Le Japon évoque l'annulation des JO de Tokyo
mercredi 20 janvier 2021

Jeux Olympiques
Jeux Olympiques © Comité Olympique International

Les Jeux Olympiques de Tokyo, initialement prévus à l’été 2020, reportés en raison de la crise sanitaire mondiale, sont désormais programmés du 23 juillet au 8 août 2021, mais le doute commence à planer sur la tenue de cet événement planétaire.

La possibilité d’une annulation est envisagée officiellement au plus haut niveau de l’état depuis le 15 janvier dernier, soit 189 jours avant la cérémonie d’ouverture. Taro Kono, ministre japonais de la Réforme administrative et personnage clé du gouvernement, déclarait lors d’un point presse « refuser d'exclure une annulation, car, au vu la situation du coronavirus, tout peut arriver ». Cette prise de position officielle l’oppose donc ouvertement au premier ministre Yoshihide Suga qui depuis des mois ne cesse de clamer haut et fort que le Japon sera en mesure d’organiser des Jeux « sûrs et sécurisés », même s’il confie que le comité d’organisation et le CIO (Comité international olympique) doivent bien sûr réfléchir à des plans de secours. Tokyo joue décidément de malchance. L’organisation des Jeux Olympiques leur avait été attribuée une première fois en 1940, mais l’édition avait été annulée en raison de la seconde guerre mondiale. Si l’édition 1964 s’est tenue sans encombre, et accueillait la première édition des Jeux Paralympiques, la XXXIIᵉ olympiade de l'ère moderne subit de plein fouet les affres d’un autre conflit mondial, cette fois contre le Covid 19. 

Une situation sanitaire préoccupante

Tandis que la planète entière accélère au maximum les campagnes de vaccination pour tenter d’enrayer la pandémie, le Japon encaisse une nouvelle vague du virus. Au 16 janvier, on recensait 330 715 cas et 4524 décès pour 126,5 millions d’habitants. Plus grave encore, la recrudescence quotidienne des cas depuis le mois de novembre. Alors que les variants britanniques, sud africains et brésiliens font la une des medias, la découverte le 12 janvier au Japon d'une nouvelle souche du SARS-CoV-2, baptisée E484K, inquiète la communauté scientifique. Ses caractéristiques pourraient interférer avec l'efficacité des vaccins déjà développés contre le Covid-19, et permettre au virus de s'agripper plus solidement aux cellules contaminées, un premier constat qui n’engage pas à l’optimisme. La campagne de vaccination nippone débute fin février, mais Tokyo et dix autres départements sont depuis le 13 janvier en état d'urgence au moins jusqu’au 7 février, et les restrictions aux frontières pour tenter de contrer la progression rapide du virus ont été renforcées. Ces mesures touchent directement les sportifs. Le 15 janvier, la ministre en charge des Jeux olympiques, Seiko Hashimoto, annonçait la suspension d’une dérogation permettant aux athlètes étrangers d’entrer dans le pays pour s’entraîner, y compris durant l’état d’urgence. Les athlètes japonais seront toujours autorisés à rentrer dans le pays, mais tenus à une période de 14 jours d'isolement. L'interdiction d'accès des sportifs étrangers non-résidents au Japon devrait affecter les équipes professionnelles de baseball et de football, sur le point de débuter leur saison, tandis que le lancement du championnat de rugby japonais de Top League a été reporté cette semaine, de nombreux joueurs ayant été testés positifs. 

Un enjeu financier colossal

Les Jeux Olympiques constituent sans conteste le plus important événement mondial. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. 28 sports, divisés en 38 disciplines, 339 épreuves, 42 sites, dont 24 existants, 10 temporaires et 8 construits spécialement pour l’occasion. En 2016, Rio de Janeiro accueillait 11 402 athlètes issus de 206 nations. Six millions de billets ont été vendus, deux milliards de téléspectateurs ont suivi l’événement diffusé sur 500 chaînes et plate formes numériques. Pour Tokyo 2020, 7,5 millions de Japonais s’étaient inscrits sur la billetterie, et 4,5 millions de tickets vendus sur 7,8 millions. Par ailleurs, 204 680 Japonais et étrangers ont postulé pour tenter de décrocher l’un des 80 000 postes de bénévoles, tandis que 79 millions de personnes ont participé à plus de 97 800 initiatives et activités proposées autour de l’événement.

Côté finances, les organisateurs estiment le coût total de l'organisation 2020 pour le Japon à environ 13 milliards d’euros, d‘autant que les nouvelles réservations de lieux, de transports, la prolongation des contrats du personnel du comité d'organisation, la renégociation des accords avec les sponsors, le financement des mesures sanitaires (760 millions d'euros) et le remboursement de 810.000 billets achetés au Japon sont venus gonfler la facture de 2,3 milliards d'euros. Les JO de Tokyo 2020 seraient donc les Jeux d’été les plus chers de l'histoire devant Londres (12,2 milliards d'euros), alors que les JO d’hiver de Sotchi détiennent le record absolu avec 17,9 milliards d'euros. Le CIO prévoit toujours de contribuer à l'événement à hauteur d’environ 673 millions d'euros, et renonce à prélever un pourcentage sur les revenus en provenance des sponsors. Yoshiro Mori, président japonais du comité d’organisation des JO, confiait à l’agence de presse Kyodo qu’il était absolument impossible de reporter les JO après les lourds investissements, financiers et humains, entrepris jusqu’ici, même si des mesures de simplification destinées à faire des économies ont été prises depuis l’annonce du report à 2021. Il précisait que le Japon devrait déterminer, selon l’évolution de la pandémie, s’il accepterait ou non des spectateurs étrangers (600.000 selon le ministre du tourisme), soit une recette évaluée à 2 milliards d'euros, une décision pour le moins cruciale. Par ailleurs, une annulation des JO viendrait aggraver une consommation en berne pénalisée par la hausse de la TVA en octobre 2020 et un tourisme en perte de vitesse. Depuis l’été dernier, les tensions ravivées entre Tokyo et Séoul ont généré un boycott massif du Japon par les sud-coréens, deuxième plus important contingent parmi les 31,9 millions de touristes étrangers en 2019  après les Chinois. Certains économistes, qui tablent déjà sur une baisse de 0,9% du PIB cette année dans le cas où l'épidémie serait stoppée en avril, estiment cette contraction à 1,5% si les JO étaient annulés en raison d’une perte de confiance des consommateurs japonais. Un sondage récent  révèle que  80% des personnes interrogées estiment que les Jeux devraient être à nouveau reportés voire tout simplement annulés. Si les prévisions divergent, JO ou pas, l'impact prolongé de la pandémie mondiale pourrait bien à lui seul faire vaciller l'économie japonaise. 

La décision finale d’annuler ou de maintenir les JO de Tokyo sera annoncée en février ou mars, selon l'évolution de la pandémie de Covid-19. En attendant, les organisateurs annonçaient le 18 janvier leur intention de réduire de 11000 à 6000 le nombre d’athlètes présents lors de la cérémonie d’ouverture du 23 juillet, limitant ainsi l’accès au village  olympique avant le début des compétitions, site qu’ils devront quitter au plus tard deux jours après leurs épreuves.