T de T : l’innovation pour tous
mardi 26 novembre 2019

François Narbonne
François Narbonne, un vrai passionné d’innovation, ici, dans son entrepôt de Magny-les-Hameaux. © Claude Bigeon

Nominée aux Trophées de l’innovation de la SPOGA en octobre 2019 pour son bridon à pont, T de T, marque lancée par François Narbonne en 1997 joue toujours la carte de l’innovation. C’est la motivation de son créateur. Rencontre avec un entrepreneur passionné.

L’Eperon : Quel a été votre cursus et votre parcours professionnel ?

François Narbonne : Après une Prépa HEC, j’ai fait une école de commerce, l’ISG, mais j’avais déjà monté ma première boite à 16 ans. J’étais DJ dans des soirées à Versailles et Paris pendant 5, 6 ans. Passionné par le sport, j’ai pratiqué le hand, la natation et le ski, mais c’est en voile, en dériver 420 que j’ai évolué à haut niveau entre 1978 et 1983. J’ai participé à des étapes coupes du monde et aussi la préparation olympique pour les J.O. de Los Angeles. Même, si j’avais un peu côtoyé les ânes dans mon enfance, j’ai commencé à cheval sur le tard à 28 ans chez Vincent Jenaud à Orcemont. C’était la méthode à l’ancienne avec des grosses séances de mise en selle. Professionnellement, j’ai vécu les débuts de l’informatique dans les années 80. J’ai démarré dans l’informatique médicale, des assurances puis chez Digital Equipement

Comment est née T de T ? Quelle était votre idée à l’origine ?

J’ai arrêté de travailler dans l’informatique vers 1996-97. J’avais alors envie de monter une structure équestre ou de commercialiser des produits équestres. En 1996, j’invente mon premier produit, un revêtement grip pour les rênes. En fait, j’ai transposé le grip qui était utilisé sur le wishbone des planches à voile, avec l’aide de Nautix. Puis, après j’ai mis au point des gants pour avoir plus de sensation avec ces rênes. A l’époque c’était un Taïwanais qui me les avait fabriqués. L’idée de T de T, c’est de proposer des produits équestres plus modernes, plus innovants. Je suis très bricoleur : depuis toujours, j’adore démonter pour comprendre le mécanisme. Mais, je n’étais pas assez bon en maths pour faire une école d’ingénieur. J’ai créé T de T en 1997, à l’origine avec un artisan sellier puis finalement tout seul assez vite. Au départ j’ai fabriqué moi-même pendant deux à trois ans, des rênes grip et des cravaches réglables. A cette époque j’allais beaucoup sur les salons, en Angleterre, en Allemagne, à Dubaï aux Etats-Unis.

Comment s’est passée développement de la marque. Y a–t-il eu une évolution de vos cibles ?

A partir de 2000, j’ai commencé à faire fabriquer en Asie, à Taïwan et en Chine puis après en Inde et au Pakistan. Mais, j’ai aussi quelques matériaux produits en France comme le Biotack. Mon développement a toujours été basé sur l’innovation. Ainsi, j’ai proposé des sangles, de la briderie, des couvertures techniques. Mes innovations les plus marquantes sont les grip rênes, la couverture stretch neck et des étriers qui facilitent la flexion de la cheville. Ma dernière innovation, c’est un bridon à ponts et interfaces entre la têtière et les autres parties. 

Ma cible a évolué. Au départ j’étais parti sur des produits très chers, très haut de gamme. Depuis 2005-2007, l’idée c’est de proposer des produits qui soient accessibles au plus grand nombre, des produits techniques au juste prix. J’avais besoin d’être en phase avec moi-même. 

Quelles difficultés rencontrez-vous dans la fabrication ? Et dans la commercialisation ?

Le problème, c’est le développement à distance, avec des usines qui sont éloignées. Mais, les nouvelles technologies de communication facilitent les choses. J’ai besoin de maintenir la qualité de mes approvisionnements. Si je rencontre un problème, j’achète alors moi-même mes matières premières.

Décathlon est devenu une grosse concurrence. Le problème c’est aussi la copie. Aujourd’hui, les selliers indépendants qui sont mes revendeurs ont quasiment abandonnés le cavalier de club et misent plus sur des cavaliers qui tournent en compétition et ceux qui ont des pratiques équestres nécessitant un équipement de qualité. Aujourd’hui, T de T, c’est six personnes pour la préparation de commande, la facturation, le marketing et la comptabilité et 200 produits différents spécialisés dans l’équipement technique du cheval et du cavalier. 

Quel sera l’avenir de T de T ?

D’ici un an à un an et demi, j’aimerai trouver un repreneur qui ait les mêmes envies de poursuivre l’aventure de T de T. Alors, je pourrai remonter à cheval sérieusement et sortir en concours hippique même si je préfèrerais le complet.