Roxana Maracineanu : « Questionner et délimiter la relation entraineur-entrainé »
mercredi 26 février 2020

Roxana Maracineanu
Roxana Maracineanu © Hervé Hamon - Ministère des Sports

Ces dernières semaines, le monde du sport est secoué par les révélations en cascade de harcèlements sexuels sur mineurs par des encadrants sportifs ou des conseillers techniques de fédérations sportives. Dans ce cadre, Roxana Maracineanu, Ministre des sports, a organisé le 21 février la première convention nationale sur la prévention des violences sexuelles dans le sport.

Depuis le début de l’année 2020, le monde du sport est secoué par une véritable onde de choc après les révélations de plusieurs sportifs concernant des agressions ou harcèlements sexuels sur mineurs qu’ils auraient subis dans le cadre de la pratique de leur sport. Si la toute première à oser parler a été la championne de patinage artistique Sarah Abitbol, le monde équestre n’a pas échappé au séisme. Grâce à Sarah, la parole se libère et début février Amélie Quéguiner, cavalière, alerte les médias sur son histoire (lire ICI). Depuis deux jours, un autre cas refait surface. Chloe et Anais Bega ont elles aussi pointé du doigt leur encadrant sportif pour des pratiques déviantes : elles accusent le voltigeur Jacques Ferrari, leur ancien entraineur, d’avoir profité de son emprise sur elles dans le but d’avoir des relations sexuelles. Une affaire qui n’est pas nouvelle puisque que l’une des deux soeurs avait déjà déposé plainte en décembre 2018. Nos confrères du Parisien indique d’ailleurs que Jacques Ferrari a été « suspendu en urgence par la préfecture du Maine-et-Loire vendredi 21 février pour six mois de ses activités rémunérées et bénévoles auprès des mineurs ». 

Le 21 février, c’est également la date à laquelle a eu lieu la toute première convention nationale sur la prévention des violences sexuelles dans le sport, à l’initiative de la Ministre des sports Roxana Maracineanu. Ce ne sont pas les révélations récentes et en cascade qui ont poussé la Ministre a se saisir du sujet : en août 2019, elle lançait déjà « le tour de France de prévention et de lutte contre le bizutage et les violences sexuelles dans le sport », destiné à sensibiliser à la fois les jeunes sportifs et leurs éducateurs. L’organisation d’une convention était en revanche une première ! Elle s’est tenue au siège du Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF), un lieu que Roxana Maracineanu voulait symbolique, et en présence d’Adrien Taquet, secrétaire d’Etat chargé de l’Enfance, Nicole Belloubet, ministre de la Justice et de Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes. Les présidents de toutes les fédérations sportives françaises avaient été conviés et la journée a été l’occasion d’entendre de nombreux témoignages de sportifs abusés sexuellement. 

La relation entraineur-entrainé à questionner 

Des témoignages durs, crus, difficiles à entendre. Des mots par lesquels Roxana Maracineanu a débuté son discours, citant sans forcément donner de nom, des phrases que les victimes présumées lui ont dites et qui mettent souvent en exergue la relation ambiguë que les jeunes entretenaient avec leurs bourreaux présumés. « La proximité entre l’éducateur et l’enfant, née pour et par la recherche de performance, est le support de leur passion commune. […] Mais je veux aussi qu’on la questionne. Pour mieux la délimiter et en cerner les risques. Questionner aussi cette relation duelle et le risque de l’emprise qu’elle peut générer. Car il est si facile de profiter de cette emprise pour la transformer en harcèlement physique et moral. Et dans les témoignages, on a vu combien il peut être facile pour des agresseurs sexuels d’y cacher leurs motivations réelles et leur perversion », a notamment indiqué la Ministre des Sports. 

Questions de responsabilité(s)

Sur le plan juridique, Roxana Maracineanu s’est montrée ferme : « Les criminels et les délinquants doivent être sanctionnés par la justice ». Mais elle n’épargne pas non plus ceux qui savaient et ont fermé les yeux. « Ceux qui ont tu, voire caché, leurs actions aussi. Ceux qui ont « attendu » les décisions de justice, sans réagir et sans accorder plus de crédit à la parole des supposées victimes qu’à celles des agresseurs présumés, sont-ils surs ajourd’hui d’avoir fait le bon choix ? Posons-nous la question ensemble aujourd’hui ».  Enfin, la Ministre a annoncé vouloir renforcer la responsabilité des fédérations sur les questions liées à l’éthique. « Cela doit faire l’objet d’un plan de prévention spécifique que nous les aiderons à construire. Ce doit être un enjeu majeur des prochaines élections fédérales au même titre que les questions de lutte contre le dopage ou les dérives communautaires. Enfin, un sujet me tient particulièrement à cœur. Celui de la formation des éducateurs sportifs. Je veux qu’elle comprenne désormais un module spécifique, obligatoire et évalué sur le thème de l’éthique et de l’intégrité. A terme, cela doit nous permettre d’aboutir à la création d’un code de déontologie de l’éducateur sportif et de l’entraineur comme celui auquel sont tenus les agents de l’Etat. »

En faveur de la libération de la parole sur le sujet, Sarah Abitbol l’a dit : « La honte doit changer de camp ».  Pas de doute, la machine est en marche. Et au milieu des questions qui subsistent en demeure une, capitale : combien de jeunes abusés oseront dénoncer ce qui leur est arrivé dans les semaines, les mois, les années à venir ? 

Commentaires


Géra B | 27/02/2020 16:35
Ce qui est récent et "nouveau" c'est que les officiels et les médias entendent, écoutent, s'indignent, réagissent et agissent dans un sens qui semble être enfin plus logiquement tournés en faveur des victimes. Mais le fait de parler n'est pas nouveau. Nombreuses victimes ont tenté de parler sans grande écoute, sans grands résultats, voir même on leur demandait de se taire en minimisant les faits pour ne pas faire de vagues et ne pas secouer le milieu. Des affaires comme celles qui font la "une" aujourd'hui il y en a toujours eu dans les colonnes "faits divers"... Malheureusement c'était anecdotique, pas plus. En 2007 la championne de tennis Isabelle Demongeot avait déjà dénoncé des faits dans le milieu du sport. Cela n'avait malheureusement pas encore suffisamment incité d'autres victimes à parler ni les institutions et les médias à s'indigner. ça a changé, tant mieux, mais ça aurait pu bouger avant.