David Melin, une double vie ‘Autrot’

Xavier Boudon 23 avril 2026

A 52 ans, ce Bourguignon installé à deux pas de Gevrey-Chambertin en Côte d’Or savoure doublement sa participation au Printemps des Sports Equestres. Car en plus d’être cavalier, David Melin est aussi naisseur de ses propres montures ! Malchanceux l’an dernier dans le Critérium Pro 1, il revient gonflé à bloc, épaulé par trois de ses poulains.

Comment êtes-vous organisé au sein de votre structure ?

Nous avons une écurie familiale, d’entraînement, et j’élève à une cinquantaine de kilomètres de la maison, chez une amie de 40 ans, Stéphanie Dagas, et ensemble on a créé l’élevage de l’Autrot. C’est elle qui s’occupe de la structure d’élevage, magnifiquement d’ailleurs, et moi je les récupère pour les entraîner à deux ou trois ans. On les rentre un petit peu et on voit ce que ça donne, ce qu’on a dans les prés, et on remet à l’herbe et puis on reprend ça tranquillement à trois ans.

Donc vous gérez tout de A à Z ?

Oui, on fait tout de A à Z. Aujourd’hui c’est vraiment une satisfaction pour moi, c’est un petit challenge. Je suis venu avec trois chevaux, ce sont trois frères et sœurs issus de la même mère. Ils sont tous magnifiques, je les adore. C’est une belle aventure, c’est un petit peu au départ un rêve d’éleveur de pouvoir monter sur des concours comme ça, ses propres produits, issus de la même poulinière.

L’avez-vous montée elle aussi ?

Je l’ai montée un petit peu. Je suis parti de la grand-mère Bigotte des Noues. Je l’ai montée pendant dix ans en concours (ISO 144, ndlr). Puis j’ai un peu monté sa première fille, mais j’ai tout de suite voulu la mettre à l’élevage, pour pouvoir un petit peu travailler sur les étalons, voir ce qu’elle apportait, ce que les étalons apportaient. Donc j’ai préféré commencer jeune plutôt que de faire carrière avec elle.

Comment avez-vous géré sa seconde vie ?

On pense parfois pouvoir corriger un défaut. Alors maintenant c’est un peu, on va dire, biaisé par les transferts, parce qu’on peut tricher un peu comme ça. Mais pour cette jument là, on avait fait comme ça, et puis finalement c’est une réussite parce qu’elle a quatre produits d’affilé qui sautent au moins 1m40.

Vous avez eu du nez non ?

Et de la chance, il faut le reconnaître, parce que ce sont eux les athlètes.

Vous êtes donc cavalier professionnel à temps plein ?

En réalité, je suis double actif, parce que je suis installé professionnellement en tant que cavalier éleveur, mais comme notre structure est un peu petite à la maison, et que tout le monde chez nous était dans la santé, j’ai passé mon diplôme de kinésithérapeute, et je partage mon temps entre ces deux activités.

Vous arrivez à faire coïncider vos emplois du temps ?

J’ai du soutien familial, tout le monde s’y met. C’est une aventure très sympa, qui est humaine aussi, qui est familiale au sens large, parce que ça comprend les amis de 30 ou 40 ans.

Un petit groupe de supporters finalement ?

Oui, ce qui inclut évidemment Stéphanie, qui gère la partie élevage. S’il fallait en plus que j’emmène les juments à la saillie, là, je n’y arriverais plus.

Combien de juments composent votre cheptel ?

Pas beaucoup, je suis dans la moyenne. Deux portent elles-mêmes leurs poulains, et j’ai la chance d’avoir des filles, donc de temps en temps je pratique un transfert, ce qui fait que parfois il y a un peu plus de poulains, si on a de la chance. J’ai en moyenne trois poulains par an. A l’élevage de l’Autrot, il y a à peu près 10-12 naissances en tout. Stéphanie, avec qui on a travaillé les souches, ne monte pas à cheval, donc elle a un peu plus de temps pour en élever un peu plus.

Et donc, vous êtes copropriétaires et connaisseurs ?

Non, je suis propriétaire à 100 % de mes poulains. Nous élevons dans une même structure, mais de manière complètement autonome. Nous avions utilisé le même affixe au début, puis on a continué comme ça. Peut-être que, pour que ce soit plus clair, on aurait dû en mettre deux, mais c’est sympa aussi de partager ça.

Parlez nous des trois chevaux présents cette semaine au Printemps des Sports Equestres.

Ils sont issus de la même jument, Quelea de l’Autrot. J’ai démarré l’élevage avec un très fort courant de sang, un très très bon étalon de chez nous, qui amenait beaucoup de sang, If de Merzé, le père de Thor des Chaînes et de beaucoup de champions, qui était presque pur sang dans le papier (né du croisement des pur-sang Verdi et Makalu, ndlr). J’ai eu cette chance de commencer avec une jument que je montais quand j’avais 18 ans, et qui était presque un pur-sang, Bigotte des Noues (If de Merzé, sf). Je l’ai croisée, après sa carrière sportive, avec le plus gros que j’ai trouvé à l’époque, Calvaro (Caletto, holst). Je lui ai mis plutôt des chevaux importants, et ça a bien réussi, j’ai tout de suite ramené de la taille. D’ailleurs j’étais tranquille au niveau de la taille, parce que la grand-mère Bigotte toisait 1,58 m, et je suis passé tout de suite à plus de 1,70m. J’ai stabilisé la taille, et après j’ai pu croiser justement en gardant ou le sang ou la force, en faisant un petit peu ce que je voulais.

Et sur les trois sont présents ici, vous avez raisonné de cette façon-là, en essayant de trouver un équilibre finalement entre la force et le sang ?

Oui, exactement, j’ai eu de la chance, j’ai ramené de la force, et la jument a tout le temps gardé le sang dans ses produits. A part Delta qui a une immense action, mais qui n’est en fait pas si grand que ça, les autres font en général plus de 1,70m. Ce n’est pas le cas de Delta de l’Autrot qui dispute le Critérium Pro 1. Il est un peu plus petit car c’est un Tinka’s Boy. Typiquement, ça m’a bien servi de mettre Quelea très tôt à la reproduction, parce que le premier qu’elle a produit était immense, donc je me suis dit ‘on se calme avec l’idée que la grand-mère nécessitait de la taille’. L’année d’après, j’ai mis Tinka’s Boy en me disant, ‘il ne produit pas si petit, ça devrait aller’. Et puis j’ai eu tout de suite le cheval dont tout le monde peut rêver, un cheval qui se classe en 3 étoiles, en Grand Prix Pro Elite. C’est sympa de venir ici courir le Critérium Pro 1. Je ne me suis pas enflammé avec le Championnat Pro Elite cette année sur l’herbe, je me suis dit que ça allait être vraiment une grosse année, et autant rester dans le coup dans le Pro 1.

Et alors vous ne montez que des chevaux qui vous appartiennent ?

Exactement. Vous n’avez pas de clients, pas de propriétaires ? Non, ça pourrait, mais à l’heure actuelle, j’ai une écurie pleine de chevaux à moi, donc je suis obligé d’en rendre quand même. C’est l’ingratitude, c’est que des fois on les vend au moment où on aimerait en profiter.

Quels sont vos objectifs ce week-end à Fontainebleau ?

L’année dernière, déjà avec Delta de l’Autrot, je suis resté en tête jusqu’à la dernière manche. Là, avant dernier obstacle, j’ai fait une pichenette. La barre a roulé dans le sable et je suis passé de la première place que je tenais depuis le milieu de semaine à la cinquième. Mais c’est comme ça, c’est le sport, il faut l’accepter. Avec ce sport malheureusement, on fantasme, on espère, on rêve, c’est ça qui nous tient. Une année, en 2017 je crois, j’ai été vice-champion, médaille d’argent dans ce championnat avec un autre cheval que je n’avais pas fait naître (Dentos van het Lindehof, un fils de Bon Ami, ndlr). Je m’étais promis de revenir un jour et d’essayer de faire mieux avec un cheval que j’avais fait naître. J’ai presque réussi l’année passée, mais c’était raté. La route est longue et ça ne tient pas grand-chose parfois.

Est-ce que cela vous arrive de commercialiser certains de vos poulains ?

Oui, bien sûr. Je parlais tout à l’heure de la jument qui avait fait quatre produits d’affilée qui sautent plus d’un mètre quarante, et bien il y en a une qui est partie. Ça me fait trop plaisir de la voir évoluer, elle fait le bonheur d’une jeune cavalière. Finalement, c’est très sympa aussi de l’avoir aux résultats. C’est une autre façon de vibrer. Il faut se le dire dès le départ quand on élève, on ne pourra pas tous les garder, il faudra en vendre. Ce n’est pas pour ça qu’on ne les aime plus.

Crédit photo à la une: Delta de l'Autrot et David Melin (photo : PSV)