Léa Lansade : "Le cheval a des capacités de cognition sociale étonnantes"
jeudi 03 octobre 2019

Léa Lansade
Léa Lansade a mené une conférence sur l'intelligence du cheval à l'occasion des rencontres de La Cense © Claude Bigeon

Cette nouvelle édition des Rencontres de La Cense s’est déroulée dimanche 29 septembre à Rochefort-en-Yvelines sur ce site dédié à ce que l’on appelle aujourd’hui l’équitation éthologique. Mais le souhait de La Cense est désormais de mêler le sport et l’approche éthologique. Voilà pourquoi un des moments phares de cette journée était la conférence de Léa Lansade sur l’intelligence du cheval : cognition, émotion et relation. L’occasion pour la chercheuse en éthologie à l’IFCE détachée à l’INRA de faire le point sur les dernières connaissances sur le sujet.

L'Eperon : Léa Lansade vous venez de donner une conférence sur la cognition sociale et physique chez le cheval. Quel est le message principal à retenir ?

Léa Lansade : J’ai fait cette conférence parce qu’on me demande souvent si le cheval est intelligent ou pas et je voulais apporter un peu de nuances. Dans le cas de cet exposé, on voit que le cheval a des capacités de cognition sociale, tout ce qui est comprendre les émotions des autres notamment, absolument étonnantes. Par contre cela ne veut pas dire qu’au niveau d’autres types de capacités, qu’il sera doué. Comme la permanence de l’objet ou d’autres tâches, là il n’est pas très doué.

Est ce que vous pouvez revenir en détail sur ses compétences notamment en termes de reconnaissances des émotions faciales chez ses congénères et chez l’humain ?

On a vu ces deux dernières années, au travers de différentes études expérimentales avec des groupes contrôles, que le cheval était hyper-sensible aux émotions des autres. Déjà des autres chevaux, quand il voit un cheval qui a peur, lui-même va prendre peur. Quand il voit un cheval qui a "du plaisir" dans le cas d’un toilettage ou d’un pansage, lui-même va ressentir du plaisir. Ce qui veut dire que déjà il décode chez l’autre cheval ses émotions notamment au travers de ses expressions faciales, parce qu’il a tout un langage émotionnel qui passe avec ses mimiques. C’est à nous de les comprendre d’ailleurs. Il fait la même chose chez l’humain. Il est capable de détecter nos expressions faciales, au moins pour des émotions qui sont la joie et la colère, parce qu’on n’a pas encore étudié les autres émotions. Il est aussi capable de comprendre nos intonations de voix. Et chez lui cela va instantanément produire une réponse émotionnelle. Quand il entend quelqu’un en colère, le rythme cardiaque s’élève, il se met en alerte. Quand il entend une émotion joyeuse, à l’inverse, il va plutôt se relaxer.

Vous avez aussi parlé de la théorie de l’esprit. Pouvez-vous expliquer ce que vous avez découvert ?

La théorie de l'esprit, c'est savoir reprendre le point de vue d'une autre personne. Nous avons essayé de tester avec des collègues de l’université de Kyoto cette capacité. Les prémices de ces études laisseraient penser que cela puisse exister. Le cheval nous a impressionné par ces compétences de très haut niveau. Parce que cela tendrait à montrer, même s’il y a encore beaucoup d’autres travaux à faire, qu’il peut avoir conscience de ce que lui sait et avoir conscience de ce qu’une autre personne, notamment l’humain sait. Pour résumer, c’est une compétence de très haut niveau qu’on n’avait jusque-là pas imaginé chez le cheval.

En revanche les compétences du cheval sont différentes quand on parle de cognition physique ?

Le cheval a de faibles performances dans la permanence de l’objet. C'est une tâche toute simple de cognition physique que le bébé acquièrt dés l’âge de six mois, dont le cheval, dans toutes les expériences qu’on a faites, ne semble pas capable. Cela montre qu’il n’est ni intelligent, ni pas intelligent, mais qu’il a ses propres particularités probablement liées à son mode de vie à l’état naturel, qui est de vivre dans des grands groupes et de tisser des relations sociales très complexes. 

Est ce que l’on pourrait résumer en disant que le cheval est un surdoué des soft skills ?

Peut-être... (Rires)

Qu’avez-vous pensé des questions que le public présent à votre conférence a posé ?

J’ai été agréablement surprise. Les gens sont assez intéressés. Et sont sans doute surpris de ces nouvelles compétences. J’espère que les gens arrivent à appliquer et à repenser à cela quand ils sont avec leurs chevaux. Pour ma part, cela me fait évoluer dans ma façon de monter à cheval et d’aborder mes chevaux. Ce que je vous ai montré là, j’étais à mille lieux de le savoir il y a deux ans. Et j’en suis encore tout à fait surprise. A force d’accumuler des évidences, il va bien falloir se rendre à l’évidence. Cela nous fait complètement changer notre regard sur nos chevaux. 

Est ce que ces avancées vous font modifier votre manière d’aborder la recherche sur les chevaux ?

Non, mais on a envie de creuser de plus en plus ces aspects de cognition élaborée, qui ont été longtemps négligés. Cette évolution de la recherche équine se fait au niveau mondial, pas uniquement en France. Plus il y a des études comme cela qui sortent, plus on a envie d’explorer. Par exemple, il y a plusieurs équipes japonaises qui se lancent dans l’étude du cheval. Avant le cheval n’était pas du tout étudié au Japon, pays où les chercheurs étudiaient principalement les primates. C'est la preuve que ça bouge beaucoup en matière de recherche équine. 

Commentaires


Géra B | 03/10/2019 16:02
Tous les cavaliers peuvent se poser des heures devant des chevaux dans différentes situations, dans différents contextes et étudier, analyser, commenter, comprendre et en déduire un tas de données que l'on a oubliées du cheval, ou que l'on ne savait pas encore. Etre patient, passionné, aimer la recherche et avoir des résultats tout à fait pertinent n'est pas que dans les capacités des chercheurs.