et de Saint-Lô, qualificatifs au Championnat de France, qui auront lieu la semaine précédente. En effet, dès 2019, le Normandie Horse Show opèrera lui aussi sa mue, en passant sur un format de sept jours au lieu de neuf. Michel Mesnil, vice-président, précise : « les poulains qualifiés pour le National arriveront la veille du Championnat de France pour courir cette super Finale régionale. Nous comptons attirer 40 à 50 poulains. Cette épreuve supplémentaire sera dotée exceptionnellement. Les éleveurs n’auront pas d’engagement ni de boxe à payer et recevront une indemnité de 100 €. C’est une vraie chance qui leur sera offerte de mettre en avant leurs poulains dans le cadre du NHS »

Le volet concours d’élevage de l’association est bien sûr très important (cinquante sélections annuelles reparties sur les cinq départements de la Normandie), avec la volonté de redynamiser ceux de la circonscription du Pin (61). Les concours de foals, au nombre de 33, ont connu un boom en 2018 (+ 50%) avec le développement des concours dits « privés » organisés directement chez des éleveurs ayant des cheptels très importants et remplissant un cahier des charges précis pour accueillir des participants voisins. La Normandie enregistre ainsi un total de 2240 engagements, un chiffre en progression qui illustre bien le volume de chevaux très important que brasse cette région d’élevage.

Objectif commercialisation

Des discussions sont en cours pour offrir aux éleveurs un panel de services en lien avec leurs adhésions, et notamment des idées utiles : réduction sur des analyses sanitaires, tarif préférentiel pour des bilans radiographiques des 3 ans… Ainsi qu’une nouvelle date « marché des enseignants » fin novembre en partenariat avec le COREN (comité régional d’équitation de Normandie) pour organiser une journée de rassemblement de 3 ans prêts sur un parcours, dans une gamme de prix abordable pour les centres équestres qui sont demandeurs d’une cavalerie à former.

Tout cela devrait bien sûr servir de levier à une meilleure commercialisation, qui reste l’orientation numéro un de l’association. Sur ce point, Cheval Normandie déplore un manque d’informations et de retours quant aux transactions enregistrées qui permettrait un meilleur suivi. André Denot, conseiller départemental et président du Pôle Hippique de Saint-Lô, insiste « il est important pour nous d’y voir plus clair. Les recettes de commercialisation des éleveurs, ce sont leurs revenus et nous espérons que les tendances sont bonnes ».

Michel Mesnil explique : « nous devons essayer d’être novateur, j’aime à dire que "la nature a horreur du vide". Nous devons - accompagnés par les collectivités - développer de nouvelles actions, car, derrière, c’est tout un système qui fonctionne et qui vit, et tout le progrès génétique qui avance ». Les financeurs publics ont eu l’occasion de prendre la parole par le biais de Florence Mazier, conseillère régionale ; et André Denot. Ce dernier a félicité le président et son équipe de l’évolution de l’association : « Cheval Normandie a pris une dimension totalement normande (elle regroupe les cinq départements depuis 2018, l’ADEP, association des éleveurs du Pin, qui représentait les adhérents de la partie est de la région ayant été intégrée pour former une entité unique, ndlr), ce qui a et aura un impact fort en terme de représentativité et de poids politique ». Si les collectivités plaident pour une complémentarité nécessaire entre les financeurs, et se félicite que l’association ait dégagé de la trésorerie en 2018 lui permettant d’investir, Jean-Baptiste Thiébot a tenu à rappeler les enjeux de maintenir le territoire normand comme la région phare en France face à l’émergence d’autres pôles équins de référence comme Rosières-aux-Salines à l’est. Olivier Brohier a lui plaidé pour l’accompagnement global de la filière en mettant en garde « sur une polarisation excessive sur Saint-Lô. La restructuration du Pôle hippique a catalysé la majeure partie des investissements, au détriment parfois de l’aide à ce qui fait la richesse de notre territoire, comme les traditionnels concours sur herbe ».

Yves Chauvin a complété : « la région doit prendre conscience de la puissance économique que représente la filière cheval et conforter cette place ». Une volonté affirmée du territoire, qu’a rappelée Florence Mazier en ces mots : « l’élevage est un fer de lance pour le territoire. Nous avons mis en place une politique volontariste pour la filière économique cheval. Nous devons donner aux éleveurs les moyens de vivre de leur métier ». Et André Denot de compléter : « nous avons "mouillé la chemise" pour vous. Nous sommes tous acteurs pour l’économie et pour l’emploi. Soyons positifs ensemble, il est fait des choses, nous vivons ensemble un mouvement »

On se souvient en effet de la signature de la convention tripartite (Région Normandie, Cheval Normandie et Stud-Book Selle Français) d’encouragement aux éleveurs normands. Cette dernière se concrétise par une aide très significative aux éleveurs professionnels, naisseurs de jeunes chevaux ou de foals finalistes au niveau national, par des surprimes allant de 1000 à 1500 €. Un « Plan Cheval Manche » de grande envergure, que L’EPERON ne manquera pas de vous détailler, devrait également se déployer en 2019 pour accompagner au plus près les ambitions légitimes de la première association d’éleveurs française.