Eric Livenais : « Il faut faire des séances courtes, jusqu'à ce que le cheval ait compris par lui-même »
jeudi 18 février 2021

Saut en liberté
L'exercice du saut en liberté permet au jeune cheval de se concentrer uniquement sur ses sauts, sans avoir également à gérer la présence d'un cavalier sur son dos. © Coll.

Pour la troisième année, l'écurie de Bois Joli située à Vallabrègues (30) accueille les participants aux stages de saut en liberté mis en place par le Syndicat des Éleveurs de chevaux de selle et poneys du Midi Méditerranéen (SEMIME PACA) et animés par Eric Livenais. Cette année, 300 chevaux vont profiter de l'expérience de celui qui est surtout connu du grand public équitant pour son rôle lors des ventes Fences.

Eric Livenais anime depuis longtemps les sessions de saut en liberté en région Provence-Alpes-Côte-d’Azur. Une formation qui bénéficie d'un financement VIVEA (FASTEA pour les salariés) et qui est aussi accessible aux Languedociens sous réserve d'une petite contribution. En 2019, le SEMIME PACA a délocalisé ces stages à l'écurie de Bois Joli dans les installations de Jil Benedetto et Jonathan Rouvière. Et ces réunions connaissent un succès grandissant : ce ne sont pas moins de 300 chevaux qui sont passés par Vallabrègues cette année. « Je dois refuser du monde à chaque session », commente Jonathan. En 2021, le nombre de journées a été augmenté pour répondre aux demandes. La session de mars est d’ores et déjà complète et une date sera peut être ajoutée en avril.* L'expérience, la notoriété, la compétence et le charisme de l'animateur alliés au confort, à la technicité des installations avec une convivialité qui demeure bien que les stages se soient beaucoup professionnalisés, font de ces événements des moments privilégiés pour les participants.

On gagne du temps en prenant son temps

Le saut en liberté peut être bénéfique aux chevaux de tout âge. Si les formations sont surtout à destination de jeunes, certains sont déjà montés voire sortis en concours. « Lorsque le jeune cheval saute en liberté, il n'a plus à gérer le problème du cavalier sur son dos, précise Eric Livenais. Lorsqu’il constate la différence, s'ensuit une remise en question et le cheval comprend qu'il faut toujours en faire le moins possible. De plus, le cavalier transmet ses émotions à son cheval qui pourra mieux se concentrer sur les sauts sans sa présence sur son dos. Il est important d'instaurer un climat de confiance. » Selon Eric Livenais, ces exercices peuvent être entrepris dès l’âge de deux ans, en règle générale. Néanmoins, « tout dépend de la constitution du cheval. Il faut faire attention aux articulations de devant. Il est toujours recommandé de faire un travail progressif », souligne-t-il.

Mais le plus important reste, selon Eric Livenais, l'état d'esprit à acquérir. « Il faut prendre le temps d'aller lentement, l’écueil principal étant de vouloir aller trop vite. Faire des séances courtes, répéter, encore et encore, jusqu'à ce que le cheval ait compris par lui-même ce que l'on attendait de lui et prenne confiance en lui. Il ne faut surtout pas faire franchir pour faire franchir. Nous sommes dans une évolution qui tend à faire comprendre aux chevaux ce que l'on attend d'eux. » Le confort du cheval est également un élément des plus importants : « plus cela est facile pour lui, plus il le fera volontiers », insiste-t-il. La séance est ainsi réussie uniquement si l’on a obtenu ce que l'on voulait sans attaquer l'intégrité du cheval. Pour cela, il est donc primordial d’éviter le saut de trop : si le cheval montre des signes de fatigue il est préférable de ne pas aller trop loin et s'il en a assez, il vaut mieux faire plusieurs petites séances dans la journée qu'une séance trop longue, et ne pas trop en demander.

Les conseils de base

Le début de la formation ne demande pas de prérequis : certains arrivent en sachant à peine marcher en licol. Deux thèses s'opposent tout aussi valables l'une que l'autre : si la première séance a lieu en extérieur le cheval subit en plus un nouvel environnement, un transport, un stress néfaste. Mais par ailleurs, il est mieux que les choses soient réalisées par une personne plus expérimentée pour être sûr que ce soit bien fait.

Lors des séances, chaque dispositif est adapté au cheval et à son niveau. « Un cheval qui a tendance à aller trop vite, je vais faire en sorte de le ralentir, je repère les endroits où il cherche à accélérer », explique Eric Livenais. Néanmoins, quelques rituels sont à appliquer pour tous : marcher les chevaux en main dans le dispositif en début et en fin de séance, caresser après un bon passage, ne jamais bousculer et laisser réfléchir.

Eric Livenais donne également des conseils à la fin de chaque séance pour la poursuite du travail, avec des termes récurrents : prendre le temps d'expliquer aux chevaux, avoir la tête avant d'avoir le corps et adapter l'environnement. Concernant ce dernier point, il faut encadrer le « rond » - dans un manège ou un rond d'havrincourt - côté intérieur, d'autant plus lorsque l’on est peu nombreux pour encadrer. Lors de ces stages, les participants apportent leur aide tout au long de la journée.

Outre la dimension même de l’apprentissage du saut d’obstacle, beaucoup veulent apprendre à sauter en liberté à leurs chevaux pour les monter, les présenter à des acheteurs ou encore les emmener en concours. Ce qui est aussi une façon de les tester. Et c'est ce qui est souvent demandé à Eric. « Je peux juger du potentiel d'un cheval au vu de ses sauts en liberté mais il y a ensuite l'effet milieu et l'utilisation qui en sera faite », souligne-t-il.

*Renseignements et réservations Jonathan Rouvière : 06 27 48 44 25

En mars, Laurent Elias animera un stage SHF à l'écurie de Bois Joli.