Référendum pour les animaux : quelles conséquences pour la filière équine ?
samedi 21 novembre 2020

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Image d'illustration © Eric Knoll

Depuis le 2 juillet 2020, l’initiative d’un référendum pour les animaux est officiellement lancée en France. Six mesures phares en faveur du bien-être animal y sont évoquées et détaillées sous la forme d’une proposition de loi. Si les chevaux ne sont pas directement mentionnés dans ces mesures, l’entrée en vigueur de ces dernières ne serait pourtant pas sans conséquence pour la filière équine.

Interdictions de l’élevage en cage, de l’élevage intensif, de l’élevage à fourrure, de la chasse à courre et du déterrage d’animaux, des expérimentations animales et des spectacles d’animaux sauvages : telles sont les six mesures revendiquées par l’initiative citoyenne visant à mettre en place un référendum pour les animaux. Des mesures en faveur du bien-être animal, soutenues par plus de 65 associations comme L214, WWF et PETA, mais aussi par de nombreuses personnalités publiques dont le journaliste et militant Hugo Clément, l’animateur Nagui ou encore l’actrice Juliette Binoche. Si le mouvement n’a, à ce jour, toujours pas recueilli les 185 signatures de parlementaires nécessaires à l’organisation officielle de ce référendum, les citoyens français semblent cependant s’accorder sur la nécessité de telles propositions. Selon un sondage de l’Ifop pour Caniprof, 73 % d’entre eux soutiendraient cette initiative. Une véritable prise de conscience et de position en faveur du bien-être animal semble donc s’être développée, marquant ainsi une très nette évolution de la considération du sujet. Cette initiative, qui souhaite défendre les animaux dans leur globalité, met notamment en avant le traitement des poules, lapins et cochons ainsi que des animaux sauvages. Mais qu’en est-il des chevaux ? Si une telle loi venait à entrer en vigueur, quelles seraient les éventuelles conséquences pour la filière équine ?

La chasse à courre directement visée

Bien que les chevaux ne soient pas expressément mentionnés dans les mesures proposées par le référendum pour les animaux, certaines activités les concernant le sont pourtant. En premier lieu : la chasse à courre. Cette pratique, déjà interdite en Allemagne et en Grande-Bretagne, est jugée cruelle par les porteurs du projet : « La chasse à courre est un jeu où l’on torture un animal dans le seul objectif de se divertir. […] On ne cherche pas à abattre l’animal le plus rapidement possible et sans douleur. Au contraire, la poursuite et la mise à mort sont volontairement longues et scénarisées », comme cela est expliqué sur le site Internet du projet. Des affirmations vivement contredites par les amateurs de chasse à courre. « Pour nous veneurs, la chasse à courre est un mode de vie ; elle va avec notre passion des chiens, de la nature, des chevaux ; elle réunit famille et amis. Qu’on puisse ne pas aimer la chasse à courre se comprend. Mais la question n’est pas là : alors que la tolérance, le respect de l’altérité et de la diversité sont des valeurs essentielles de notre société ; pourquoi seuls les chasseurs à courre se verraient-ils dénier ces principes fondamentaux ? Face à ce RIP, la vraie question est : tout ce qu’on n’aime pas doit-il être interdit ? », écrit Pierre de Roüalle de la Société de Vènerie dans un communiqué. Autre argument utilisé par ces opposants au référendum : les chevaux utilisés lors de la chasse à courre sont notamment des trotteurs n’ayant pas pu faire carrière dans les courses. Cette activité leur éviterait ainsi la boucherie. Néanmoins, la chasse à courre concernant tant les animaux sauvages que les chevaux, il semble nécessaire de considérer cette activité dans sa globalité afin de juger correctement ses effets.

Des mesures pouvant être étendues aux chevaux ?

L’article 6 de la proposition de loi prévue dans le cadre de ce référendum prévoit quant à lui une modification du Code l’environnement afin d’interdire les spectacles d’animaux issues d’espèces non-domestiques. Les éléphants, lions, hippopotames et autres animaux sauvages sont ici directement visés et concernés. Le cheval est, quant à lui, considéré en France comme un animal domestique. Cependant, beaucoup soulèvent la question suivante : dans quelle mesure les spectacles seraient-ils moins préjudiciables pour les chevaux que pour les autres animaux ? Une question qui vient ainsi de remettre en cause la catégorie d’animaux concernée par cette proposition et qui pourrait donc peut-être, à terme, être étendue aux chevaux et à d’autres animaux.

Autre mesure pouvant potentiellement concerner la filière équine : l’interdiction de l’élevage en cage. Détaillée dans l’article 4 de la proposition de loi, cette mesure prévoit une modification du Code rural dans le but d’interdire la construction de tout nouvel élevage n’offrant pas un accès au plein air adapté aux besoins des animaux. Qu’adviendrait-il alors des centres équestres urbains, ne disposant pas nécessairement de pâturage ou de paddock ? Dans l’immédiat, ils ne sont pas concernés car, selon un membre du groupe Convergence Animaux Politique joint par téléphone il y a quelques semaines, ces mesures ne s’appliquent qu’aux animaux d’élevage destinés à être consommés. Cependant, il n’est pas idiot de garder dans un coin de la tête que cette mesure pourrait un jour s’appliquer à l’ensemble des animaux, quel que soit leur statut. La gestion de l’ensemble des structures équestres serait alors à repenser... en espérant que des mesures d’accompagnement soient pensées pour aider les professionnels de la filière équine à se convertir à ces nouvelles règles. Mais tout ceci n’est pour l’instant qu'une supposition.

Dans l’immédiat, la filière équine est indirectement et partiellement touchée par ces différentes mesures remettant en cause la manière dont les animaux sont aujourd’hui traités et utilisés. Bien que cette proposition de loi soit encore loin d’être votée, elle appelle tout de même à une reconsidération à la fois pratique et éthique des activités comprenant des animaux.