Vigo Cécé disponible en ICSI
Disparu prématurément à l’âge de six ans, l’étalon Selle Français a laissé une production faible en nombre mais au taux de réussite sportive exceptionnel. Longtemps réclamé par les éleveurs, le fils de Quaprice Boimargot redevient accessible…via la technique de l’ICSI. Un choix mûrement réfléchi par les dirigeants de France Etalons.
L’annonce a fait grand bruit sur les réseaux sociaux et pour cause. Michel Guiot et Denis Hubert, co-dirigeants de France Etalons et vétérinaires, se sont longtemps montrés très réservés quant à l’utilisation de l’ICSI et de la ponction ovocytaire. Mais face à la demande très forte des éleveurs, face aux performances remarquables de sa maigre production, le pas a été franchi. « Les techniques ont beaucoup progressé » admet Maxime Denis, responsable commercial de France Etalons. « Face à la concurrence du marché européen, la méthode a largement évolué. Certains acteurs ont mis au point des techniques moins douloureuses, moins traumatisantes, offrant aux juments davantage de confort. » L’objectif de cette décision : ne pas pratiquer d’ICSI à outrance mais limiter le nombre de sessions. « Nous tenons à ce que Vigo Cécé, tout comme l’ICSI, restent des choses rares et exclusives, car nous voulons maintenir la diversité génétique » explique-t-il. Autre point d’achoppement à l’origine du refus de l’ICSI : le manque de traçabilité observé auparavant. « Il y a eu des dérives avec l’utilisation de paillettes ‘de fond de cuve’. Aujourd’hui, nous pouvons avancer en totale transparence grâce à des partenariats établis avec des laboratoires comme Avantea en Italie, Embryotools en Espagne, Genetech en Grande-Bretagne et Allemagne. »
Une technique en progrès
Jusqu’à présent, deux vétérinaires devaient intervenir lors de la ponction ovocytaire. Désormais, un seul vétérinaire gère l’opération qui ne dure plus qu’une quinzaine de minutes. « Genetech propose également un laboratoire stérile itinérant, ce qui leur permet de se rendre sur le lieu de stationnement des juments » précise Maxime Denis. Un atout supplémentaire pour réduire le stress lié à cet acte chirurgical.
Préserver la génétique
En optant pour cette modalité de commercialisation, France Etalons souhaite faire profiter les éleveurs du patrimoine génétique de Vigo Cécé. « Pour nous, l’ICSI n’est pas adaptée aux jeunes juments car le transfert d’embryons fonctionne très bien sur elles » explique Maxime Denis. « De plus, les risques sont plus élevés lors de la ponction car l’utérus est beaucoup plus tonique. Nous incitons donc les éleveurs à une pratique raisonnée, et à privilégier les juments plus âgées ou présentant des difficultés importantes. » Souvent mise en avant comme méthode permettant d’utiliser des étalons disparus ou plus disponibles en semence fraîche, l’ICSI peut également être vue comme une façon de remettre une génétique passée de mode au goût du jour. « Utiliser de vieux étalons est pour nous contraire au progrès génétique, ils ont fait leur temps. En ce qui concerne Vigo Cécé, il est encore dans les générations actives aujourd’hui, et sa génétique est dans l’air du temps. » En effet, mort à 6 ans seulement, le fils de Quaprice Boimargot n’a pas eu le temps de diffuser son patrimoine.
Des conditions particulières
France Etalons propose Vigo Cécé via deux à trois sessions d’ICSI par centre partenaire et par an. « Les éleveurs vont remplir un formulaire en ligne puis nous centraliserons les demandes et proposerons des dates » explique le représentant de l’étalonnier. La première séance se tiendra dans deux semaines chez Genetech, et les prochaines entre septembre et novembre, période habituelle pour l’ICSI. « Pour bien appréhender l’ICSI, il faut en connaître les tenants et les aboutissants. Elle comporte des avantages mais aussi des risques dont il faut avoir conscience. Pour nous, l’ICSI est une solution de dernier recours. Par ailleurs, on observe que certains spéculent. Ils prélèvent une jeune jument, congèlent les embryons, et avisent si elle est assez douée ou pas. Si elle n’est pas assez bonne dans le sport, ils jettent les embryons, sinon ils les vendent. » L’amélioration de la traçabilité des poulains issus d’ICSI avance dans le bon sens, avec désormais une mention portée dans la base de données du SIRE, mais pas encore sur le livret d’identification. Le progrès est en marche, mais il est encore difficile d’en tirer des enseignements fiables. Avec les premières grosses générations qui arrivent (nées au début des années 2010), nous devrions rapidement en savoir plus.