La vocation d’Ariane Lefebvre : architecte équestre
mardi 29 octobre 2019

Ariane Lefebvre
Ariane Lefebvre devant les maquettes sur les écuries du futur présentées à La Cense. © Claude Bigeon

Cavalière depuis son plus jeune âge, Ariane Lefebvre fait partie des très rares architectes équestres de France. Jeune diplômée de l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Paris Malaquais (ENSA PM), elle exerce ses compétences dans une société qui s’investit beaucoup dans l’habitat des chevaux, Horse Stop. Retour sur la passion et le parcours de cette jeune femme de 24 ans.

L’Eperon : De quand date votre envie de travailler sur les écuries ?

Ariane Lefebvre : A 5 ans, je dessinais des boxes à plat pour les poneys du poney-club où je montais. A l’époque je voulais être monitrice. Puis un stage de troisième dans une agence d’architecture a tracé ma voie vers l’architecture. Quand, je suis entrée en école d’architecture, ma démarche de lier ma passion des chevaux à un travail sur les écuries a plu. Au cours de mes études d’architecture, j’ai réussi à avoir toujours un lien avec les animaux.

Quels débouchés professionnels envisagiez-vous quand vous avez débuté vos études d’architecture ?

Je voulais être architecte pour les chevaux, mais j’avais aussi un intérêt pluridisciplinaire. Je m’intéresse à tous les aspects de l’architecture. L’architecture humaine donne un autre regard sur l’architecture équestre. J’avais aussi l’envie d’avoir ma propre agence et m’occuper de la partie cheval.

De quand date votre intérêt pour les écuries actives ?

Du collège. Je profitais de mon temps libre pour dessiner des écuries. Je passais beaucoup de temps à faire des recherches, c’est comme cela que j’ai découvert le concept des écuries actives en Allemagne, vers 2011, avant qu’il n’arrive en France. Dans l’architecture classique, les écuries traditionnelles, celles qu’on trouve dans les châteaux, n’avaient pas de lien avec le bien-être des chevaux. En étudiant les écuries actives, c’était un moyen de critiquer l’écurie traditionnelle et de découvrir une ouverture d’esprit. 

Comment rentrez-vous en contact avec Horse Stop ?

J’ai contacté la société Horse Stop via leur site internet fin 2016 en leur disant que je faisais un mémoire sur l’architecture des écuries actives et que je souhaitais obtenir un plan d’écurie active et interviewer un spécialiste chez Horse Stop. Puis, je suis restée en contact avec eux. Ainsi je leur ai envoyé mon mémoire de recherche intitulé « Ecuries actives à cheval sur le numérique ». Puis, j’ai poursuivi mon mémoire de diplôme intitulé « Perspectives équines, plaidoyer pour une architecture equinocentrée ». En parallèle de mon diplôme, j’ai fais mon stage dans une agence parisienne d’architecture durant l’été 2017, et après mon diplôme d’architecte j’y ai été embauchée. Mais, je n’y suis restée qu’un an car les projets sur lesquels je travaillais ne me passionnaient pas. C’est comme cela que j’ai recontacté Horse Stop. J’ai démarré avec eux en avril 2019. Je crois que c’est la meilleure décision de ma vie, mais il fallait que je quitte tout pour aller à Valence.

Quel est l’intitulé de votre poste et en quoi consiste votre travail ?

Je suis architecte équestre. J’ai été embauchée pour travailler sur le projet des nouveaux bureaux du siège social d’Horse Stop sur le thème du cheval, la refonte de la charte graphique, sur les écuries actives avec Arnaud Lallemand, le projet de constructions en bois…

Comment avez-vous amené une touche cheval dans les bureaux ?

A travers différents thèmes, le pré pour l’espace détente, la grange dans la cafétéria, l’écurie dans les bureaux. Et aussi différents moyens, comme de l’herbe artificielle au sol, des tabourets en selle de cheval, la vitrophanie (dessins incrustés dans le verre, ndlr) dans les cloisons intérieures, des logos sur sanitaires cavaliers et cavalières… A l’extérieur, des chevaux découpés dans le métal sont installés à l’entrée de l’entreprise.

En quoi consiste votre travail avec Arnaud Lallemand sur les écuries actives ?

Pour l’instant j’interviens sur la forme des rendus. Arnaud fait la visite et la proposition. Et nous échangeons sur le projet. J’apporte mon regard d’architecte en intégrant le projet dans l’existant. Je ne suis arrivée qu’en avril, mais, je suis de plus en plus intégrée dans la conception.

Comment vous voyez-vous évoluer ?

J’aimerai être plus impliquée dans la conception des écuries actives et aller sur les chantiers.

Comment ressentez-vous l’impact des écuries actives dans le milieu du cheval ?

A l’époque de mon mémoire, il n’y avait que cinq écuries actives. Aujourd’hui, il y a moins de rejets. Il y en a plus de vingt actuellement. En trois, quatre ans, elles se sont multipliées par trois. Les mentalités évoluent. En France, les gens pensent que l’utilisation de la machine déshumanise. Alors qu’au contraire cela rend une écurie plus « cheval ».

Vous étiez présente aux Rencontres de la Cense fin septembre avec des maquettes d’écuries actives et de boxes aménagés avec des paddocks attenants. Comment a réagi le public ?

La maquette qui a le plus plu était celle du barn transformé, c’est-à-dire d’un barn modifié dans l’esprit du développement durable, du bien-être du cheval et des cavaliers. A côté du barn, il y a des boxes ouverts sur des paddocks individuels et de l’autre côté une stabulation libre. Les personnes qui sont venues voir les maquettes sont venues avec des projets et la curiosité. Elles étaient plus intéressées par cette proposition que celle de l’écurie active.