Benjamin Massié et Alexis Goury, de Saumur à Aix en passant par Le Pin

Xavier Boudon 2 août 2026

En pleine préparation pour les Championnats du Monde, le duo a pris le temps ce week-end de faire un crochet par le Haras national du Pin. Objectif : qualifier chacun un cheval de 7 ans pour le prochain Mondial du Lion. Une semaine sportive, tant à pied qu’à cheval !

Théoriquement, Benjamin et Alexis sont censés être en stage de préparation avec le staff de l’équipe de France…à Saumur, soit environ 200km au sud du Haras national du Pin. Pourtant, ils ont choisi de disputer le CCI3*-S chacun avec un cheval et d’effectuer chaque jour un aller-retour pour rester malgré tout au contact de leurs collègues tricolores. « Le but était de qualifier dès maintenant Joli Coeur de la Baie (Décibel de Talma, sf) pour le Mondial du Lion pour ne pas avoir trop de pression au Championnat de France des 7 ans à Saulieu fin août » explique Benjamin. Même raison évoquée par Alexis Goury, associé à Jeroboam Wal (Vleut, kwpn). « Les deux chevaux ont déjà participé à un 3* mais nous nous sommes loupés tous les deux, alors comme le gasoil n’est pas cher en ce moment… » dit-il en riant, avant de préciser qu’il est obligé de conduire car sa voiture n’est pas assurée pour un second conducteur. « Pendant les trajets, Alexis se repose ! ».

Pour épauler la paire, Benjamin a sollicité Margaux Crouail, elle-aussi cavalière de concours complet. « Elle travaille chez moi et elle avait engagé sa jument dans le 2*. Elle est donc passée prendre nos deux chevaux et s’en est occupée pendant que l’on venait juste pour monter. » Les coéquipiers se rendent au Haras du Pin juste pour monter, reconnaître les parcours de cross et de saut d’obstacles, et repartent au plus vite retrouver leurs partenaires des Mondiaux.

« Le cross tourne beaucoup »

Benjamin Massié a la chance cette année de pouvoir compter sur deux montures prêtes pour les Championnats du Monde. « Mon choix se porte sur Figaro Fonroy (Huppydam des Horts, sf). Jean-Luc (Force, le sélectionneur national, ndlr) me fait confiance car j’ai les deux depuis qu’ils ont 4 ans, je les connais assez bien. Jusqu’à présent, toutes les séances de dressage, de galop se passent très bien. Après un galop samedi, nous irons à La Baule lundi et mardi afin de sauter sur l’herbe. Nous ferons le point sur l’état de forme de chacun et nous choisirons celui qui sera la plus en forme le moment venu. Je pense que Figaro est plus fiable » admet le girondin. Le français a couru à Aix avec quatre montures différentes, Figaro Fonroy, Edition Fonroy, Climaine de Cacao (désormais montée par Victor Levecque) et Filao de Perle (Upsilon, aa). « L’an dernier, je n’ai pas pu courir le cross à cause de cette histoire d’arrêtoir sur les rênes » se rappelle-t-il. « Il avait bien dressé et fait une faute à l’hippique, comme Filao. Ce sera ma cinquième fois. C’est un terrain assez particulier. Il y a un stade, une ambiance. En tant que cavalier, c’est plutôt chouette, ça nous sort de notre zone de confort. Ça montre qu’on est en championnat, qu’il y a plus d’enjeux. Personnellement ça m’aide à être encore plus dedans ».

Plat et tournant

Le terrain de cross, contrairement à d’autres sites, reste relativement plat. « Quand c’est le CCIO4*-S, ils adoptent la distance la plus grande avec 7min de parcours, et ça tourne beaucoup avec un maximum d’efforts. C’est assez physique. Quand je prépare mes chevaux pour Aix, je le fais comme pour un format long car c’est très éprouvant. Cette année, nous n’avons pas de visibilité, et il y a vingt ans lors des derniers JEM, je ne m’y intéressais pas encore. On a l’impression que le chrono ne va pas être facile, que ça va tournicoter, qu’il y aura pas mal de MIMS, des obstacles à soigner et le risque de perdre du temps, un cross tournant et technique. » Malgré ces incertitudes, le quadragénaire reste confiant. « Nous avons une belle équipe, avec tous assez d’expérience pour occuper n’importe quelle place. Bien sûr, Nicolas en a plus que les autres et il est probable qu’il soit en quatrième. Nous avons beaucoup de chance d’avoir un remplaçant de luxe en la personne de Karim qui apporte beaucoup de bonne humeur et d’ambiance. J’ai déjà été dans ce rôle là au Pin et ce n’est pas vraiment facile. Peut-être que c’est pareil pour lui mais il ne le montre pas. »

« Ne pas se couper de la prépa »

Il y a dix ans exactement, l’yvelinois ramenait de Montelibretti, en Italie, deux médailles des Championnats d’Europe jeunes cavaliers, l’or par équipes et le bronze en individuel avec son fidèle Trompe l’Oeil d’Emery (Imprevu de la Cour, sf). Même s’il a disputé depuis deux Championnats d’Europe seniors, dans dix jours, Alexis Goury prendra le départ de son tout premier Championnat du Monde. « J’ai couru Aix une fois en 2019 avec Trompe l’Oeil » se souvient-il. « C’est un lieu mythique pour notre sport, c’est très agréable d’y retourner dans ce contexte là. » Il montera le KWPN Je’vall (Zavall VDL, kwpn) qui réalisa un très bon Championnat d’Europe l’an passé à Blenheim (bronze par équipes, 6e individuel et meilleur français). « Nous y allons sereinement et nous avons tous hâte de réaliser la meilleure performance » dit-il. Présent au Haras du Pin avec Jeroboam Wal dans le CCI3*-S, Alexis Goury est lui-aussi venu se qualifier pour le Mondial du Lion. « Il faut gérer ce week-end sans trop se couper de la préparation pour Aix, rester focus sur l’objectif. Le Mondial reste un objectif secondaire comparé aux Mondiaux. Notre esprit est plus à Saumur qu’au Pin, même si nous faisons de notre mieux. »

« Un vrai cheval de cross »

Contrairement au CHIO traditionnel, le dressage ne se déroulera pas dans le ‘petit stade’ mais sur le terrain d’attelage. « Il y aura sûrement des tribunes, du public, et ce sera sur herbe. C’est aussi pour ça que nous nous préparons à Saumur dans des conditions proches de celles d’Aix. Je’vall est un vrai cheval de cross, c’est SA discipline, il est très fiable. Le terrain ne sera pas forcément le plus pratique pour les gros galopeurs car il y aura beaucoup de virages. Il faudra essayer de ne pas perdre trop d’énergie ni de temps. Il faudra se méfier du parcours. » L’enjeu pour les Bleus est clair : décrocher leur qualification pour Los Angeles 2028 et pouvoir aborder les deux ans à venir sans pression.

Crédit photo à la une: Benjamin Massié, Margaux Crouail et Alexis Goury au Haras national du Pin (photo : Xavier Boudon)