Congrès SHF – WBFSH sur la génomique : Localiser les gènes et comprendre leur action

mardi 26 août 2014

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A Caen, pendant les Jeux mondiaux d’équitation, la SHF et la WBFSH organisait un débat sur les enjeux de la génomique, déjà sortie du cadre de la science fiction pour plusieurs espèces animales.

Axel Kahn largeL

SHF

Axel Kahn

Quel avenir pour la génomique ? Lundi 25 août, au premier jour de compétition des Jeux équestres mondiaux de Normandie, la Société Hippique Française (SHF) et la Fédération mondiale des stud-books de chevaux de sport (WBFSH) ouvraient généreusement les portes du débat autour de cette question à tous ceux qui souhaitaient assister aux trois tables rondes organisées à Caen. Cette initiative judicieuse destinée à mieux faire connaître cette avancée scientifique aux forts enjeux, se trouvait favorisée par la présence d’Axel Kahn, célèbre médecin et généticien, par ailleurs ami des chevaux.
Mais pour débuter, Thomas Mark, professeur agrégé et maître de conférence en génétique quantitative à Copenhague, s’est d’abord appliqué à rappeler les règles de la sélection animale et les avancées et possibilités offertes par la génomique. L’étude des génomes consiste en quelque sorte à dresser la cartographie des gènes - eux-mêmes situés sur les chromosomes - d’une espèce animale : les chromosomes, et donc les gènes, étant constitués de successions de séquences d’ADN, le « séquençage » du génome consiste à identifier et déterminer l’ordre de ces séquences d’ADN. Cette science a connu très récemment de très fortes avancées. Le génome humain est séquencé depuis 2001. Celui des chevaux l’est depuis 2006.
Les différents séquençages étant identifiés et localisés, la génomique cherche ensuite à identifier le type et le mode d’action de chacun d’entre eux, c’est-à-dire à relier les gènes avec leurs manifestations phénotypiques (visibles).
Thomas Mark a expliqué que plus on dispose d’une population nombreuse, plus on a d’informations et de possibilité d’obtenir un travail rapide et de qualité. Il a donc fortement et à plusieurs reprises insisté sur l’intérêt des collaborations internationales. Selon lui, « l’Allemagne, par exemple, est prête à collaborer dans le cadre d’un projet international, et ceux qui ne le souhaiteront pas s’apercevront qu’ils ratent quelque chose d’important ». Le Danemark dispose d’un outil avec 70 000 marqueurs (70 000 emplacements identifiés), et dès l’an prochain celui-ci passera à 700 000 marqueurs. Les progrès attendus sont importants dans le domaine de la santé, mais aussi de la lutte contre la consanguinité et l’étude des performances, avec la possibilité d’obtenir des indices génétiques plus précis et pour un plus grand nombre de caractères.
Le deuxième intervenant, Philippe Monget, directeur d’AGENAE (Groupement d’intérêt scientifique associant l’INRA et les groupements des filières bovines et porcines), a expliqué comment la filière bovine a connu ces dernières années une véritable révolution grâce à la génomique, dans laquelle les acteurs professionnels ont cru et se sont engagés. De 2002 à 2012, 120 millions d’euros ont été investis, sur des recherches très ciblées (composition du lait, mortalité précoce…). Le nombre de marqueurs à très fortement augmenté et le coût du séquençage du génome d’un bovin s’est fortement réduit et est à la portée de tous. Philippe Monget a fourni de nombreux exemples de l’utilisation de la génomique, désormais très utilisée dans cette filière, au point que le pool de taureaux a été selon lui totalement renouvelé en bovins laitiers. En Belgique notamment, la génomique a permis d’éradiquer totalement une maladie génétique (la dystonie musculaire de type 2). En équine, les éleveurs de Trotteurs peuvent faire appel à la génomique  (coût du séquençage du génome d’un poulain : environ 300 euros) pour savoir si celui-ci est porteur ou non du gène DMRT3, qui, sous une forme homozygote, a un effet positif sur la vitesse du trot et retarde la faute au galop. Les trotteurs trottent alors plus naturellement, se qualifient plus facilement et gagnent plus en début de carrière, alors qu’ils gagnent semble-t-il moins que les autres ensuite. Le GAET (Groupement  des éleveurs de Trotteurs) a fait la promotion de ce test l’an dernier, qui n’est pas considéré comme un test miracle mais fournit une indication utile aux éleveurs pour les choix de carrière, d’orientation et de croisements de leurs sujets.
D’autres tests pourraient être accessibles rapidement pour l’espèce équine si les moyens financiers sont débloqués. Des recherches sont à l’étude notamment dans le domaine de l’OCD et du cornage. Il semble que la génomique pourrait en effet avoir une très grande utilité dans le domaine de la santé, en permettant d’identifier les causes de certaines maladies, parfois mortelles, et en permettant d’identifier les individus porteurs de gènes mis en cause.
Mais des progrès importants sont également attendus dans le domaine de la sélection. Et pour Axel Kahn, il n’y a là aucun procès en sorcellerie à dresser. « La génomique nous ramène aux pratiques empiriques des sélectionneurs de tous temps, mais avec des informations beaucoup plus précises ». Pour ce célèbre chercheur en génétique humaine et moléculaire, « le gène code une propriété, pas un destin. Il code un type de réaction, une fréquence d’apparition d’un trait, en fonction de l’environnement. Connaître son propre génome humain ne permettra pas de prédire son avenir ». Et donc, la génomique est un moyen de prédire et de choisir par des méthodes statistiques, plus précises que les méthodes empiriques, les manifestations phénotypiques d’un individu que l’on souhaite  (couleur de la robe, des yeux, mais aussi façon de trotter et peut-être un jour de sauter, ndlr): il ne s’agit pas d’autre chose que de perdurer le même métier d’éleveur. Il ne s’agit pas d’une révolution conceptuelle ». Il n’en va pas de même, selon lui, du clonage, qui « est l’opposé de la sélection génomique : on fige tout et on s’arrête là ! ».
Ayant en quelque sorte choisi son camp, et s’étant peut-être de la sorte efforcé de dé-diaboliser la génomique, Axel Kahn n’en concluait pas moins, après 45 mn de dissertation sans note aux accents parfois philosophiques : « Mesdames et messieurs les éleveurs, vous avez beaucoup de chance : vous avez la possibilité de choisir vos outils. Utilisez au mieux celui que vous voulez ! ».
Sachant en outre que la part de la génétique dans la performance en saut d’obstacles n’étant que de 25 %, le métier d’éleveur restera toujours à 75 % un métier de nutritionniste, soigneur, débourreur, cavalier, bref d’homme de cheval.

Emmanuel Jeangirard

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