Dopage et sports équestres
mercredi 10 juillet 2019

Illustration vétérianire controle anti dopage
La notion de dopage est définie dans le code du sport en France et elle inclut l’administration d’une substance, mais également l’application de tous procédés dans l’objectif de modifier la performance. © Scoopdyga

L’Institut de droit équin (IDE) organisait une journée professionnelle dédiée à l’actualité juridique en droit équin le 8 juillet à Paris. La question du dopage et des sports équestres a été présentée par Maître Lauren Sigler, une spécialiste du droit équin, également cavalière amateur. Interview.

L’Eperon : Comment définit-on la notion de dopage ?

Lauren Sigler : La notion de dopage est définie dans le code du sport en France et elle inclut l’administration d’une substance, mais également l’application de tous procédés dans l’objectif de modifier la performance. Et cette notion concerne tous les cavaliers quel que soit le niveau de compétition.

Quelle est l’actualité concernant le dopage et les sports équestres ?

Il y a une évolution de la notion du dopage, du moins par les demandes des socioprofessionnels. Il y a une émergence des notions de dopage mécanique et de dopage génétique. Avec le dopage mécanique, on fait le parallèle avec le cyclisme où on a vu un moteur intégré dans le cadre du vélo. En matière équestre ce qui a été qualifié récemment de dopage mécanique c’est l’usage des guêtres sur les postérieurs des chevaux.

On pourrait penser que les guêtres postérieures concernent le bien-être animal, mais cela va donc au-delà ?

Cela va au-delà car cela peut modifier la performance du cheval donc cela rentre dans la définition du dopage.

Est-ce qu’il y a déjà des affaires sur ce sujet ?

Pour l’instant ce n’est pas interdit, donc, il n’y a pas de dossier en cours, mais il y a différents articles et tribunes qui ont été publiés avec des pour et des contre. Le problème est de savoir quand il faut les interdire car en période de qualification olympique cela pourrait entrainer une situation d’inéquité. 

Dopage et maltraitance peuvent être liés dans les sports équestres ?

Oui, puisque par exemple dans le cas des guêtres postérieures, puisque on constate semble-t-il des pathologies liées à l’usage de ce procédé. Il y a d’autres procédés que l’on qualifie de dopage mécanique comme le barrage.

Que peut-on dire sur la notion de dopage génétique ?

On commence à l’évoquer concernant des modifications génétiques d’embryon de chevaux qui pourraient permettre de modifier leurs performances ou de les rendre moins sensibles à tel type de pathologie. Cette notion a été évoquée aussi en sport humain dans le cas de sportifs qui s’inoculaient un virus qui générait une modification génétique.

Vous faites également distinction entre le dopage et la médication contrôlée ?

Il y a des distinctions qui sont demandées. C’est de distinguer une pratique de dopage qui consiste à utiliser une substance totalement interdite avec l’objectif de modifier une performance et une fin de traitement dans le cadre d’un soin pratiqué chez le cheval à l’entraînement ou au repos.

Qu'en est-il du dopage par contamination ?

Il y a eu énormément de cas récents de chevaux positifs suite à des contaminations alimentaires. C’est un sujet d’actualité et qui a conduit à une modification de la réglementation FEI et à l’intégration de la notion de substances spécifiées en 2016. Cette notion a permis à la FEI de moduler les sanctions en cas de contamination de l’alimentation. Mais, il faut que les cavaliers prennent des mesures de prévention.

L’autre nouveauté, c’est aussi le fait que la FFE n’ait plus le pouvoir disciplinaire concernant le dopage ?

C’est une actualité importante qui date d’une ordonnance de 2018. L’AFLD (Agence française de lutte contre le dopage) a repris la main sur l’ensemble de la répression du dopage, quelle que soit la fédération sportive, donc la FFE n’a plus de compétence disciplinaire en matière de dopage sur les chevaux ou les cavaliers depuis le 1er mars 2019.

Comment se situe le dopage dans la masse des dossiers liés à l’univers du cheval ?

Il y a un contentieux qui a tendance à se développer car les gens se défendent. La première fois que nous avons fait une actualité sur le dopage au sein de l’IDE date d’il y a deux, trois ans. Il y a cinq ans, c’est un sujet que l’on abordait très peu. On peut aussi ajouter que la particularité dans les sports équestres, c'est que l'impact du dopage génère des conséquences au niveau commercial et au niveau de l'élevage. Dans le cas d’un cheval dont les performances ont été faussées, on peut imaginer des contentieux très variés.