Quelle est la place du bien-être animal dans les grandes institutions équestres ?
jeudi 20 mai 2021

Garde Républicaine
Depuis 2007, la Garde Républicaine utilise une nouvelle méthode de débourrage, respectueuse du bien-être des chevaux. © Florence Chevallier

Depuis quelques années, les questions concernant l'éthique animale occupent une place de plus en plus importante dans le débat public. Conscients de l’importance de ce sujet, certains acteurs de la filière équine n’hésitent pas à se tourner vers de nouvelles pratiques et de nouvelles méthodes plus respectueuses du bien-être du cheval. C’est notamment le cas de la Garde Républicaine et du Cadre Noir. Explications.

Il y a quelques semaines, le projet de loi sur le bien-être animal a été amendé par les députés. Bien qu’il ne concerne à l'heure actuelle que les animaux domestiques et les animaux sauvages captifs et qu’il n’ait pas encore été voté au Sénat, son existence amène à se questionner sur le sort qui sera réservé à la filière équine dans les années à venir. Alors que les sports équestres sont souvent montrés du doigt lorsque la question du bien-être animal est abordée, un autre domaine peut, lui aussi, interroger : qu’en est-il du milieu des spectacles équestres ? « Le bien-être animal est une nécessité et une évidence dans le spectacle vivant. Il s'inscrit dans la continuité de ce que nous nous attachons à préserver et permet de promouvoir l'art équestre, qui est un patrimoine et un savoir-faire unique », souligne Vincent Giraudeaux, président et fondateur de la fondation pour les Arts de la piste. Afin que chacun puisse se faire son propre avis sur les questions liées au bien-être animal, Vincent Giraudeaux l’affirme : il faut informer et expliquer cette notion. « Il faut donner le savoir aux individus, ils seront ainsi en mesure de se positionner sur la question du bien être animal », indique-t-il. Ainsi, selon lui, tout l’enjeu de ce débat est plutôt de donner des moyens de réflexion, et surtout de partager les connaissances au plus grand nombre.

Cadre Noir : trouver la pratique la plus optimale

Si la notion de bien-être animal dans le monde équestre n'est pas nouvelle, aujourd'hui, elle interpelle le plus grand nombre. En cause : son lien avec le développement de l'industrie des produits animaliers. « On mélange des arguments de bien-être animal et d'équitation. Ces concepts ne sont pas si faciles à classifier, relève le colonel Patrick Teisserenc. Cet écuyer en chef du Cadre Noir de Saumur rédige d’ailleurs actuellement une note sur la question de l'hyperflexion, « afin d'expliquer à nos élèves où commence et où s'arrête l'hyperflexion, car une hyperflexion exagérée équivaut à de la maltraitance. » Et comme il le rappelle, la question du bien-être du cheval est notamment liée à l’expression d’« homme de cheval », qui désigne un cavalier ayant une compréhension globale du mental et du physique de son équidé.

Au sein du Cadre Noir, des réflexions ont notamment été menées autour de la question de l’alimentation des chevaux : des essais d’utilisation d’une technique incitant les chevaux à manger plus lentement (nommée slow feeder) ont été envisagés, tout comme l’ajout de fibres dans les rations quotidiennes. « Chaque année, nous construisions également de nouveaux paddocks », indique le colonel. Plus encore, Alice Ruet, ingénieure de projet et développement du bien-être animal a également été recrutée afin d’effectuer un test sur un panel de 35 écuyers volontaires. « Son travail est de trouver la pratique la plus optimale dans tous les domaines autour du cheval », explique Patrick Teisserenc.

Côté spectacle, dès 2016, les représentations en gala ont évolué vers un « côté plus émotion entre l'écuyer et sa monture et ont ainsi fait abandonner au Cadre le côté exhibitions plutôt militaires », indique le colonel. Par ailleurs, « lors de nos démonstrations nous avons conscience que nous nous adressons au grand public et nous n'avons jamais eu de problèmes », ajoute-t-il.

De l’importance du bien-être dès le débourrage à la Garde Républicaine

À la Garde Républicaine, le bien-être animal est également un sujet des plus importants. « On ne considère pas les animaux comme des outils mais comme un binôme. Le cavalier de la Garde Républicaine s'occupe de son cheval de A à Z. Pour qu'il y ait une relation de confiance, il faut qu'il y ait une complicité », explique la lieutenant-colonelle Caroline Lebas. Une nouvelle méthode de débourrage est d’ailleurs utilisée depuis 2007 : celle de Nicolas Blondeau, « moins traumatisante pour les chevaux. » L'initiative en revient à un officier du régiment effectuant un stage équestre au Centre sportif d'équitation militaire de Fontainebleau et le responsable du groupe débourrage du centre d'instruction du régiment de cavalerie est ainsi allé se former à Saumur. « La méthode a été adaptée depuis en interne vers un "débourrage éthologique" pour répondre aux besoins qui nous sont propres et l'emploi de nos chevaux en services protocolaires comme en sécurité publique à cheval », précise la lieutenant-colonelle. Résultat : un travail plus en sécurité grâce à la combinaison confiance-respect-connexion, un gain de temps avec un travail des chevaux plus abouti lors des affectations dans leurs unités ainsi qu'un travail plus uniforme car codifié par un « canevas » et moins d'accidents et de chutes pour les cavaliers. La Garde Républicaine a une image à défendre en présentant « des chevaux ronds bien nourris et beaux », notamment lors des spectacles, où une centaine de cavaliers et leurs montures qui se produisent. Plus encore, le Garde a revu et adapté ses infrastructures : « nous avons des écuries classées Monument de France mais nous les refaisons aux normes européennes de 3x3 mètres. La première écurie a été faite l'année dernière », indique Caroline Lebas. De quoi améliorer encore et toujours le bien-être des chevaux.