Dilème de Cèphe, un anglo en or dans les brumes du Nord.
jeudi 10 juin 2004

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Bruno Broucqsault et Dileme de Cephe - Ph. Cosinus Prod

Acheté par Bruno Broucqsault à l’âge de 2 ans et demi, l’anglo Dileme de Cephe est né chez Laurence Benoit, propriétaire de sa mère Céphile qu’elle avait croisée avec Starky d’Anchin, cheval que Bruno avait monté en concours.

Le père du cheval vainqueur de la coupe du monde, Starky d’Anchin, naquit chez un voisin de Bruno Brouqsault, Jean Destombes, disparu en 1994. Un Dare Dare (grand-père paternel de Dilème et frère du crack Dionysos II, étalon national, tête de liste des pères de gagnants en courses, mais aussi de grands gagnants en sport tels les internationaux Béarn (G. de Balanda), Vallorbe (P. J. d’Oriola) ou Fougueux et Mokaido (CSIO en Italie), dont la mère Bamba par le Pur-sang Monceaux (et une fille d’un autre PS, Union Street), avait bien gagné sous la selle de Louis Hazebrouck (ISO 156/79) excellant surtout dans les épreuves de vitesse. Starky était « chaud mais avec le bon sang, le sang intelligent, et n’était pas facile avec cette locomotion particulière, qui se voyait moins que chez Dilème, mais que l’on ressentait une fois en selle », avoue Bruno qui ajoute « mais quand un cheval est bon au départ, il n’y a qu’à travailler sur la qualité ». A six ans, Starky est 9e du championnat et 1er par les gains puis gagnant en Grand Prix. Catastrophe, il meurt de coliques à huit ans.Bruno qui y croyait beaucoup l’avait fait saillir dès l’âge de six ans et les doses de congelé lui permettront d’assumer la paternité de 59 produits. Sa production sera remarquable, 76 % a un ISO supérieur à 100, 56 % à 120, et 13 % à 140. Lui-même était doté d’un ISO de 159 et d’un BSO de +19 (0,86) et la continuité lui viendra peut-être de filles (qui sautaient bien) gardées à l’élevage.

Et nous voilà à Dilème de Cèphe grâce à la même foi dans ce sang, à cette imprégnation qu’en avait Bruno. Il était à la recherche de tous les produits de Starky et, comme il n’a pas le temps d’aller voir ce poulain de deux ans et demi, il propose à sa propriétaire de le lui amener. Le prix avait été fait et il s’engageait à l’acheter s’il lui plaisait. Il était gros comme une ablette, castré parce que très chaud, mais sa tête l’incita à le garder. Sa mère, qu’il avait vu concourir jusqu’en B1 avec Laurence Benoit, sa propriétaire, n’était pas sans intérêt. Née elle aussi dans le Nord, chez le Dr vét. Legault (62), grand amateur d’Anglos, elle était par Et Hop (aa), un très bon père de mères, et Concorde, née au Domaine de Pompadour, du bon PS méconnu Palpitant, et gagnante en saut d’obstacles avec Laurent Persyn, un autre Nordiste qui savait monter les chevaux chauds. On lui retrouve un inbreeding 4 x 4 sur Kesbeth, le père du chef de race Nithard.Céphile (ISO 128), cette Anglo à la production honnête avec 7 de ses 8 produits indicés (ISO 108, 114, 117, 122, 130 et 132) avait eu Dilème en second. Il montrera, quant à lui, une régularité remarquable autant que qualiteuse de quatre à douze ans : ISO 119, 129, 140, 162, 162, 173, 176, 181 et 185 (en 2003). Aucun doute pour Bruno : « Elle vient du père et du grand-père. Il a eu depuis le début, respect, force et énergie. Sa force se sent dessus et s’exprime grâce à son énergie. L’une ne peut aller sans l’autre, c’est la qualité d’un cheval et l’on va plus loin avec plus d’énergie que de force ; mais attention à ne pas griller les étapes et à inculquer d’abord la confiance avant d’avancer… sinon c’est foutu ». Quant au manque de classicisme de Dilème, Bruno rétorque « la qualité d’abord, le modèle ensuite. Si l’on reste dans ce classicisme, on n’avance pas beaucoup, c’est sûrement plus facile pour monter, mais surtout pour se regarder dans la glace. Regardez les aplombs des chevaux allemands aujourd’hui ».Sûr que si Dilème était entier, Bruno l’aurait fait saillir, car pour lui « le mental, c’est le punch ».

Le phénomène Dilème n’est donc pas le fruit du hasard, mais plutôt celui de la foi d’un homme de terrain, de l’expérience d’un cavalier imprégné des sensations transmises par « un sang », ce sang plus que jamais indispensable pour être le meilleur et que le BLUP nous cache, c’est aussi celui de la persévérance du phénomène Broucqsault, celui de sa complicité avec la générosité et le courage d’un petit cheval. Tous deux prouvent que, chez les chevaux comme chez les hommes, le mental et la volonté permettent de vaincre les montagnes.

D’après un article tiré de l’Eperon du mois de juin 2004 ( n°235) écrit par François Monmarson.L’étude complète figure dans le n°235 de l’Eperon.