Djagger Bomb d’Isa, l’âme sœur de Bénédicte Colomba
Sept ans de vie commune sans jamais se fâcher. C’est ainsi que Bénédicte Colomba résume sa relation avec…Djagger Bomb d’Isa, un fils de Diamant de Semilly qui l’a conduite jusqu’à la victoire dans le Critérium de France Hunter Style Elite. Un destin singulier pour un couple très attaché.
Bien qu’amateure, Bénédicte Colomba n’en a que la licence. Car son parcours équestre est tout sauf celui d’une amateure. « Je me suis engagée pour cinq ans dans l’armée après le bac, et après la formation militaire de huit mois à St Maixent, j’ai effectué ma formation militaire spécifique au sein du CSEM de Fontainebleau. Puis j’ai intégré la SEM de Metz » raconte-t-elle. Cavalière avertie, elle choisit de retourner ensuite à la vie civile et embrasse des études d’infirmière. Aujourd’hui infirmière anesthésiste au sein d’un hôpital pédiatrique suisse, elle parvient à ménager quelques moments de liberté pour monter.
Amour de vacances
Après avoir finalement vendu son dernier poulain à l’âge de 4 ans car il ne lui correspondait pas, Bénédicte se met en quête de son nouveau partenaire. « J’ai toujours rêvé d’avoir un fils de Diamant de Semilly » avoue-t-elle. « Ils sont gentils, généreux…et toutes mes copines en avaient ! Un jour, une amie me signale qu’elle en a vu un à vendre sur les réseaux sociaux, alors je me suis renseignée. » Installée à Mulhouse, elle constate que le fameux cheval se trouve…en Vendée ! Ça tombe bien, elle partait justement en vacances à l’Ile-de-Ré ! « Je cherchais un bon papier pour pratiquer un peu de compétition et de loisir, sans prétention particulière » explique-t-elle. « Je n’ai essayé que lui et ça a tout de suite matché. Bai, porteur, gentil, toujours monté par des grands – je mesure 1,82m – il cochait toutes les cases. » L’infirmière organise la visite vétérinaire pendant ses congés et voilà l’affaire conclue.
La révélation
Monté par son éleveuse Fanny Lourdin jusqu’à sa vente, Djagger Bomb d’Isa (Diamant de Semilly, sf et Isa de la Launière, sf par Leprince de Thurin, sf) entre ainsi dans la vie de Bénédicte à l’âge de 6 ans. « J’ai failli l’emmener à la finale SHF Hunter mais il n’était pas prêt » admet-elle. Puis le Covid-19 arrive, repoussant la reprise des épreuves. Le couple reprend la route au printemps 2021. « Djagger est un grand feignant qui fait très bien le strict minimum, un cheval familial, pratique, vraiment sans aucun vice » dit-elle. « En 2024, il était qualifié pour le Championnat Hunter amateur Style 2, et je l’ai confié à une jeune fille qualifiée dont le cheval n’était pas encore opérationnel. Les choses ne se sont pas passées comme prévu. C’est là que j’ai compris qu’il me faisait totalement confiance et qu’il n’était finalement pas si simple que ça. » L’année suivante, l’infirmière décide de sortir en hunter autour de chez elle. « C’est là que j’ai eu le déclic. Je me suis engagée dans le National Hunter de Vittel et il a enchaîné quatre sans faute d’affilée, au point que j’ai basculé en Style Elite le dernier jour » raconte-t-elle. L’expérience se répète à Maisons Laffitte où le duo gagne tout. Deux mois plus tard, Djagger et Bénédicte terminent 2e du Critérium Hunter Style 1 au Mans, avant de finir leur année à Equita Lyon avec la victoire en Style 1 dans le National Hunter FFE.
Maillot jaune
A 13 ans, Djagger Bomb d’Isa a atteint sa pleine maturité. « J’ai décidé cette saison que nous allions nous faire plaisir » avoue-t-elle. Direction le circuit National Hunter FFE catégorie Style ! Le couple enchaîne les étapes, depuis la toute première à Nîmes Costières, en passant par Deauville, Tours Pernay, Royan, Vittel, Niort, Jardy. Un tour de France couronné chaque fois par un podium en Elite, qui les a mené tout droit vers le Critérium Hunter Style du Mans où ils s’imposent devant le regard ému de l’éleveuse de Djagger, Fanny Lourdin. « Je peux dire aujourd’hui que nous avons belle connexion, une vraie complicité avec Djagger. Il cherche à me faire plaisir, c’est vraiment l’aboutissement d’un long travail » confie l’Alsacienne. En bonne ancienne cavalière de concours complet, Bénédicte Colomba sait combien la performance repose sur d’excellentes bases de dressage. « J’alterne les ateliers, entre trotting, galops, plat. Je ne saute presque que chez mon coach Erwan Auffret installé à trente minutes de chez moi, et rencontré lors de mon passage au CSEM. J’ai enfin trouvé un équilibre entre travail et détente, je ne cherche que son bien-être et à entretenir son moral. » En prime, quand son travail l’empêche de venir le voir, deux ‘tatas’ – dixit Bénédicte – sa sœur Pauline ainsi qu’une cavalière, Marine, viennent s’en occuper.
Un cheval normal…pour des sensations pas banales !
Djagger Bomb d’Isa est donc un Selle Français Originel, fils de l’incontournable Diamant de Semilly et d’Isa de la Launière par Leprince de Thurin, sf (Uriel, sf), la jument de coeur de Fanny Lourdin avec qui elle évolua en Grand Prix Amateur. Un ‘papier’ classique…où l’on retrouve une vieille souche manchoise, celle de Roger Mesnage et de son fils Jean-Luc, naisseur à l’affixe ‘Joret’ (d’où Quopac Joret ISO 140, Orlita du Joret ISO 140, Elza du Joret ISO 150, Prenium du Joret Elite à 4 ans, etc.). « J’ai conscience que Djagger n’a pas la qualité de certains chevaux du circuit Hunter » admet-elle. « Beaucoup sont meilleurs que lui sur plein d’aspects…MAIS il évolue toujours au gré des difficultés. Chaque fois que le niveau monte, il hausse le sien sans ciller. C’est assez formidable ! En Hunter, on recherche la belle équitation, pas besoin d’un cheval ultra compétitif, juste bien dressé, ce qui diffère du saut d’obstacles traditionnel ». La victoire au Mans vient récompenser tous les efforts consentis, et notamment les longs voyages à travers l’Hexagone. Pourtant expérimentée, Bénédicte n’était pas rassurée à la veille de l’épreuve. « C’est là que Fanny (Lourdin, l’éleveuse de Djagger, ndlr) m’a envoyé un SMS me disant ‘fais lui confiance !’ ». Résultat : une nouvelle victoire à la clé, rendue possible grâce au soutien de ses premiers supporters, notamment Erwan Auffret, installé à l’Ecurie du Dachsbuhl avec Perrine Mary, et qui, par son discours de vérité, a su mener le couple à franchir les étapes. « J’adore où je suis actuellement, les Ecuries du Rechen, chez Gabrielle et Bernard Pfauwadel, nous pouvons vraiment vivre à notre rythme, et Djagger profite des extérieurs et avoir une vraie vie de cheval » insiste-t-elle. Sans oublier Fanny Lourdin, rencontrée pour la première fois l’an dernier au Mans. « Lors de l’achat, Djagger se trouvait chez une cavalière professionnelle, je ne l’avais donc jamais vue » dit-elle. Désormais, cavalière et éleveuse vibrent à l’unisson. Prochaines étapes : Vierzon, Chazey sur Ain, Lamotte-Beuvron et pour finir Equita Lyon…pour un deuxième titre ?