On a testé pour vous : un stage avec Thibaut Vallette
vendredi 26 février 2021

Stage  Thibaut Vallette
Les 7 et 8 février, Thibaut Vallette animait un stage organisé au Haras des Martinières, dans l'Yonne (89). © Coll.

Les 7 et 8 février, Thibaut Vallette donnait un stage aux Haras des Martinières (89). Accessible pour tous les niveaux, le stage se déclinait sur une ou deux journées, à raison d’une séance de dressage et une à l’obstacle chaque jour. Sur le plat, le champion olympique de Rio s’attache, comme de nombreux cavaliers, à améliorer toujours un peu plus les bases : relâchement, régularité des allures et rectitude sont ses maitres-mots.

Nous sommes déjà en train de marcher tranquillement rênes longues dans le manège lorsque Thibaut arrive. Après une présentation rapide des couples en présence (trois en tout), le coach du jour nous demande de nous remettre au pas et de profiter de ces premiers moments pour établir une connexion avec nos chevaux. « Il s’agit du réveil du cheval et du cavalier. Aucun intérêt, durant ces premières minutes, à chercher une attitude particulière. En revanche, c’est le moment parfait pour commencer à les mobiliser un peu : cherchez à passer des transitions arrêt-pas et pas-arrêt, à bouger un peu les épaules, un peu les hanches. Concentrez-vous également sur votre position et vos actions, le pas est une allure idéale pour régler certains défauts ! ». 

L’échelle de progression

Nous commençons à mettre en application ces premiers conseils et Thibaut en profite pour un petit rappel théorique sur l’échelle de progression qui mène au rassembler. Qualité de l’allure, souplesse et décontraction, qualité du contact, impulsion, rectitude… Instinctivement, on s’attache à comparer chaque étape avec le pas que nous avons. « Qualité de l’allure ? J’ai quatre temps, bien défini, et un cheval qui s’attache à bien poser ses quatre membres, c’est bon. Ensuite, souplesse et décontraction ? ». Je sens quelques résistances  à main droite quand il s’agit de déplacer les hanches. « OK, donc là je peux encore améliorer les choses ! ». Et ainsi de suite jusqu’à arriver à la rectitude. Avouons-le, à la fin de la détente au pas, la jument et moi étions loin de remplir parfaitement tous les critères de l’échelle de progression (imposssible de corriger tous les défauts en si peu de temps), mais je suis agréablement surprise par la qualité de mon allure. Arsouille a 11 ans mais reste une jument avec beaucoup d’influx et très sensible, notamment aux changements d’environnement. Le travail en manège peut parfois s’avérer un peu compliqué si tant est qu’il y ait un peu  d’activité de l’autre côté du pare-botte boudants les tribunes. Finalement, le cadre posé par l’échelle de progression me permet d’attaquer la détente au trot avec une jument  ultra disponible mentalement et bien déverrouillée physiquement. 

Au trot, rebelotte : Thibaut attache une grande importance à la régularité de l’allure. « Vous avez une allure de référence, le cheval ne doit jamais de lui même accélérer ou ralentir. Vous devez veiller à ce que les diagonaux se posent toujours de la même manière, au même rythme, à la même cadence ». Et pour obtenir cette régularité, là encore, le champion olympique nous incite à mobiliser nos chevaux : transitions, alternance de courbes et de lignes droites, travail sur une volte à réduire ou agrandir… « Au début, il ne faut pas s’émouvoir de ne pas obtenir tout de suite ce que l’on demande. Nous sommes encore au stade de la détente, le cheval doit d’abord comprendre ce que vous attendez de lui, puis mettre en place son corps pour répondre à votre demande. Vous aviez imaginé une transition au pas en X et vous l’obtenez trois mètres plus loin ? Ce n’est pas grave, ne vous tendez pas, recommencez seulement l’exercice jusqu’à obtenir une réponse qui vous satisfasse ». Au trot, Thibaut nous incite à bien vérifier le contrôle latéral de nos  chevaux. « Sur un cercle de référence, amusez vous à agrandir la volte, puis la rétrécir, puis revenir au cercle de référence, etc… C’est une excellent travail pour vérifier que le cheval peut modifier son équilibre latéral. Et si vous vous attachez à garder de l’impulsion au moment de rétrécir le cercle, vous commencer également à modifier l’équilibre longitudinal du cheval, qui reporte du poids sur les hanches ». 

La rectitude pour aborder le rassembler

Pour l’instant, Thibaut ne nous a parlé à aucun moment de l’attitude de nos chevaux. Mais le travail de mobilisation effectué depuis près de vingt minutes nous permet à tous d’obtenir des chevaux avec une attitude juste : ils sont tendus sur les deux rênes, poussent de manière égale sur les deux postérieurs et sont très à l’écoute. Des conditions idéales pour passer au galop, allure à laquelle Thibaut insiste encore une fois sur les transitions et l’alternance de travail sur le cercle et de ligne droite. Sans grande surprise, la majorité d’entre nous manquons de rectitude sur la ligne droite, les hanches rentrant un peu en piste intérieure. « Là on est typiquement sur un problème de rectitude ! Sans rectitude, pas d’abaissement des hanches. Or la rectitude, c’est avant tout la capacité  du couple à remettre le garot devant les hanches ou les hanches derrière le garot. En l’occurence, vos chevaux ont les hanches à l’intérieur naturellement, il sera donc plus aisé pour vous de ramener le garot devant les hanches que de vous battre à pousser les hanches à l’extérieur, ce qui n’est pas naturel pour eux ».

Thibaut nous invite donc à nous installer sur un cercle avec un galop confortable pour chaque couple, puis à marcher large sur la piste et à chercher à pousser les épaules vers l’intérieur grâce à un léger pli vers l’extérieur. « C’est mécanique », rappelle-t-il, « en amenant le bout du nez à droite, vous poussez les épaules à gauche. Attention par contre à ne pas tirer pour obtenir un pli, vous ne feriez que bloquer le balancier et le fonctionnement de votre cheval. ». D’où l’importance du travail latéral sur le cercle afin d’avoir un cheval capable de « naviguer » latéralement entre le couloir  de rênes et le couloir des jambes. Premier essai, je prends la piste avec un galop cadencé, je demande le pli extérieur… Arsouille repasse au trot. « Ce n'est pas grave, retrouve un trot de qualité, repars au galop, et recommence. Elle a cru que tu voulais la contrôler sur la rêne extérieure. Cherche plus de moelleux dans ta demande, il faut que tu aies envie de bouger le bout du nez en maintenant la mise en avant ». La deuxième tentative est la bonne... ou presque ! Les épaules de la jument quittent la piste jusqu’à arriver sur la ligne du quart. Au moment ou les hanches sont dans l’alignement des épaules, Thibaut me demande de marcher droit. Mauvais réflexe, je ferme la porte à l’intérieur avec ma main. Encore une fois, la jument transitionne au  trot. « La cession ne s’arrete jamais sur la main, toujours sur la jambe. Pousse tes épaules à l’intérieur avec tes aides éxtérieures, puis quand tu veux repartir droit, c’est ta jambe intérieure qui arrête le mouvement latéral et renvoie vers l’avant ». Troisième essai, et c’est cette fois une réussite. Nous répétons l’exercice jusqu’à obtenir des cessions au galop fluides, et sans rupture de mouvement, ce qui nous permet de remettre à volonté en ligne droite les épaules devant nos hanches. Rien n’est parfait, évidemment,  mais nous nous rapprochons de la rectitude avec à la clé des chevaux qui fonctionnent bien, utilisent leur dos et nous portent correctement. « Bien, on va pouvoir commencer à abaisser les hanches! », se réjouit le coach. 

Là encore, le point de départ est un cercle au galop. « A volonté, sur le cercle, rentrez les hanches de votre cheval. Utilisez bien votre jambe extérieure et contrôlez le mouvement des épaules sur votre rêne intérieure ». Je suis assez surprise, mais grâce à tout le travail préliminaire, Arsouille exécute très bien l’exercice. « Bien, la jument a l’air confortable dans l’exercice, tu peux lui demander plus. Rétrécis ton cercle, relève un peu le bout du nez… Non pas, avec tes mains ! Avec ton corps. Exagère, redresse toi plus, assieds toi encore plus profondément dans ta selle. Monte un peu tes mains mais aie toujours envie de les avancer. Et la jambe, pour garder de l’activité, la jument commence à sortir de sa zone de confort, aide la plus ! ». Une fois le bon galop obtenu sur une volte d’environ 10m, Thibaut me demande de rentrer les hanches. C’est un peu heurté, et je perds clairement en décontraction et qualité du contact, mais il y a de l’idée. « Elle a compris, et elle essaye. Agrandis ton cercle, cherche à descendre le bout du nez tout en restant au galop, c’est ça sa récompense : retrouver du confort dans une attitude qui lui convient. Une fois qu’elle a soufflé, tu te remets sur une volte plus petite et tu recommences ». Je répète l’exercice plusieurs fois à chaque main. A chaque passage, la jument abaisse un peu plus ses hanches et relève son encolure tout en acceptant plus facilement de se  « fermer » devant, jusqu’à obtenir quelques foulées idéales : je sens le garot monter à chaque battue, la jument se propulse d’avantage vers le haut et surtout, elle arrive à le faire avec la nuque remontée tout en gardant un contact souple dans la bouche. « Super, allez, laisse la souffler un peu au pas et trotte la gentiment pour l’étirer et éviter les courbatures. Essayer de réfléchir un peu à tout le travail qu’on a fait sur le plat, on repartira sur la rectitude cet après-midi à l’obstacle ! »  

Rendez-vous prochainement sur leperon.fr pour la deuxième partie de ce « On a testé pour vous » réservé à la séance sur les barres.