Hermès de Vesquerie, le coup de coeur de Laurent Elias
Ancien entraîneur de l’équipe de France de saut d’obstacles, lui-même cavalier et désormais coach privé, Laurent Elias découvre désormais un nouveau rôle, celui de propriétaire. Découvert lors de l’un de ses stages, Hermès de Vesquerie (Vigo d’Arsouilles, bwp) l’a immédiatement séduit…au point qu’il en fasse l’acquisition et le confie à un cavalier qu’il connaît bien, Kevin Staut.
A quelle occasion avez-vous rencontré Hermès pour la première fois ?
Alors à l’occasion d’un stage que j’organisais, avec des élèves que je faisais travailler, j’ai eu un petit coup de cœur pour ce cheval-là, il avait 6 ans. Il se trouve qu’il faisait assez peu d’épreuves. Son cavalier, que je connais bien, a une grosse structure d’entraînement de chevaux de compétition pour des clients. Il ne savait pas trop quelle était la destination du cheval. Et là j’ai posé la question de savoir si éventuellement, il le vendrait. Ils ont été assez sympas parce que les connaissant, ils m’ont permis de le garder quelques jours à la maison. Au bout de deux jours, j’ai demandé s’il était à vendre parce que j’ai-j’avais une sorte de feeling avec ce cheval-là. Une intuition. Et on l’a gardé pendant deux ans et demi à la maison.
Quel était le projet quand vous l’avez acheté ?
On a débuté l’année de 7 ans en démarrant assez doucement parce qu’il avait fait peu d’épreuves, mais très très vite, on l’a remis dans le circuit des 7 ans. Il a couru le CSI de Compiègne, puis le CSIYH1* de Fontainebleau. Il avait très bien sauté. Après, on a refait des épreuves plus petites pendant la fin d’année. Et puis derrière, c’est ma belle-fille à qui le cheval était destiné au départ. L’idée était que Léa Blanchard puisse le monter dans les grosses épreuves. Mais elle a trouvé que c’était trop de responsabilités, on était pas mal sollicités. Et elle m’a dit : ‘Je ne me sens pas de le monter’. Donc la question s’est posée : est-ce que je le garde ou pas ? Est-ce que je le confie à quelqu’un ? Puis j’ai demandé à Kevin de venir l’essayer.
Comment s’est passé ce premier essai ?
Il s’est tout de suite entendu avec Hermès. Il aimait beaucoup le cheval. Le temps de trouver une organisation et il a finalement effectué toute la fin d’année chez lui, et a enchaîné l’année de huit ans. Le cheval avait quand même peu de métier quand on l’a eu, vraiment peu. Et il a rattrapé sa génération jusqu’à faire assez bien en fin de saison dernière, jusqu’à gagner une épreuve, une 1,50m à barrage à Londres. Il a redémarré cette année, mais on le considère encore comme un cheval avec assez peu d’expérience.
Qu’est-ce qui vous fait croire en lui particulièrement ?
On prend notre temps. Kevin l’aime beaucoup et je pense que ça va être sans doute un cheval d’avenir, mais avec toutes les interrogations qu’on a dans ces cas-là. Je pense qu’il a des moyens, qu’il est respectueux, qu’il est assez intelligent dans la façon de sauter, assez compétitif. Puis après, il faut laisser le temps au temps.

L’avez-vous essayé vous-même ?
Bien sûr, c’est moi qui le travaillais au début quand on l’a récupéré. Et après quand Léa le montait très régulièrement, je le gardais au travail, tout comme l’hiver où Kevin est venu l’essayer. C’était un vrai plaisir. C’était intéressant parce que ça m’a permis d’abord de le connaître très bien, de le travailler vraiment posément. Je ne suis pas dans l’urgence de la compétition. Donc l’idée, c’était de, de pouvoir le mettre sur le plat convenablement, lui faire voir des choses à l’obstacle, mais sans le choquer. Puis il a pris son envol avec Kevin et je suis ravi.
Pourquoi avoir choisi Kevin Staut ?
J’ai toujours gardé un lien particulier vis-à-vis de Kevin, de la période que l’on a passée ensemble. C’était complètement naturel de me rapprocher de lui. Quand je lui ai proposé le cheval, il est venu très vite essayer. Et puis voilà. Maintenant, ils font leur chemin ensemble et c’est bien comme ça.
Vous lui avez confié ou s’agit-il d’un projet commun ?
Nous sommes copropriétaires. Le projet, c’était que ce soit un cheval en commun. Quand j’ai décidé de lui mettre à disposition, je voulais que ce soit aussi son cheval. Donc il en a une par. C’est pour ça que je trouve que c’est un beau projet, c’est quelque chose qui me fait plaisir. C’était soit laisser le cheval faire une carrière seul, soit essayer de poursuivre l’aventure et, et vivre un peu la carrière du cheval. Et je trouve que pour ça, Kevin est la personne idéale parce que je sais qu’on gardera toujours une relation facile, de confiance, sincère. Après, c’est la vie des chevaux, il peut se passer n’importe quoi, mais j’ai une confiance absolue.
Avez-vous rencontré les naisseurs d’Hermès ? (lire notre reportage dans le n°463)
Je les ai vus à Dinard. Nous en avons discuté ensemble. Ils avaient été agréablement surpris que ce soit moi qui m’y intéresse à l’époque parce qu’ils le voyaient peu aux résultats. Cela lui a permis d’avancer dans sa carrière, ce sont des gens adorables. J’ai été reconnaissant de ce qu’ils avaient accompli par leur travail d’éleveurs. Parce que, qu’on le veuille ou non, il faut des propriétaires, mais il faut des éleveurs, il faut des cavaliers, il faut tout un environnement pour qu’un cheval aille bien.
Quel est votre objectif dorénavant alors que nous sommes à une année charnière dans la vie d’Hermès ?
Franchement, il n’y a pas d’objectif. Kevin imagine qu’il va être capable de faire des gros parcours, mais il n’y a pas de pression particulière. Là, il n’a que neuf ans. Je considère qu’il est en retard car il n’a pratiquement pas sauté à quatre, cinq, six ans. Par rapport à d’autres chevaux, il n’a pas vu beaucoup de choses. C’est pour ça que Kevin a voulu en début d’année l’emmener ailleurs. Il a notamment ressauté Helsinki. Mais il y a encore du chemin à parcourir. Kevin choisira en fonction de ce qu’il ressent. L’année dernière, à la fin de la saison, il le mettait en troisième cheval et il choisissait en fonction des épreuves, des événements, de ce qu’il voulait courir avec. Je n’ai pas particulièrement envie que ça aille vite, surtout pas. On lui donne sa chance et ensuite, il nous dira si lui, il en est capable ou pas. Pour le moment, faire un pronostic absolu avec un cheval est impossible.
Vivez-vous d’autres émotions dans ce nouveau rôle ?
C’est autre chose d’avoir un cheval qu’on connaît bien et de le voir évoluer. Mais moi, j’ai beaucoup de plaisir parce que je les sens bien ensemble. Pour moi, c’est une joie vraiment particulière de voir Kevin sur ce cheval que je connais bien. C’est pas le fait qu’il soit à moi. Je ne suis pas propriétaire dans l’âme, mais c’est le fait d’accompagner sa trajectoire. Ça, ça m’amuse bien. Enfin, c’est un vrai plaisir.

Hermès de Vesquerie en détails
Hongre alezan né en 2017 au GAEC de la Vesquerie, de la famille Coulombier (Sartilly Baie Bocage, Manche, Normandie)
par Vigo d’Arsouilles, bwp et Altesse de Vesquerie, sf par Marquis de la Lande, sf
On ne présente plus Vigo d’Arsouilles, Champion du Monde individuel et bronze par équipe aux JEM 2010 de Lexington (USA), fils du grand Nabab de Rêve (Quidam de Revel, sf), lui aussi membre de l’équipe belge aux JEM de Jerez 2002. Vigo est le père notamment de Vagabond de la Pomme, Bingo Del Tondou, Fée de Caryan, ou encore Vida Loca Z.
La mère d’Hermès, Altesse de Vesquerie, fut une bonne gagnante d’abord sous la selle de Jérôme Coulombier puis d’Eugénie Angot jusqu’en CSI2*, ISO 145. Son premier produit Fleuron de Vesquerie (Vagabond de la Pomme, sbs), le 3/4 frère d’Hermès, affiche un ISO 140, tandis que Gambit de Vesquerie (Contendro, holst) a été finaliste à 5 ans. Il s’agit d’une souche trotteur prolifique d’après-guerre, débutée par Camargo (Odessa V, tf) née…en 1946 ! Cette lignée a notamment donné au monde du trot Carus d’Occagnes ITR 166 et étalon, et Atalante L ITR 146. La famille Coulombier a hérité de Flicka, tf (Pont l’Evêque, tf), née chez Gaston Livet, à l’origine d’Ortalide, mère de Tanguy Royal, qualifié en 1’14’’9…puis ISO 143 et finalement exporté !