Les affections des voies respiratoires expliquées par Emmanuelle Van Erck
mercredi 01 avril 2020

Emmanuelle Van Erck
Emmanuelle Van Erck en train de réaliser une endoscopie des voies respiratoires. © Wilhelm Westergren

Elle fait partie du top dix mondial des spécialistes des pathologies respiratoires chez le cheval. Le docteur vétérinaire Emmanuelle Van Erck a l’habitude de travailler avec les cavaliers de haut niveau. Son expertise, cette vétérinaire belge la dispense aussi au sein de VetMasterClass Horse dont les inscriptions pour 2020 sont ouvertes. Une passionnée qui est très ouverte au partage des connaissances. Avec elle, on va un peu mieux comprendre ce problème des affections respiratoires. Rencontre.

Pourriez-vous nous expliquer quelle est votre expertise ?

Je suis vétérinaire depuis vingt-trois ans et pendant plus de dix ans, j’ai fait de la recherche à l’université sur l’impact des problèmes respiratoires sur la performance du cheval. C’est un travail de recherche très intéressant, car le cheval est physiologiquement limité par son appareil respiratoire. Pendant toute cette période, je faisais déjà du suivi des chevaux au travail. En 2010, j’ai transposé mon savoir-faire de spécialiste en créant une entreprise vétérinaire, Equine Sport Medecine Practice. Cela me permet d’aller dans les écuries avec du matériel sophistiqué. C’est un vrai plus de voir les chevaux dans leur environnement. Avant de créer ma propre structure,  je recevais des chevaux avec des pathologies respiratoires, mais je ne les voyais pas dans leur contexte. Désormais, j’ai une vision à 360°.

Je pense que mon bagage universitaire m’apporte un œil différent sur le terrain car lorsque l’on fait de la recherche, on s’intéresse aussi à la médecine humaine, aux animaux de rente, à la manière de mesurer la performance. Chez le cheval de sport de haut niveau, si sa respiration est bien gérée, s’il n’a pas de problèmes respiratoires, il récupère mieux et réalise les qualifications plus facilement, par exemple en phase de préparation des Jeux olympiques. Depuis 2010, je travaille avec les équipes de France et de Belgique dans les disciplines olympiques et le milieu des courses. On se nourrit de ce que l’on voit dans chacun de ces mondes. Cette vision globale du cheval est une force.

Quels sont les symptômes les plus fréquents des affections des voies respiratoires ?

C’est tout d’abord la fatigue. J’ai compris en travaillant sur le terrain, qu’un cheval met beaucoup plus de temps à récupérer, qu’il est plus rapidement fatigué quand il y a une pathologie respiratoire. Quand on a un déficit en oxygène, on se sent lourd et cela empêche d’être performant. Souvent les propriétaires me disent : « on a donné des vitamines. » Mais, le problème de manque d’énergie ou perçu comme un problème musculaire est en réalité provoqué par un problème respiratoire. Ainsi, quand un cheval cherche à prendre les rênes, à ouvrir la charnière tête encolure, c’est possible qu’il cherche de l’air.

Les autres symptômes plus flagrants qui doivent alerter sont : de la toux, du jetage au niveau des nasaux avec des sécrétions blanches synonymes d’inflammation. Un cheval qui tousse pendant le parcours ou à la fin, peut avoir des saignements pulmonaires, signe d’un effort important sur un poumon fragilisé. 50% des chevaux de CSO de haut niveau ont des saignements, souvent du fait d’un poumon inflammatoire.

Quelles sont vos préconisations aux vétérinaires pour trouver le problème ?

Il faut bien regarder le cheval au travail, cela permet de voir comment le cheval récupère. Il faut bien écouter le propriétaire. En examen complémentaire on peut faire une endoscopie, idéalement après le travail. On réalise alors des prélèvements pour préciser quels traitements spécifiques prescrire. Les prélèvements dans les voies respiratoires peuvent se faire dans la trachée supérieure ou par un lavage broncho alvéolaire au niveau du poumon pour voir s’il n’y a pas un problème chronique.

L’endoscopie pendant le travail est utilisée, par exemple, quand on a un problème de cornage, de voile du palais, pour voir si des sécrétions sortent des voies respiratoires profondes. Mais, c’est un examen plus poussé qui peut être préconisé en cas de contre-performances de chevaux de haut niveau, de défense au travail.

Que recommandez-vous aux propriétaires de chevaux et aux propriétaires d’écurie pour éviter les problèmes respiratoires ?

La gestion de l’environnement du cheval est essentielle. Ainsi, si dans un box ça sent l’ammoniaque, on est bien au-delà des normes pour que le cheval vive dans un lieu sain. Les chevaux doivent être sur une litière propre. On peut réaliser un audit de l’environnement et proposer des mesures simples dont une aération adaptée de l’écurie pour éviter la condensation et le développement de moisissures. Il peut aussi, y avoir un problème avec le lieu de stockage de la paille et du foin. Il doit être nettoyé régulièrement pour éviter que les moisissures et les bactéries y persistent. En effet, la paille et le foin peuvent être en bon état, mais contaminés par le lieu, même s’il est ouvert. Les litières de copeaux sont plus saines car elles contiennent des terpènes, des substances naturellement présentes dans le bois qui sont antiseptiques. Ces litières sont souvent issues des pins, un bois riche en terpènes. On voit souvent, les chevaux allergiques tremper eux-mêmes dans l’eau leur foin. Quand on trempe le foin, il ne faut pas dépasser 30 minutes pour éviter les moisissures, mais, il ne faut pas non plus qu’il sèche. Les systèmes comme le Hay Gain permet de protéger les voies respiratoires en éliminant les contaminants du foin. Sinon, on peut utiliser du Hay San, un produit à base de probiotiques que l’on met dans l’eau où l’on trempe le foin, car il évince les mauvaises bactéries et moisissures du foin. 

Dans une écurie, il ne faut pas faire de poussière, donc ne pas passer le souffleur dans les écuries et ne pas balayer la poussière de l’écurie puis la mettre dans un box. Ce sont des gestes de bon sens.

Si on parle de l’entraînement du cheval de sport et des problèmes respiratoires, quels sont vos conseils ?

Quand un cheval est sous traitement ou présente des problèmes respiratoires, il faut continuer à le faire travailler de manière modérée. Cela permet un meilleur nettoyage des voies respiratoires. Dans le travail, il faut prévoir des intervalles de récupération active. Mais, comme pour tout sportif, il faut un entrainement raisonné avec un échauffement et une récupération après l’effort.

Quand, on a l’impression que quelque chose ne va pas, il ne faut pas hésiter à demander conseil. Il vaut mieux être dans la prévention et se faire confiance, pour ne pas tarder à investiguer. Ce n’est pas normal qu’un cheval tousse, qu’il soit fatigué. Les chevaux ne sont pas des manipulateurs. Il faut savoir les écouter.