Jean-Marie Canteteau, la Vendée dans le sang

Xavier Boudon 3 août 2026

Dimanche 2 août, en milieu de journée, la triste nouvelle s’est répandue. Jean-Marie Canteteau, 76 ans, a poussé son dernier souffle. L’éleveur, à l’origine des fameux « Pironnière », laisse une trace profonde au sein de l’élevage vendéen et plus largement Selle français. André Bonneau et Vincent Brousseau témoignent de l’impact de ce pilier de l’ASSELVEN.

Beaucoup le savaient malade, mais espéraient une issue plus favorable. Malheureusement, le cœur de Jean-Marie Canteteau s’est arrêté en cette journée d’août après un long et courageux combat, entouré de sa femme Martine, et de ses proches. Les hommages affluent depuis de toute la France. Salué comme un fin éleveur, il était très apprécié par ses pairs pour sa bonne humeur indéfectible et son engagement au sein de la SHR de Sainte-Gemme-La-Plaine. C’est là, lors des concours, qu’il a marqué les esprits. « Nous tenons à rendre hommage à notre grand ami Jean-Marie, cet homme de cheval et de convictions. De son marais natal, et par sa souche enracinée, il a donné naissance à bien des chevaux à succès. Il continuait de produire quelques poulains par an. C’était un grand passionné, amoureux du Selle Français Originel. Plus qu’un visage, c’était un tempérament, un solide gaillard avec son franc parler et des arguments posés » nous a déclaré Vincent Brousseau, président de l’ASSELVEN dont Jean-Marie Canteteau était toujours membre.

Gourmande, bénie des dieux

L’histoire de l’élevage Pironnière est étroitement liée à celle de la famille Bonneau, et d’une certaine Gourmande, une fille du Selle Français Arquebusier (Papy de l’Ile, sf) et de Surprise du Marais (Bois Rouaud, ps) née chez Pierre Trichet, le grand-père de Martine Canteteau, l’épouse de Jean-Marie Canteteau. « Grâce à la famille Trichet-Canteteau, j’ai vécu de belles aventures » se souvient André Bonneau. « Pendant près de dix ans, ils m’ont permis de monter de très bons chevaux. En fait, nous avons commencé à monter en même temps, moi à la SHR de Sainte Hermine, un petit village, et Jean-Marie à celle de Sainte-Gemme-La-Plaine à 10km de sa ferme. C’était la grosse SHR du coin. Ils avaient récupéré 5-6 Arabes Barbes après la guerre d’Algérie et les avaient mis à l’obstacle. Jean-Marie en montait un qui sautait super ! ». Âgé de deux ans de plus qu’André, Jean-Marie Canteteau a suivi une trajectoire différente. « Nous avons été mis à cheval à 9 ans par mon père. A 16 ans, Jean-Marie est parti à l’Ecole du Pin, tandis que moi, ne m’entendant pas avec mon père, j’ai choisi de partir m’installer en région parisienne…je voulais avancer. Et comme mon père m’avait dit un jour ‘l’argent est à Paris !’, pour une fois, j’ai écouté son conseil (rires). »

Une amitié née d’une défaite

Après s’est installé comme professionnel, André Bonneau revenait chaque année à Luçon à l’occasion du concours des 3 ans pour en acheter, les valoriser et les revendre. « Mon père rabattait les chevaux pour moi » raconte-t-il. « A un moment donné, il m’appelle et me dit ‘J’ai vu un bon poulain chez Jean Meunier’. Je lui demande le tarif : 12’000 Francs. On va voir l’éleveur qu’on connaissait bien qui nous indique que le cheval est au box. Je retourne au concours, je lui paie une tournée, et là, il m’annonce 15’000 Francs. Je tente une négociation et je tope à 14’500 Francs. L’après-midi, tous les marchands harcelaient Monsieur Meunier pour lui acheter le cheval, Lys du Marais (Baby Taine, ps), notamment un certain Alfred Lefèvre. Ce jour-là, Lys du Marais a terminé 3e du concours, et La Pironnière a gagné. Le directeur du Haras national de La Roche sur Yon a insisté pour que je le présente au régional du Lion d’Angers un mois plus tard. J’ai accepté à condition de le castrer. Et là, il gagne…et La Pironnière finit 3e. » Pierre Trichet, le naisseur de cette dernière, sur les conseils de son petit gendre Jean-Marie Canteteau, a finalement décidé de confier ses poulains à André…pas rancunier !

Urleven, la rencontre

Attaché à la génétique vendéenne et plus largement au Selle Français, Jean-Marie Canteteau a fait partie des premiers vendéens à faire valoriser ses produits. « Pendant neuf ans, il m’a donc envoyé des chevaux au travail, et notamment la plupart des poulains de Gourmande. J’avais une licence de seconde catégorie, donc quand je sentais que les chevaux avaient un potentiel supérieur, je préférais les laisser partir chez des cavaliers de 1ère catégorie » explique André Bonneau. C’est ainsi qu’un certain Urleven Pironnière (Hurlevent, sf) a atterri chez le frère d’André, Jean-Maurice. « Après avoir eu son CAP de peintre en bâtiment sous la pression de nos parents, Jean-Maurice a fini par se lancer lui aussi dans les chevaux de sport. Un jour il m’appelle et me demande si j’ai des chevaux à vendre. Je lui ai répondu ‘oui, notamment un, c’est un crack’. C’était Urleven Pironnière. Je n’avais sauté aucune barre avec lui, mais il sautait très bien en liberté. Il était à vendre 250’000 Francs. Il m’a répondu ‘Vous êtes fous !’ et il a raccroché. Quinze jours après, il m’a rappelé et m’a avoué qu’il n’en dormait plus…il l’a acheté. » Parmi les produits de Gourmande confiés à André pour valorisation, figurent La Pironnière (Vidoc, aa) ISO 164 à 8 ans, Urleven Pironnière (ISO 181), mais également la fabuleuse Quincy Pironnière, propre sœur d’Urleven, ISO 164, et Manouche (Baby Taine, ps) ISO 145. De nombreux produits ‘Pironnière’ affichent un indice supérieur à 140, et notamment Tchoupi Pironnière (L’Amour du Bois, sf), ISO 150, CSI3* avec Jemma Kirk (GBR), et Epsilone Pironnière (Upsilon, aa) ICC 141, vice-champion des 5 ans de concours complet avec Nicolas Touzaint.

« Un grand Homme »

Installée à une quinzaine de kilomètres, la famille Imbert est elle aussi très liée à la famille Canteteau. « Mon fils Pierre, cavalier professionnel depuis l’âge de 18 ans, montait tous les chevaux de Jean-Marie depuis cinq saisons » explique Christèle, sa maman. En réalité depuis le sacre de Gandor du Fief dans le Championnat SHF des 6 ans en 2022 sous la selle de Pierre. « L’année dernière, il a qualifié deux ‘Pironnière’ pour Fontainebleau, Kamoc Pironnière, un fils d’Upsilon, et Leskise Pironnière, une Starter de Lagache qu’il avait achetée à 3 ans et qui a fini vice-championne des 4 ans. Cette année, si tout va bien, il en montera trois : Leskise dans les 5 ans, Melba, achetée par sa soeur, et Kamoc, toujours propriété de Martine et Jean-Marie. D’ailleurs, Jean-Marie fondait beaucoup de grands espoirs en lui, il a des moyens hors normes. » Au fil des ans, la relation entre Jean-Marie et Pierre s’est renforcée, au point de faire de l’aîné un grand-père de substitution. « Ils entretenaient une relation très forte, ils n’avaient pas besoin de se parler pour se comprendre » confie Christèle. Profondément touché par la disparition de l’éleveur, Pierre Imbert a d’ailleurs publié un message extrêmement touchant sur son profil Facebook : « Il y a des Hommes qui nous marquent par leur bienveillance, leur fidélité, leur loyauté et leur amour. C’est un grand Homme, de cheval mais pas seulement qui nous a quitté samedi. Un ami, un membre de notre famille, une personne honnête qui a toujours tout donné, pour sa famille, pour ses chevaux, pour ses terres et pour faire perdurer l’élevage de la Pironniere. J’ai eu la chance de pouvoir compter sur Jean-Jean à mes côtés, j’avais sa confiance et il avait mon respect. Le quotidien ne sera plus le même, sa voix, sa présence, sa personnalité, tout ce qu’il était nous manquera… Merci pour toutes ces belles années, tous ces souvenirs que tu nous laisses.« 

S’il disparaît, l’héritage de Jean-Marie Canteteau perdure grâce à son épouse Martine et sa fille Mélanie, à qui la rédaction adresse, ainsi qu’à tous ses proches, toutes nos plus sincères pensées.

Celles et ceux qui souhaitent lui rendre un dernier hommage peuvent se recueillir à partir du lundi 3 août à 15h, au funérarium Mollé de Luçon. La messe en son hommage sera célébrée le jeudi 6 août à 15h en l’église de Champagné-les-Marais (85).

Crédit photo à la une: Jean-Marie Canteteau et son épouse Martine (photo : Judith's Art)