Championnat Cycle Classique 6 ans CCE : la belle histoire de Jolie Môme

Xavier Boudon 25 septembre 2025

Huit ans après sa mère Baccarat d’Argonne, Jolie Môme d’Argonne a finalement offert à sa cavalière la consécration tant attendue, le tout sous les yeux de son naisseur Pascal Trassart. La lorraine grille la politesse au recordman de titres SHF Thomas Carlile qui termine tout de même vice-champion avec Juste Unétoile et 5e avec Jalou B d’Argance, tous deux Elite. Jupiter d’Orchis s’intercale à la 3e place sous la selle de sa copropriétaire Julie Simonnet.

Le « globe de cristal » pour les ‘d’Argonne’

Fidèle parmi les fidèles, Pascal Trassart a savouré comme il se doit ce nouveau succès de l’un de ses produits en terres limousines. Devenu au fil des années un spécialiste des chevaux de concours complet, l’ancien Garde Républicain cueille ainsi le fruit de son patient travail de sélection débuté à la fin des années 2000. Très attaché au sang et notamment à l’Anglo-arabe, il acheta une fille de Riesling Pierre, née chez Stéphane Cressent dans le Pas-de-Calais, Glycine de Grigny. Elle lui donna d’abord un fils de Yarlands Summer Song, puis trois propres frères et sœurs : Arcadie d’Argonne (ICC 124), Chagall d’Argonne, et bien sûr Baccarat d’Argonne (ICC 156). Cette dernière, acquise par la famille Euriat, accompagne Morgane sur les plus beaux terrains de concours complet nationaux et internationaux. Soucieux de conserver cette souche précieuse, Pascal Trassart a choisi de procéder très tôt à des transferts d’embryons. Jolie Môme, notre championne 2025, est issue du tout premier, réalisé avec l’étalon ‘maison’ Kapitol d’Argonne. Ce grand alezan Selle Français Originel effectua une fantastique carrière de saut d’obstacles international sous couleurs italiennes. Croisé avec une génétique Anglo-arabe, il semble très bien produire, apportant taille, force et galop, ce dont Jolie Môme est clairement dotée. « La saison s’est très bien passée avec la jument » dit Morgane Euriat. « Dès son premier concours, elle a toujours été classée et régulière. Elle était prête pour cette finale. Elle a répondu présent. Elle a été fantastique du début à la fin et elle réalise un magnifique sans-faute. Bien qu’elle toise presque un mètre quatre-vingt, elle est hyper gentille, très sensible et toujours à l’écoute. » Très émue à sa sortie de piste, la jeune femme compte beaucoup sur sa grande alezane pour prendre le relais de sa mère. Elle en a visiblement la trempe comme en témoigne sa participation au Mondial du Lion réservé aux 6 ans où le couple termine à une honorable 18e place.

Juste Unétoile, pas une illusion

On ne compte plus ni les titres de Champion, ni les podiums du Toulousain… ! En un peu plus de vingt de carrière, Thomas Carlile, désormais installé près de Saumur, est devenu LE grand spécialiste de ces finales SHF de concours complet. Après le dressage, il semblait tout à fait capable de s’adjuger un nouveau succès avec son beau Jalou B d’Argance, propriété de France Etalons. Oui mais…le fils d’Orient Express*HDC commit une faute lors du test de saut d’obstacles, le reléguant à la 5e place finale, labellisé Elite. C’est finalement avec Juste Unétoile qu’il monte sur le podium, presque par hasard. Car la baie a réjoint son piquet à peine un deux semaines avant la finale, la faute (ou grâce, c’est selon) à une vilaine chute de son naisseur-propriétaire-cavalier Eddy Sans. « Cette finale est un peu particulière parce qu’en fait, ce n’était pas prévu comme ça. Je suis tombé il y a quinze jours et je me suis fait mal à la cheville. J’ai senti que je ne serais pas opérationnel pour faire quelque chose de bien. Par chance une semaine avant, j’avais discuté avec Thomas. Il m’avait dit que cette semaine-là, à Pompadour, cette année, il n’avait pas beaucoup de chevaux. Donc je l’ai appelé et il m’a dit : « Bah écoute avec plaisir. » Et donc voilà, ça fait dix jours qu’il a la jument. » Pari osé, mais pari réussi pour le trio ! « C’est incroyable parce que c’est la première jument qu’on a fait naître. La mère de Juste Unétoile est la jument de mon fils avec laquelle il a été champion d’Europe jeune cavalier. Enfin, voilà. L’histoire est belle » confie Eddy, ému. Cette aventure, le couple Sans la vit avec son ami Georges Riccio, fidèle de la première heure et copropriétaire à 50 % de tous les produits d’Unétoile de la Serre, la mère de Juste Unétoile. « Il nous suit en concours depuis 40 ans » ajoute-t-il. « Je sentais bien qu’elle avait le potentiel. Et Tom, cette semaine, a su exprimer ce potentiel en très peu de temps. Je retrouve en elle le côté guerrier qu’Unétoile avait presque trop. Quand on l’a mise à la reproduction, on voulait garder les qualités de la mère et les compléter avec le père pour produire le poulain idéal…nous n’y connaissions rien. » Le choix du crack Upsilon s’est avéré payant – et sans doute pas totalement étranger au fait que Thomas Carlile ait accepté de la monter au pied levé. « C’est une jument pour courir tous les plus gros concours de la planète. L’objectif, au départ, était de la garder. Je ne pensais pas prendre autant de plaisir à regarder quelqu’un monter à ma place. Ce sont d’autres sensations, c’est complètement différent. Quand on est cavalier, on est compétiteur, on est dans le truc, on a le stress de la compétition, mais ça n’a rien à voir. Là, c’était un stress différent…je voulais qu’elle réussisse parce que je l’aime, tout simplement. » Juste Unétoile et son nouveau cavalier ont terminé à une très belle 7e place lors du Mondial du Lion, de quoi envisager l’avenir avec sérénité.

Julie Simmonnet, par Jupiter (d’Orchis) !

Né chez Monique Philippe Gatesoupe dans l’Indre, le hongre bai ne pouvait renier sa lignée maternelle…sa mère s’appelant Victoire (d’Orchis), il ne pouvait en être autrement ! Jupiter sait effectivement de qui tenir. Ses origines remontent aux années 60 et à la bonne Quesada. Cette jument Selle Français baie était une fille du pur-sang Babouino. Son nom vous dit quelque chose ? C’est normal. Il est le père de mère de l’étalon Hospodar (Nykio, sf), et surtout le père du demi-sang Khereddine, lui-même grand-père maternel de la célèbre Bourrée ! La meilleure fille de Quesada, Escholière (Nankin, sf), eut une descendance prolifique pour le compte d’Alexis Pignolet puis de Daniel François. Elle offrit à ce dernier le très bon Muscaris d’Ariel, sf (Diamant de Semilly, sf) ISO 163 et étalon, et sa propre sœur, l’internationale Prunella d’Ariel, ISO 172. Preuve de la polyvalence ce cette souche ancienne, la présence parmi les collatéraux de notre Jupiter de l’étalon de dressage Khallgazel du Maupas, sf (Gauguin de Lully CH) IDR 155. Les sangs de Rantzau, Nykio, Uriel coulent dans ses veines. Mariés successivement au Holsteiner Calvaro, puis à l’Oldenburg Landor S, et enfin à celui de Vleut (Quick Star x Cantus), cela donne un petit cheval au grand potentiel. Qualifé pour le Mondial lui aussi, il a terminé honorablement et devrait aborder la saison de 7 ans avec sérénité sous la selle de sa copropriétaire Julie Simonnet.

Crédit photo à la une: Jolie Môme d’Argonne & Morgane Euriat (photo : PSV)