L’envol de la Cigale…
vendredi 18 juin 2004

cigale-face
Cigale du Taillis et Eugénie Angot - Ph. Cosinus Prod

Entre ses exploits sur le circuit Coupe du monde et sa récente victoire dans le GP CSIO de Rome avec Eugénie Angot, Cigale du Taillis a bondi sur le devant de la scène internationale. Flash-back sur l’histoire de cette étonnante petite jument baie grâce à son naisseur, Gérard Louyot, et son propriétaire, Bernard Bouteiller.

Etes-vous éleveur professionnel ?Non, à l’époque, j’étais dans l’industrie et je faisais de l’élevage pour le plaisir. J’avais seulement deux poulinières dont Pizzicati, la maman de Cigale. Cette dernière est née à Auzoux (près de Pont-Audemer, 27) où je louais des boxes chez Patrick Flandin. Je l’ai appelé « du Taillis », du nom du lieu de vie d’un de mes proches amis, B. Heeley.

Pourquoi avoir croisé Pizzicati avec Jalisco B ?Pour lui redonner un coup de fouet ! Même si elle s’est peu à peu réveillée pour se révéler d’ailleurs assez bonne à l’obstacle, Pizzicati avait tendance à être un peu molle... Comme Jalisco B était réputé pour faire des enfants énergiques, un peu trop même parfois, j’ai pensé que ça pouvait compenser.

Pourquoi l’avoir vendue ?Je voulais réduire mon activité et ces ventes aux enchères de chevaux de selle à Deauville étaient une bonne occasion de le faire.Etes-vous étonné par ces résultats ?Je savais que c’était une bonne jument car elle s’est toujours bien présentée, mais à ce point, non ! Bernard Bouteiller s’est vraiment décarcassé pour elle. Il lui a consacré beaucoup de temps et d’argent. C’est grâce à lui si Cigale est devenue ce qu’elle est. Maintenant, je suis ses prouesses. Je suis même allée la voir à Bercy ! Eugénie est vraiment une cavalière remarquable avec des nerfs d’acier.

Comment avez-vous acheté Cigale ?Aux ventes aux enchères de Deauville. Je l’ai remarquée dans le box dès le matin. Elle n’avait rien d’extraordinaire, pas un look super, mais on s’est regardé… je l’ai caressée… et le courant est tout de suite passé ! J’ai eu la chance qu’elle passe en n°1 quand tout le monde roupille et fume le cigare après le déjeuner... Du coup, je l’ai achetée 31 000 francs. La seule bonne affaire que j’ai jamais faite dans les chevaux ! Maintenant je me saigne à blanc pour la garder car j’ai une grande passion pour cette jument !

Vous l’avez d’abord confiée aux Ledermann ?Jean-Pierre Ledermann l’a démarrée en Cycle classique et à 7 ans, puis Alexandra a pris le relais. Elle a obtenu d’excellents résultats mais Cigale n’était pas sa tasse de thé. Alexandra ne l’aimait pas. Ça ne collait pas. La jument était souvent arrêtée. Elle doit d’ailleurs la vie à Roland Perring qui l’a sauvée en 1999 (double opération : métacarpien et coliques). Une fois sur pied, elle s’est entre autres classée 2e du GP de Genève (1999) et 5e de celui de Bercy (2000)… Mais la jument avait souvent des problèmes. Le Dr Blanchard, un ami vétérinaire, s’est rendu compte qu’elle était en fait bourrée de contractures musculaires… Comme je la sentais au bord de la rupture, j’ai claqué la porte à l’automne 2002 !

Pourquoi l’avoir alors confiée à Eugénie Angot ?J’avais cette cavalière en tête depuis des années. Je me doutais que sa morphologie et sa façon de monter correspondraient à Cigale. Je l’ai appelé pour lui dire : « Ce sera vous ou personne, sinon je la mets à l’élevage. » Eugénie a tout de suite relevé le défi. J’ai ajouté : « il lui manque un peu de considération et beaucoup d’amour, mais si vous lui en donnez, Cigale ira de succès en succès. » Quelques semaines plus tard, la jument était méconnaissable… Comme quoi, les histoires d’amour finissent toujours bien !