L’Ecurie active, un concept qui s’installe
mardi 31 décembre 2019

Ecurie de Lisors
Vue aérienne de l’écurie active de Lisors. © Ecurie de Lisors

Arnaud Lallemand est l’expert des écuries actives au sein de la société Horse-Stop qui est importateur du concept de l’écurie active imaginée par la société HIT en Allemagne. Rencontre avec ce spécialiste qui développe ce nouveau mode d’hébergement des chevaux en France.

Quelles sont vos compétences et attributions au sein d’Horse-Stop ?

Arnaud Lallemand : Je suis expert en aménagement équestre depuis 2014. J’ai intégré Horse-Stop au moment du partenariat avec la société HIT pour développer l’importation du concept de l’écurie active. A l’époque, il n’y avait que deux écuries actives en France. La première a été réalisée chez Brigitte Benoit, Equilibre 40, en 2009 dans les Landes. Je m’occupe de l’agencement, de l’ingénierie, de la conception d’écurie active et aussi d’écurie traditionnelle. Avec mon DU d’éthologie équine j’apporte ma touche bien-être pour le cheval. Mon expertise équestre se porte d’abord sur les sols. J’ai une formation d’ingénieur en techniques agricoles à Dijon, un BTS productions animales. Auparavant, j’ai principalement travaillé sur les carrières, les clôtures équestres et l’ingénierie équestre.

Expliquez-nous l’historique et le concept des écuries actives ?

A. L. : Cela date d’une vingtaine d’années. En 1991, le docteur Thorsten Hinrichs finissait ses études d’ingénieur agronome dans une boite d’automate pour l’alimentation et propose un système d’hébergement en groupe mais cette société n’y croyait pas. Alors, il a monté sa propre entreprise, HIT. L’idée de l’écurie active est née dans la tête de cet Allemand qui élevait des Holsteiner et des Connemara ensemble en troupeau et qui avaient besoin d’individualiser l’alimentation. Ainsi, le concept de l’écurie active est né pour répondre à cette manière de gérer les chevaux en groupe, en individualisant la ration, sur des sols techniques pour éviter le piétinement, en permettant un curage mécanique facile et un agencement sur des surfaces restreintes. Ce sont ses vingt années d’expérience qui ont permis de mettre en place les recommandations. En résumé, le concept de l’écurie active c’est : un ensemble de solutions techniques pour des chevaux en groupe qui passe par des automates pour individualiser et fractionner l’alimentation ; un agencement de l’espace qui permet par la répartition judicieuse des centres d’intérêts comme l’abreuvement, l’accès au foin, de générer du mouvement. C’est la solution à la promiscuité pour des chevaux en troupeau. Dans l’écurie active, le mouvement génère le calme. Mon but c’est de rechercher ce mouvement calme, ce qui correspond aux indicateurs de bien-être, un état d’attention calme. L’automatisation de l’alimentation n’est pas là pour remplacer la main d’œuvre mais pour individualiser et fractionner l’alimentation et enlève la contrainte des horaires. Concevoir une écurie active, cela ne s’improvise pas, il faut se faire accompagner.

Quels sont les points forts de l’écurie active ?

A. L. : C’est d’abord de se recentrer sur le bien-être du cheval. Il y a aussi la facilité de travail du responsable de l’écurie par les automates, la mécanisation et le fait d’avoir un point de vue rapide et constant du troupeau.

Quels sont les points faibles de l’écurie active ?

A. L. : Le préalable, c’est d’avoir un troupeau de chevaux assez stable. Ce système n’est pas possible si les chevaux changent souvent. Pour que cela fonctionne l’écurie active ne suffit pas, il faut la compétence d’un homme de cheval. Il faut prendre le temps d’observer finement le troupeau. On passe à une compétence de « berger de chevaux » comme à l’écurie de Lisors en Normandie. La compétence du gestionnaire des chevaux est capitale. Il faut savoir moduler le fonctionnement des automates par rapport aux besoins physiologiques des individus et aux besoins de sécurité dans le groupe par affinités.

Comment ont évolué les projets d’écuries actives ?

A. L. : Au début, les deux tiers des projets d’écuries actives étaient pour les chevaux à la retraite. Maintenant, on voit des projets mis en place même pour des chevaux au travail, des chevaux d’instruction, des chevaux de concours. La dernière écurie active a été réalisée à Tours pour de la valorisation de jeunes chevaux. Les mentalités évoluent par rapport à l’usage de l’écurie active. Dès le début, il y a eu des projets avec des réalisations simples et d’autres plus techniques. Nous nous adaptons en fonction de l’activité du client, mais nous ne sommes pas dans une logique où il faut tout automatiser.

Quels sont les profils les plus intéressés par l’écurie active ?

A. L. : Il y a une différence entre ceux qui créent une écurie active et les clients de l’écurie active. En France, 80 % des écuries actives sont des pensions, 20% font de l’instruction et 0,5% de l’élevage. Il y a un gros engouement chez les jeunes. La moitié des gens qui m’appellent pour un projet ont moins de 35 ans. Et en général, les gens qui réalisent une écurie active ont entre 35 et 40 ans. Il y a aussi des agriculteurs qui veulent se diversifier avec un atelier pension équine, mais qui tiquent sur l’hébergement en boxes. Ils préfèrent la gestion en troupeau. Ils ont le foncier et le matériel. C’est différent dans le milieu du cheval où il y a un problème de foncier car un problème pour accéder au crédit. Les clients d’écurie active sont très focalisés sur la relation au cheval, l’approche du bien-être. Ils sont plus cheval centré qu’anthropomorphistes. Le confort c’est le cheval en groupe avec un libre accès à toutes les ressources. Ils sont plutôt une pratique de loisirs ou de compétition amateur. On voit toujours des Frisons dans une écurie active.

Quelles sont les perspectives au-delà de l’écurie active ?

A. L. : Au-delà de l’écurie active, l’idée c’est de créer des infrastructures équestres permettant le bien-être du cheval et de l’humain et leur permettre d’interagir. Le challenge c’est comment. L’écurie active continue de progresser par rapport à l’agencement. Dans la même dynamique, on aimerait que dans les hébergements individuels, on puisse ouvrir les portes des boxes pour laisser au cheval le choix d’entrer et de sortir et d'avoir une alimentation qui respecte sa physiologie. Quand, on regarde le nombre d’écuries actives, l’évolution est croissante puisqu’on en dénombre aujourd’hui une vingtaine. Le développement est crescendo, nous réalisons deux à trois plans par mois. Mais, en Allemagne, il y a plus d’écuries actives que d’écuries traditionnelles. En 2018, il y en a eu plus de 800.